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Le cinéma comique, enfin et plus que tout !

Pour ce dernier article cinéphile de l’année scolaire, éditeurs et traducteurs m’ont enfin permis de lire un ouvrage que j’attendais depuis longtemps !

En effet, c’est avec la lecture du dernier livre d’Enrico Giacovelli que j’accueille l’été.

Retour sur une attente…

Comment, je ne vous ai jamais parlé d’Enrico Giacovelli ? Si, bien-sûr, bien que ce soit très irrégulièrement…

La première fois, c’était en mars 2013, à l’occasion de la sortie de son premier ouvrage consacré au cinéma comique américain : Tartes à la crème et coups de pied aux fesses.

En effet, ce n’était là que le premier volume que signor Giacovelli avait décidé de publier sur la naissance, puis la gloire des étoiles du cinéma muet. Ce premier ouvrage revenait sur les premiers temps du cinéma et le court métrage muet, avec Mack Sennett, Fatty Arbuckle, et déjà Chaplin et Buster Keaton.

La fin de l’ouvrage promettait déjà la suite, que j’ai attendu fébrilement (déjà !) et qui est paru presqu’un an après : Le Silence est d’or (années 1920 et 1930). C’est dans celui-ci que j’ai retrouvé mes Chaplin préférés, Buster Keaton (encore) et les premiers Laurel & Hardy. Là encore, un effet d’annonce pour un troisième ouvrage.

Cela a suffi à faire germer dans ma tête l’idée que les publications de Giacovelli seraient plus régulières : en mars 2015, j’ai donc guetté avec impatience le 3e volume. Rien en 2015. Rien non plus en 2016.

Enfin, en janvier 2017, une lueur d’espoir : la sortie du 3e volume était annoncée. Je l’ai pré-commandé. Et derechef, j’ai attendu. Mais les éditeurs (et le traducteur) jouaient avec mes nerfs : la sortie a été plusieurs fois décalée, jusqu’à la mi-mai, date à laquelle j’ai finalement reçu l’objet de mon désir.

J’avais déjà attendu la sortie des Harry Potter, celle des romans de Carlos Ruiz Zafon, mais je n’aurais jamais cru attendre de manière aussi obsessionnelle un ouvrage sur le cinéma…

Donc, en mai 2017, le volume 3 d’Enrico Giacovelli consacré au cinéma comique américain, Parole de comique : La slapstick comedy dans les années d’or des dessins animés et de la comédie sophistiquée (1930-1950) a été publié chez Gremese. Voilà !

 

Et comme d’habitude, le sous-titre est à rallonge.

Attente, trop longue attente !

Évidemment, je ne vous cache pas qu’après avoir attendu aussi longtemps, il fallait que le résultat soit à la hauteur de mes espérances.

Donc je vais commencer par mes petites déceptions concernant cet ouvrage, qui relèvent davantage de la forme que du fond.

  1. ah bon, c’est fini ? mais tu avais dit que… Première déception : 4 volumes étaient prévus à l’origine, mais il semble que Giacovelli ait revu ses ambitions à la baisse. Aucune annonce en fin d’ouvrage, à moins que l’éditeur en ait eu marre d’attendre, lui aussi.
  2. et il est où mon contenu enrichi ? Deuxième déception : Une idée que j’avais adorée pour les deux premiers volumes s’est fait la malle ! La chaîne YouTube liée à l’ouvrage, et proposant les films en parallèle à la lecture, n’intervient pas dans cet opus.
  3. c’est quoi cette phrase ? bon tant pis je passe à la suite… Troisième déception : Il semble que la traduction aussi ait pâti de l’attente, il y a quelques coquilles, des phrases traduites un peu à l’emporte-pièce, mais ça ne vient pas trop altérer la qualité d’ensemble de l’ouvrage, donc j’arrête de râler !

J’ai adoré retrouver cet ouvrage à peu près de même facture que les deux autres (à l’exception de la chaîne YouTube), avec cette couverture rouge qui fait suite à une couverture jaune et une couverture bleu – l’idéal pour ne pas perdre cette aventure du cinéma dans sa bibliothèque !

J’ai adoré retrouver un auteur qui n’est ni avare d’illustrations, ni frileux dans sa manière de parler du cinéma. Entre amoureux cinéphiles, on se comprend !

Bref, ne vous y méprenez pas, malgré mes quelques réserves, je suis ravie d’avoir pu dévorer ce Parole de comique !

Au pays des merveilles du cinéma comique…

Retour sur la lecture de ce troisième volume. Il reprend l’aventure là où, en tout logique, le second l’avait suspendue. Nous sommes donc à l’arrivée du cinéma parlant, qui a fait taire John Gilbert et quelques autres, qui a stoppé net, ou presque, la course effrénée (mais impassible) de Buster Keaton, et dont, pour avoir un aperçu colorisé, il n’y a rien de mieux que Chantons sous la pluie.

Dans les premières pages, l’auteur fait un bref résumé des épisodes précédents en quelques images. C’est, pour le coup, une des petites particularités sympathiques qu’il a gardé d’un livre à l’autre.

Il fait ensuite la distinction entre, si je force le trait, slapstick et screwball, et ce depuis le cinéma muet. En gros, le slapstick, c’est le comique de farce (poursuites, tartes à la crème, coups de pied aux fesses) qui survit notamment avec le cartoon.

Et screwball, c’est la comédie sophistiquée incarnée par Lubitsch, Hawks et Capra, entre autres. La frontière des deux, dans le cinéma comique, est des plus poreuses, comme la chronologie, même lorsqu’il s’agit d’un seul acteur comique.

Premier chapitre, on retrouve les Laurel & Hardy, parlants cette fois. J’y ai glané aussi les plus belles phrases du livre :

Notre sympathie va à ces éternels enfants tout à fait dépourvus de la mignonnerie qui indisposait tant Pascal : petits anarchistes, enfants terribles comme ceux de Cocteau et Vigo, imperméables à la pensée et à l’action commune, au point de se permettre ce que les adultes ne peuvent ou ne veulent plus faire. Voilà pourquoi on éprouve de l’admiration pour Keaton, de l’envie pour Llyod, de la solidarité pour Chaplin, de l’amour pour Laurel et Hardy.

J’en profite pour ponctuer les chapitres de ce livre d’extraits vidéos de mes souvenirs préférés. Pour moi, Laurel & Hardy, c’est Them Thar Hills (1934) :

Je passe sur Buster et Llyod que je ne connais pas assez bien pour leur rendre justice. Je glisse au passage ce petit extrait de Chaplin, toujours agréable à revoir :

Dans un chapitre, Giacovelli évoque les Marx Brothers, qui m’ont toujours fascinés par leurs jeux sur le langage, mais dont visiblement mon préféré n’est pas celui de l’auteur. Il s’agit du Grand Magasin, qui est un de mes souvenirs d’enfance :

Ensuite, le rythme s’affole, avec la screwball comedy : j’ai retrouvé avec plaisir L’Impossible Monsieur Bébé, un film d’Howard Hawks de 1938 avec Katharine Hepburn et Cary Grant ; Ernst Lubitsch avec Ninotchka et Greta Garbo, qui rit enfin, et avec le magnifique Le Ciel peut attendre, avec Don Ameche et Gene Tierney ; Women, de Cukor, avec un casting exclusivement féminin ou encore les films de Katharine Hepburn (encore elle) avec Spencer Tracy.

Enfin je suis arrivée au chapitre qui évoquait les dessins animés : les premiers Disney et leurs personnages (j’ai assisté à la naissance de Mickey, Dingo, Pluto et Donald), qui ne suscitent que très peu l’indulgence de l’auteur…

J’ai donc mis quelque peu en sourdine mon faible pour Disney, mais seulement le temps de quelques pages. Et de toute façon, c’était pour mieux connaitre Betty Boop, Popeye et Woody Woodpecker, et pour retrouver la fine équipe de la Warner et de Tex Avery, ça valait le coup.

J’ai savouré la naissance de Porky, Daffy Duck, Bugs Bunny, évidemment, puis de Titi et Grosminet, Vil Coyote et Bip Bip, ainsi que Tom et Jerry.  J’ai retrouvé mon Bugs Bunny favori, Slick Hare, ou apparaît Humphrey Bogart en dur à cuire qui veut absolument manger du lapin.

J’en rajoute un petit pour la route :

Enfin, après toutes ces aventures, le livre se referme avec mélancolie sur les deux derniers Chaplin qui pour l’auteur appartiennent à cette époque et sont un hommage ultime au cinéma comique, Monsieur Verdoux et Les Feux de la rampe, dont je laisse ici l’extrait qui réunit Chaplin et Buster Keaton :

C’est sur ce souvenir, et avec regret, que l’on referme Parole de comique, car l’auteur, s’il clôt courtoisement ce dernier avec un post-scriptum, nous abandonne à la nostalgie, quand le quatrième tome qu’il nous faisait miroiter, promettait également de belles échappées…

Comme pour s’excuser, il termine avec une citation de Spencer Tracy à Edward Brophy dans La Dernière Fanfare de John Ford : « Comment remercie-t-on quelqu’un qui nous a fait tant rire ? »

On ne peut alors pas lui en vouloir, la phrase s’applique à lui, même par procuration, et on ne peut que le remercier de nous avoir, pendant 3 volumes, tenus en haleine.

Merci Enrico Giacovelli, d’avoir réveillé le rire en nous, et quelques souvenirs bien ancrés.

Post-scriptum, moi aussi

J’avais éventuellement évoqué le fait de parler d’un deuxième ouvrage pour cet article cinéphile, mais je préfère rester sur cette note de lecture des plus agréables, et garder d’autres images et d’autres lectures pour cet été.

Durant l’été, je pense publier cette fois-ci un article cinéphile hors-série par mois, et dont le thème n’est pas encore arrêté, et évidemment, fin août un article sur Ludovia.

D’ici là, vous retrouverez dans quelques jours l’article #profdoc, et j’en profiterai pour vous souhaiter de bonnes vacances.

Beaux rêves cinéphiles et à bientôt !

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50 ans et pas une ride

Pour ce compte-rendu de lecture du mois d’octobre, j’ai cédé à la tentation d’évoquer un souvenir cinématographique presque unanimement partagé, avec, je l’espère, un peu de légèreté et beaucoup d’humour.

Quatre questions en introduction…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit questionnaire, auquel je vous propose, si vous le souhaitez, de répondre en commentaire.

  1. Quel film vous fait le plus rire ?
  2. Quel film vous fait non seulement le plus rire, mais vous fera rire à nouveau à chaque fois que vous le reverrez ?
  3. Lorsque vous en parlez, de quel film ne pouvez-vous pas choisir une seule scène et dire « c’est celle que je préfère », avant de vous raviser à coup de « Non celle-ci, ou plutôt non, celle-là » ?
  4. Enfin, quel film pouvez-vous voir et revoir au gré de ses rediffusions même si vous en possédez une copie dans votre DVDthèque ?

Vous me répondrez sans doute, pour chaque personne, une réponse différente, et moi-même je serai capable de donner chaque jour une réponse différente (sachant qu’à ce questionnaire, je pourrais aussi bien répondre « la série Kaamelott », ou « les films Mon petit doigt m’a dit ou Le Crime est notre affaire).

Mais je pense tout de même qu’avec une certaine régularité, je tomberai sur un film avec De Funès, et, toujours avec régularité, sur La Grande Vadrouille.

Souvenirs cinématographiques de La Grande Vadrouille

Je ne sais plus si j’ai déjà parlé de La Grande Vadrouille sur ce blog, j’ai dû inévitablement mentionner ce film lorsque j’ai parlé il y a quelques années des dictionnaires thématiques, dont celui consacré à De Funès, et j’ai dû  l’évoquer au moment du décès de Marie Dubois, inoubliable Juliette qui recueille Augustin et Peter Cunningham poursuivis par les allemands.

Je saute donc sur l’occasion – 50 ans, c’est trop beau – et m’attarde quelques instants sur mes souvenirs de La Grande Vadrouille.

Tout d’abord, je ne me souviens absolument pas de la première fois où j’ai vu ce film. Je me souviens de mes premiers Chaplin, de La Nuit américaine, de mes premiers Bogart et Bacall, ou encore du Roi et l’oiseau ou de ma première vision époustouflée de Barry Lindon

Je n’ai aucun souvenir de ma première Grande Vadrouille. Par contre, assez facilement, je dirai que depuis cette première rencontre, j’ai eu l’impression toujours d’être accompagnée par ce film, et de ressentir ce même plaisir, cette même joie, à chacune de nos retrouvailles. La Grande Vadrouille peut ainsi répondre à mes deux premières questions ci-dessus, et également à la quatrième.

Enfin, pour ce qui est des scènes cultes, il est vrai que j’ai bien du mal à me décider, même si la mélomane en moi retiendra évidemment la scène de l’opéra avec De Funès en chef d’orchestre… L’amateur d’absurde se souviendra le rire aux lèvres de l’interrogatoire « De moi vous osez vous foutez ». Le nostalgique retiendra la première rencontre (dans le film, puisqu’ils avaient tourné avant Le Corniaud) entre Bourvil et De Funès :

J’ai également une tendresse particulière pour les scènes aux hospices de Beaune, en particulier celle-ci :

car elle me rappelle Caradoc dans Kaamelott, et ses obsessions culinaires « Le gras c’est la vie », et l’extrait qui suit immédiatement « Dites trente trois, trente trois. – Thirty three, thirty three »…

Bref, c’est avec bonheur, et facilité, que j’ai décidé de ma lecture du mois de septembre, à savoir un livre sorti à l’occasion du cinquantième anniversaire de ce phénomène cinématographique.

Les 50 ans de La Grande Vadrouille

L’ouvrage est sorti, très opportunément, en septembre 2016 : il s’agit de Sur la route de La Grande Vadrouille : les coulisses du tournage, un livre de Vincent Chapeau, préfacé par Danièle Thompson, et sorti aux éditions Hors Collection.

On le présente comme une « édition spéciale 50 ans du film », de 144 pages.

Néanmoins, et c’est là que j’ai cédé à la facilité, ce n’est ni sous cette couverture, ni avec ce nombre de pages que je connais ce livre, mais dans une précédente édition de 2004, celle-ci de 112 pages… j’ignore donc tout des 32 pages supplémentaires, j’essaierai d’y jeter un oeil pour un éventuel addendum !

Voici le livre tel que je le connais, et tel que je l’ai trouvé à l’office de tourisme de Meursault, lors d’un petit séjour des plus sympathiques en Bourgogne il doit y avoir trois ou quatre ans.

Après la préface de Danièle Thompson, et une brève introduction de l’auteur, ce dernier revient en quelques pages sur la genèse de La Grande Vadrouille, depuis le succès du Corniaud en 1965 jusqu’aux démarches de financement, en passant par l’écriture du scénario et les repérages.

Puis le lecteur est embarqué sur un tournage qui débute à Vézelay le 15 mai 1966, pour s’achever le 12 septembre dans un train aux abords de Paris, où un parachutiste anglais s’excuse par mégarde dans sa langue maternelle auprès d’un officier SS. S’ensuivent deux mois de post-production, avant une sortie triomphale en décembre 1966.

S’il n’était peut-être pas de bonne humeur en ouvrant le livre de Vincent Chapeau, parce que les jours raccourcissent, parce que les températures baissent, parce que… parce que… parce que… ce même lecteur va vite se rendre compte que la bonne humeur, l’euphorie, l’humour n’étaient pas que dans le scénario, et sont contagieux.

Il va suivre les comédiens parmi les plus célèbres du cinéma français des années 60-70, et toute une équipe de cascadeurs, décorateurs, figurants, d’abord dans une ambiance bourguignonne festive, entre Meursault, Beaune et Vézelay, puis dans le Cantal, pour enfin se faufiler dans la fourmilière des studios de Boulogne-Billancourt.

Le livre de Vincent Chapeau se déguste comme un bon repas – entrée, plat, dessert – servi avec une bonne bouteille : photos, documents d’archive, lettres, extraits du scénario, repérages géographiques, et évidemment, anecdotes.

Bons repas, bonne humeur et anecdotes de tournage

Comme je l’ai dit plus haut, le périple commence en Bourgogne, et on suit avec délectation les journées de tournage qui s’achèvent soit en dégustations de repas gastronomiques (et autres escargots), soit en visites de caves de la région.

On y attend Bourvil oublié sur la départementale à la fin de la journée par le régisseur, on y observe De Funès faire ses emplettes en verres à vin.

On assiste à des accueils d’habitants toujours fébriles et enthousiastes, à un tournage où chacun des deux larrons émerveillent par leur talent comique, Bourvil toujours chantonnant et de bonne humeur, et qui s’applique à dérider un De Funès taciturne en l’appelant « mon petit poussin »…

Évidemment il y a ce qu’on connait, les anecdotes dont on a forcément entendu parler et qu’on relit avec plaisir, et puis il y a les choses que l’on apprend – ou plutôt que j’ai apprises :

Pêle-mêle :

  • les répétitions harassantes de De Funès pour faire un bon chef d’orchestre,
  • la colère de Terry Thomas à l’idée de devoir tourner une prise supplémentaire dans les eaux froides du zoo de Vincennes,
  • la mort de Gil Delamare, roi des cascadeurs, au beau milieu du tournage, mais sur un autre tournage,
  • les visites de Michèle Morgan à Gérard Oury d’un plateau à l’autre des studios de Billancourt,
  • les difficultés et les tractations pour réussir à tourner dans l’Opéra Garnier,
  • les reconstitutions en studio de la loge présidentielle de l’opéra, des égouts de Paris, des chambres de l’hôtel du globe,
  • le trac de Marie Dubois pour son premier jour de tournage,
  • l’estime et le respect mutuels, et communicatifs, d’un réalisateur et de ses deux acteurs principaux

Le tout suscite en nous, à la lecture de ce livre, une pêche incroyable. On est heureux d’observer ces coulisses, d’assister à ce bonheur, parfois mêlé évidemment d’angoisses professionnelles et d’incertitudes, et on se sent privilégié de pouvoir le faire. Les plus âgés (et pour le coup les plus chanceux) d’entre nous, se rappelleront à cette lecture la sortie en salles de La Grande Vadrouille.

Je me contenterai, personnellement, de tenter une nouvelle fois de me souvenir de la première fois, de la première fois où j’ai vu un bombardier anglais traverser l’écran, se croyant au-dessus de Calais et apercevant la Tour Eiffel. De la première fois où j’ai vu De Funès diriger Faust, de la première fois où j’ai vu Bourvil repeindre une façade.

Et je me souviendrai aussi de tous les films suivants, des uns et des autres. Du Cercle rouge pour l’un, de La Folie des grandeurs pour l’autre…

Et je garderai en mémoire l’impression ultime que m’a laissée ce livre, celle de feuilleter un album de famille, entourée par des êtres exceptionnels par leur talent, leur richesse, leur douceur et leur simplicité.

Et je remercierai, encore une fois, La Grande vadrouille d’exister.

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Hors-série 4 : D’amour et d’étoiles. Katharine Hepburn / Spencer Tracy

Voici déjà le quatrième et dernier hors-série de l’été sur Cinéphiledoc.

hepburn tracy

Après un couple hollywoodien, Lauren Bacall et Humphrey Bogart, et deux couples du cinéma français, Alain Delon et Romy Schneider, Yves Montand et Simone Signoret, il est temps de refermer cette parenthèse estivale par un autre couple hollywoodien : Katharine Hepburn et Spencer Tracy.

Pour Bacall et Bogart et Montand et Signoret, je connaissais aussi bien l’un des éléments du couple que l’autre, même si pour ces derniers, je les avais plus souvent admirés séparément que réunis.

Delon et Romy et Hepburn et Tracy n’ont rien de comparable, si ce n’est que, dans les deux cas, la filmographie féminine m’est beaucoup plus familière. Je ne connais de Spencer Tracy que les films où il a joué avec Katharine Hepburn, et qui sont véritablement un régal de comédie et d’émotions.

Mais reprenons, pour la dernière fois, notre chemin habituel :

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Katharine Hepburn et Spencer Tracy

Katharine Hepburn, née en 1907 et décédée en 2003, est l’une des plus grandes stars hollywoodiennes, à la longévité incroyable à l’écran, au record inégalé de 4 Oscars et à un tempérament de feu. C’est une comédienne d’une fantaisie et d’un humour irrésistible, à découvrir dans les cinq films que je vous propose ci-dessous (liste évidemment non exhaustive) :

  1. Sylvia Scarlett (1935) de George Cukor, avec Cary Grant
  2. L’Impossible Monsieur Bébé – Bringing up Baby (1938) de Howard Hawks, avec Cary Grant
  3. Indiscrétions – The Philadelphia Story (1940) de George Cukor, toujours avec Cary Grant mais aussi James Stewart
  4. The African Queen (1951) de John Huston, avec Humphrey Bogart (voir plus bas)
  5. La Maison du Lac – On Golden Pond (1981) de Mark Rydell avec Henry Fonda et Jane Fonda

Et c’est aussi une comédienne dont même les films que je n’ai pas encore pu voir me font envie, par exemple : Les Quatre filles du Docteur March, de Cukor, dans lequel elle joue Jo ; Marie Stuart, de John Ford, Le Lion en hiver, d’Anthony Harvey, où elle joue Aliénor d’Aquitaine face à Anthony Hopkins, ou encore Une bible et un fusil, un western où elle partage l’affiche avec John Wayne.

Spencer Tracy est également une immense star hollywoodienne, né en 1900 et décédé en 1967, que j’avoue beaucoup moins bien connaître que sa compagne. Hormis les films qu’il a tournés avec elle, je sais simplement que c’était un acteur d’une grande modestie et d’une grande simplicité, et l’un des plus proches amis d’Humphrey Bogart.

Hepburn et Tracy se sont rencontrés sur le tournage de La Femme de l’année (je ne résiste pas à reprendre le récit de leur première rencontre) :

Lors de leur première rencontre, elle s’écria : « Oh, Monsieur Tracy, mais je suis vraiment trop grande pour vous ! » À quoi Tracy répliqua : « Ce n’est pas grave, ma chère, j’aurai vite fait de vous rendre votre vraie dimension. »

Avec La Femme de l’année, sorti en 1942, ils ont partagé l’affiche de neuf films jusqu’en 1967, au décès de Tracy : La Flamme sacrée, Sans Amour, Le Maître de la prairie, L’Enjeu, Madame porte la culotte, Mademoiselle Gagne-Tout, Une Femme de tête, et Devine qui vient dîner ?

Quatre films pour Bacall et Bogart, trois pour Delon et Romy, cinq pour Montand et Signoret, et donc neuf films pour Hepburn et Tracy.

Sur ces neuf films, j’en ai vu trois, le premier, La Femme de l’année, Madame porte la culotte, et le dernier, Devine qui vient dîner ? Tous trois excellents, drôles et émouvants, à l’image de leurs acteurs.

Réunis dans un livre ?

Dans ma bibliothèque, je ne dispose d’aucun livre réunissant, encore une fois, ce couple mythique.

Sur Internet, je n’ai trouvé trace que de deux ouvrages. Le premier a été publié dans les années 70, du vivant donc de Katharine Hepburn, mais évidemment disponible aujourd’hui uniquement d’occasion. Il s’agit de Spencer Tracy et Katharine Hepburn : les amants terribles de Hollywood, de Kanin Garson, publié en français en 1974 (l’édition anglaise date de 1970 et avait pour titre : Tracy and Hepburn : An Intimate Memoir).

Le second a été publié en 2013, uniquement en anglais : Spencer Tracy and Katharine Hepburn : Hollywood’s most famous couple, by Charles Rivers Editors.

Sur Internet, je n’ai rien trouvé d’autres, hormis les articles habituels qui reviennent sur leur histoire, et sur cette vidéo :

Séparément maintenant.

Côté Tracy ?

Je commencerai par Spencer Tracy, assez rapidement, malheureusement, puisque je le connais assez mal.

En ce qui concerne les livres, on ne peut pas dire que Tracy soit des plus chanceux en la matière : je n’ai trouvé aucun livre en français, biographie ou album, qui lui soit consacré.

Et pourtant, il y a eu récemment plusieurs publications outre-Atlantique, la plupart entre 2011 et 2016, et la plus notable semblant être une biographie de James Curtis, Spencer Tracy, paru chez Arrow en 2012, et comptant plus de 1000 pages.

Le personnage semble des plus passionnants, et il est regrettable que, justement, on ne nous le fasse pas mieux connaître…

Il faut donc chercher ailleurs pour en apprendre davantage sur Spencer Tracy.

L’article français de Wikipédia est assez concis :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Spencer_Tracy

L’article anglais en revanche est beaucoup plus riche :

https://en.wikipedia.org/wiki/Spencer_Tracy

Pas de site internet qui lui soit entièrement consacré, en revanche, j’ai trouvé cette vidéo hommage, par Burt Reynolds :

ainsi qu’une biographie en vidéo, dont voici la 1ère partie :

Quant à son jeu d’acteur, je ne me souviens pas d’une scène qui m’ait plus marquée que celle de Devine qui vient dîner ?, film sur lequel je reviendrai dans un moment :

Voilà pour le grand Spencer Tracy. Passons à la non moins grande (en tout cas au cinéma) Katharine Hepburn.

Côté Hepburn ?

Katharine Hepburn a suscité davantage de littérature, d’un côté et de l’autre de l’Atlantique.

Elle a elle-même publié un premier livre en 1988 sur le tournage de The African Queen, de John Huston, film mentionné plus haut et dans lequel est partage l’affiche avec Humphrey Bogart.

Le titre parle de lui-même et donne le ton : African Queen ou Comment je suis allée en Afrique avec Bogart, Bacall et Huston et faillis perdre la raison [« The Making of The African Queen »].

La brochure qui accompagne mon DVD de l’African Queen parle de l’ouvrage d’Hepburn comme d’un récit de tournage « exceptionnel par sa liberté de ton et sa sincérité », mais il ne le cite que très peu, malheureusement.

Cette vidéo revient sur le tournage de ce film, durant lequel Bogart et Huston ont échappé à la dysenterie en ne buvant que du whisky…

Mais Katharine Hepburn ne s’est pas arrêté à publier ses souvenirs de tournage.

Elle a également publié son autobiographie, Moi, Histoires de ma vie, parue en 1993, ainsi qu’un livre de souvenirs, Appelez-moi Kate : confidences de Katharine Hepburn, sorti en 2004 chez Robert Laffont.

Je ne dispose malheureusement ni de l’un, ni de l’autre.

De nombreuses biographies lui ont été consacrées au fil des années : une en 2007, une en 2012, deux en 2016…

Les deux seuls livres qui figurent dans ma bibliothèque sont :

  • un album de Taschen dans la collection Movie Icons, Katharine Hepburn, publié en 2007 ;

  • un beau livre, Katharine Hepburn : les images d’une vie, de Pierre-Henri Verlhac, publié en 2009 aux éditions Verlhac, justement.

Les deux ont le mérite de rendre justice à cette immense star, page après page.

Et sur Internet ?

Là encore, un article français sur Wikipédia un peu concis :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Katharine_Hepburn

Un article anglais bien plus riche :

https://en.wikipedia.org/wiki/Katharine_Hepburn

d’autant qu’il cite dans ses sources une exposition virtuelle consacrée à Katharine Hepburn par la National Portrait Gallery de Washington :

http://www.npg.si.edu/exhibit/hepburn/

Pas de site dédié par contre.

Dans les vidéos, celle que je souhaitais surtout retrouver était, encore une fois, celle d’un documentaire où elle évoquait elle-même sa carrière et sa vie. J’ai trouvé quelque chose d’approchant, même si je ne suis pas totalement sûre que ce soit ce dont il s’agissait :

J’ai également trouvé l’équivalent de l’hommage à Tracy par Burt Reynolds, une vidéo hommage de TCM, avec Anthony Hopkins :

Mais n’oublions pas que Katharine Hepburn est l’une des rares légendes de Hollywood (si l’on excepte bien-sûr Marilyn) a avoir déjà été incarnée au cinéma… mais pas par n’importe qui, ni dans n’importe quel film : par Cate Blanchett, dans Aviator, de Martin Scorsese :

À voir et à revoir pour qui aime le cinéma, les films de Scorsese, Di Caprio, et évidemment, Cate Blanchett…

Terminons à présent ce dernier hors-série de l’été.

Un film avec Hepburn et Tracy

J’aurais pu citer les deux films par lesquels je les ai connus, deux comédies d’une fabuleuse drôlerie, La Femme de l’année et Madame porte la culotte, où Hepburn joue à merveille les femmes indépendantes et modernes, mais agaçantes, et où Tracy joue, déjà, les ours mal léchés avec le cœur sur la main.

Mais le film que je retiens aujourd’hui, je ne le retiens pas seulement pour Hepburn et Tracy, je le retiens aussi pour Sidney Poitier.

Dans ce film, Devine qui vient dîner ?, une jeune femme vient présenter son futur époux à ses parents. Il est noir, elle est blanche, et les deux familles vont se confronter :

Voilà pour ce dernier hors-série de l’été.

Pour les cinéphiles, rendez-vous fin août ou début septembre pour le prochain compte-rendu de lecture.

Pour les docs, je vous présenterai quelques ressources, réflexions, ainsi que mon nouvel établissement dans l’article de fin septembre.

D’ici là, bonne fin de vacances à tous et à bientôt.

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Hors-série 3 : D’amours et d’étoiles. Yves Montand / Simone Signoret

Pour ce troisième hors-série de l’été, c’est à nouveau à un couple du cinéma français que je m’intéresse, même si leurs carrières respectives sont loin de s’être cantonnées aux frontières de l’hexagone.

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Et pour cause, Signoret et Montand sont au cinéma ce que Sartre et Beauvoir sont à la philosophie.

Pourtant, je ne dirais pas cette fois-ci que je connais beaucoup mieux l’un ou l’autre… disons que je les connais beaucoup mieux séparés que réunis au cinéma.

Et pour ce qui est de mon capital sympathie, celui-ci est beaucoup plus détendu que pour mon article précédent. C’est donc parti pour Montand et Signoret.

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Yves Montand et Simone Signoret

Yves Montand est né en 1921. D’une famille italienne installée à Marseille, il y commence sa carrière en 1938 avant de monter à Paris en 1944. Il triomphe grâce au soutien de Piaf, dont il a fait d’abord les premières parties, et avec qui il débute au cinéma dans Étoiles sans lumière en 1945. Séparé de Piaf en 1947, il rencontre Simone Signoret en 1949 et l’épouse en 1951.

De Montand, j’ai d’abord entendu les chansons avant de savoir qu’il était acteur. J’ai été bercée dans une famille où l’on écoutait Brassens et Gainsbourg surtout, mais aussi Brel, Barbara, Piaf, Gréco et aussi Montand. J’ai connu Montand par Les Feuilles mortes, À Paris, Grands boulevards, La bicyclette, ou Au Kabaret de la dernière chance

Simone Signoret est également née en 1921. Elle débute au cinéma en 1941, apparaît comme figurante puis dans des petits rôles, obtient le succès avec Macadam (1946) et Dédée d’Anvers (1947), puis la consécration avec Casque d’or (1951).

De Signoret, mon souvenir le plus ancien, c’est celui de Mathilde dans L’Armée des ombres, un film sur la résistance pendant la Seconde guerre mondiale, d’une beauté et d’une tristesse bouleversantes.

Petit aparté avant de parler de Signoret et Montand au cinéma. Comme je l’ai indiqué, je les connais mieux au cinéma séparément que réunis. Voici donc pour chacun cinq films dans lesquels je les ai particulièrement aimés et que je vous recommande.

  • Montand
  1. Z (1969), de Costa-Gavras
  2. Le Cercle rouge (1970), de Jean-Pierre Melville
  3. La Folie des grandeurs (1971), de Gérard Oury
  4. César et Rosalie (1972), de Claude Sautet
  5. Trois places pour le 26 (1988), de Jacques Demy
  • Signoret
  1. La Ronde (1950), de Max Ophüls
  2. Les Diaboliques (1954), de Henri-Georges Clouzot
  3. L’Armée des ombres (1969), de Jean-Pierre Melville
  4. Le Chat (1971), de Pierre Granier-Deferre
  5. L’Étoile du nord (1982), de Pierre Granier-Deferre

Et ensemble, qu’est-ce que ça donne ? 5 films où ils partagent l’affiche, plus ou moins étroitement.

Un premier film en 1957, Les Sorcières de Salem, librement adapté de la pièce de théâtre éponyme d’Arthur Miller, avec un scénario de Jean-Paul Sartre. La pièce s’appuie sur le procès en sorcellerie s’étant déroulé à Salem (Massachusetts) en 1692 pour dénoncer indirectement le maccarthysme.

Ils jouent dans un deuxième film en 1965, Compartiment tueurs, de Costa-Gavras. Ils apparaissent ensuite tous les deux à l’affiche de Paris brûle-t-il ? de René Clément en 1966.

En 1970, le même Costa-Gavras les réunit dans L’Aveu, adapté du livre d’Artur London. À Prague, en 1951, un responsable du régime communiste tchécoslovaque est accusé d’espionnage et arrêté. Ses geôliers veulent lui faire avouer des crimes qu’il n’a pas commis, lui font subir tortures et privations, avant de le pousser à réciter des aveux appris par cœur devant un tribunal.

C’est à ce jour, avec Paris brûle-t-il ?, le seul film réunissant Montand et Signoret, que j’ai pu voir.

Leur dernière collaboration a lieu en 1976, avec Police Python 357 d’Alain Corneau.

Réunis dans un livre ?

Le seul livre les réunissant que je connaisse et que j’ai eu le plaisir de feuilleter est un ouvrage de Pierre Lherminier publié en 2005 aux éditions Ramsay dans la collection Ramsay Cinéma : Signoret Montand : Deux vies dans le siècle.

Montand Signoret, qui n’a malheureusement pas été réédité, est un beau livre abondamment illustré, et qui tente de couvrir toutes les facettes de ces deux carrières incroyablement riches : la chanson pour Montand, le cinéma français et international pour les deux, l’écriture pour Signoret, et l’engagement politique, également pour les deux.

À noter que durant mes recherches sur des ouvrages qui seraient consacrés à ces deux monstres sacrés, j’ai trouvé mention d’un livre de la même collection que celle mentionnée dans le premier hors-série : Les couples célèbres des éditions Solar. Un livre très logiquement nommé Yves Montand, Simone Signoret : une passion engagée, et publié en 2001 sous la plume de Nathalie Grzescak.

C’est aussi le seul couple pour l’instant pour lequel j’ai trouvé une vidéo de l’INA : http://www.ina.fr/video/CPF86634410

ainsi qu’un article sur le site de la ville de Saint-Paul de Vence.

Séparément maintenant.

Côté Montand ?

Malheureusement, je n’ai aucun livre dans ma bibliothèque sur Montand… juste le souvenir quand j’étais petite d’un documentaire qui lui était consacré, et qui avait été religieusement enregistré sur vidéocassette : « Monsieur Montand ».

Sauf erreur de ma part, il n’a jamais écrit d’autobiographie, mais j’ai trouvé trace d’un livre publié en 2001 aux éditions du Seuil : Montand raconte Montand, dont voici la description :

MONTAND NOUS A RACONTÉ SA VIE, DE L’AUTOMNE 1988 A L’ÉTÉ 1990. De la maison d’Auteuil à Saint-Paul-de-Vence, nous avons enregistré des dizaines et des dizaines d’heures d’entretien, recueilli la plus longue interview dont puissent rêver des auteurs en quête de leur personnage. Nous travaillions avec méthode, balisant les grandes parties : Piaf et Paris, Simone et Saint-Paul, Marilyn et Hollywood, Khrouchtchev et Moscou. Montand se pliait volontiers au jeu mais s’évadait sans cesse de ce carcan que nous souhaitions lui imposer. C’est un conteur. Il ne raconte pas, il joue, il met en scène, fait revivre les situations. Il ne reste pas assis devant le micro mais déambule en tous sens, gesticule, mime.

Sans doute ces entretiens seront-ils repris dans la publication annoncée pour octobre 2016 par les éditions Nouveau Monde : Montand par Montand.

Quant aux biographies et aux évocations, il y en a pléthore : depuis les souvenirs de Signoret et de sa fille Catherine Allégret, les Lettres à Montand publiées par Carole Amiel, sa dernière compagne, jusqu’aux publications régulières qui lui sont consacrés.

Sur internet, un site lui ai consacré :

http://www.yves-montand-site-officiel.com/

L’article sur Wikipédia semble également assez complet :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yves_Montand

Quant aux vidéos, je ne résiste pas à la tentation de citer une quasi source primaire, avec le film Trois places pour le 26 de Jacques Demy, dans lequel il joue (presque) son propre rôle :

Et j’en reviens toujours à mon inévitable Blow Up :

Passons maintenant à Simone…

Côté Signoret ?

Ma bibliothèque est d’un seul coup bien plus riche, héritage familial d’une admiration profonde vouée à Signoret.

J’y trouve évidemment ses mémoires, d’une qualité d’écriture incomparable et que je recommande vivement : La Nostalgie n’est plus ce qu’elle était, toujours disponible dans une réédition de 2010 chez Seuil.

J’y trouve également l’ouvrage de sa fille, Catherine Allégret, Les Souvenirs et les regrets aussi, publié en 1994 aux éditions Fixot, mais depuis uniquement disponible d’occasion.

Et puis, trois autres livres (ou plutôt deux), le meilleur d’entre eux étant une biographie d’Emmanuelle Guilcher, Signoret, une vie, parue en 2005 aux éditions Privé, et rééditée en 2010 aux éditions Michel Lafon. Curieusement j’ai les deux éditions dans ma bibliothèque, allez savoir pourquoi…

Sans doute ai-je pensé, suite à la lecture captivante de la première édition que la deuxième était un ouvrage totalement différent, qui abordait un tout autre angle, et je n’ai pas pris la peine de vérifier qu’il s’agissait du même texte. Les deux livres sont donc côte à côte dans ma bibliothèque, et je n’ai jamais songé à me défaire de l’un ou de l’autre…

Enfin le dernier livre en ma possession est Simone Signoret : entre gloire et nostalgie, de Christian Dureau, publié en 2011 aux éditions Carpentier. Il s’agit d’un petit album plutôt sympathique, qui retrace la carrière de Signoret, depuis son nom de ville, Simone Kaminker, et à travers tous les personnages marquants qu’elle a incarné à l’écran : Dédée d’Anvers, Casque d’Or, Mathilde dans L’Armée des ombres

Et sur internet ?

À nouveau, pas de site officiel (à croire que décidément, de ce côté-là, les hommes sont bien mieux lotis que les femmes, si l’on excepte évidemment les sites dégoulinants d’admiration et de bonne volonté gérés par les fans…).

L’article de Wikipédia est correct mais semble perfectible, c’est du moins ainsi qu’il est évalué sur le site :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Simone_Signoret

Plus de chances en vidéo, lorsque l’on fait une recherche sur YouTube, même si cette fois, je ne peux pas appeler Blow Up à mon secours…

https://www.youtube.com/results?search_query=simone+signoret

Parmi ces résultats, j’en ai retenu un, où elle évoque elle-même sa carrière :

Un film avec Montand et Signoret

Comme je l’ai souligné plus haut, l’un des seuls films dans lequel j’ai pu voir Signoret et Montand réunis était L’Aveu, film où ils sont maris et femmes, et film où ils sont quasiment tout du long séparés, puisque London (Montand) est arrêté au début du film…

Que l’on souhaite rester dans la gravité, et l’on se tournera davantage vers les films de Signoret, L’Armée des ombres, Le Chat, ou vers les films de Montand les plus engagés et les plus sombres : Z, I comme Icare, Le Cercle rouge

Que l’on recherche quelque chose de moins noir, et l’on pourra aller de l’ironie cinglante, du cynisme des Diaboliques, jusqu’à la drôlerie, la douceur ou la fantaisie de La Folie des grandeurs, du Diable par la queue, de César et Rosalie, de Trois places pour le 26.

Et finalement, avec Signoret et Montand, séparément ou réunis, on aura fait le tour de tout un éventail d’émotions comme seuls savent en jouer les plus grands comédiens.

Et c’est sur ce constat des plus subjectifs que je vous laisse, jusqu’au prochain (et dernier) hors-série de l’été.

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Hors-série 2 : D’amour et d’étoiles. Alain Delon / Romy Schneider

Voici donc le 2e hors-série de l’été.

Pour ces hors-série, j’ai décidé de choisir aussi bien des couples du cinéma hollywoodien, comme pour l’article précédent, que des couples du cinéma français.

J’ai aussi décidé, très arbitrairement, de me concentrer sur des couples dont je connais relativement bien la filmographie, même si, pour certains d’eux, je peux très bien connaître la filmographie d’un élément du couple et beaucoup moins celle de l’autre…

Mon capital sympathie est lui aussi tout à fait variable selon que je regarde d’un côté ou de l’autre.

Passées ces considérations, je reprends le même schéma que pour l’article précédent :

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Et c’est reparti !

Alain Delon et Romy Schneider

Et c’est évidemment là que le capital sympathie prend tout son sens.

À nouveau pour paraphraser Blow Up (et nous y reviendrons après) : c’est qui ou plutôt c’est quoi Alain Delon et Romy Schneider ?

Alain Delon est né en 1935 et a incarné dans les années 50-60 le jeune premier à la française au même titre qu’un Gérard Philipe ou qu’un Jean Marais quelques années auparavant, ou qu’un Belmondo à la même époque, ce dernier se distinguant davantage par sa gouaille que par son côté « beau ténébreux ».

Après… et bien après, disons que c’est devenu Delon, un personnage fréquemment caricaturé, qui a sans doute été tenté par l’auto-caricature pour mieux se protéger et dont les rôles récents ne laissent entrevoir que le pâle reflet de ce qu’il a pu être avant…

Romy Schneider est né à Vienne en 1938. Tout a été dit, redit et exagéré sur Romy. Y’a-t-il d’ailleurs une autre comédienne (ou un autre comédien, ne soyons pas sexiste), qu’il suffit d’appeler par ce diminutif affectueux ? Romy : à lui seul il évoque tout de suite à des milliers de cinéphiles des débuts de princesse, une carrière brillante et ce sentiment du tragique, cette impression de manque, de gâchis et d’absence de retenue dans l’émotion…

Un mythe, une icône, autant pour les petites filles que pour les femmes et un idéal à jamais inaccessible pour des comédiennes, bien qu’on ait donné son nom à un prix.

Vous le voyez maintenant, le capital sympathie ? Et encore, j’ai l’impression d’avoir été soft.

Et donc, Alain Delon et Romy Schneider, ça donne quoi ?

Un film en 1958, Christine, qui est un remake d’un film de Max Ophüls, Liebelei, lui-même adapté d’une pièce de théâtre d’Arthur Schnitzler où jouait la mère de Romy, Magda Schneider (et ce qui était plus ou moins le rôle phare de sa carrière). Christine est une bluette tragique quelque peu dégoulinante et plutôt oubliable.

Contrairement, évidemment, à La Piscine, sorti en 1969 : un huis-clos entre un couple, Jean-Paul et Marianne (Alain Delon et Romy Schneider), et le meilleur ami de Jean-Paul et sa fille (Maurice Ronet et Jane Birkin), dans une villa avec piscine.

Enfin, une troisième collaboration en 1971, dans L’Assassinat de Leon Trotsky, de Joseph Losey, que malheureusement je n’ai pas vu.

Et entre 1958 et 1971, des fiançailles en 1959, rompues en 1964, puis la mort de Romy en 1982, les regrets de Delon, ses hommages appuyés, lui devenant de plus en plus un vieux lion, et elle devenant irrémédiablement un mythe.

Réunis dans un livre ?

Personnellement, il n’y a dans ma bibliothèque aucun ouvrage consacré à la fois à Romy Schneider et à Alain Delon, comme il n’y en avait aucun sur Bogart et Bacall.

Néanmoins, pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur ce couple, ils auront certainement plus de chance que pour Bogart et Bacall, notamment en lisant l’ouvrage de l’un des principaux intéressés :

Foisonnante littérature adepte des hyperboles ! « fiancés de l’éternel », « ils se sont tant aimés », « un amour impossible »…

Côté Delon ?

Il n’y a dans ma bibliothèque qu’un ouvrage consacré à Delon, en tout cas en partie, et c’est cet ouvrage qui, il y a un peu plus de 3 ans, m’avait permis d’inaugurer les fonctions cinéphiles et doc de ce blog, en en faisant le compte-rendu.

Il s’agissait des Grandes gueules du cinéma français : Gabin, Ventura, Belmondo, Delon, un livre de Philippe Lombard, préfacé par le réalisateur Georges Lautner et publié en 2012 aux éditions Express Roularta.

Vous pouvez retrouver le compte-rendu de cet ouvrage ici.

Pour ce qui est des livres disponibles sur Delon, il y en a un certain nombre, à commencer par l’ouvrage cité plus haut écrit par Delon lui-même, mais rien de très récent ou de très disponible à un prix abordable. La principale référence semble être une biographie en 2 volumes publiée par Henry-Jean Servat au début des années 2000…

Et sur internet ?

L’article qui lui est consacré sur Wikipédia semble assez complet :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Delon

Il dispose également d’un site officiel hébergé en Suisse :

http://www.alaindelon.ch

ainsi que d’une page Facebook :

https://www.facebook.com/alaindelon.officiel

Et en vidéo ? J’en reviens à ma référence favorite en la matière : Blow Up.

Côté Romy ?

Ma bibliothèque est d’un seul coup bien plus riche.

Comme indiqué dans le précédent article, lorsque j’admire un acteur ou un réalisateur et que celui-ci a suscité beaucoup de publications – ce qui est le cas pour Romy Schneider – j’ai au moins une autobiographie ou biographie et un « beau livre » dans ma bibliothèque.

Pour Romy, j’ai 5 ouvrages. (j’illustre cette partie avec les couvertures des livres que je connais, mais les ouvrages ont parfois connu plusieurs éditions, et les miennes ne sont pas forcément les plus récentes)

Le premier, et celui que j’ai depuis le plus longtemps, même si je ne l’ai jamais relu, est Moi, Romy : le journal d’une vie.

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À l’origine, l’ouvrage se trouvait dans la bibliothèque de ma grand-mère, et comme certaines bibliothèques de grand-mère, celle-ci était composée de livres sur la seconde guerre mondiale, de sélections du Reader’s digest et de commandes de France Loisirs (je caricature à peine). Ma grand-mère aimait aussi beaucoup les livres sur le vieux Paris et les vieux métiers…

Toujours est-il que le journal de Romy faisait certainement partie de l’une de ses nombreuses commandes à France Loisirs, étant donné que c’est par eux que le livre en ma possession a été édité en 1989, sans doute après été publié par une première maison d’édition.

Comme je l’ai indiqué, j’ai toujours gardé ce livre mais je ne l’ai jamais relu. Le souvenir que j’en garde, Romy ayant tenu ce journal depuis son adolescence jusqu’à la fin de sa vie, est quelque chose de très émouvant, avec non seulement ce journal écrit mais aussi des transcriptions de lettres et de conversations téléphoniques, avec une plume qui évolue de la jeune fille à la femme, mais aussi avec le sentiment de pénétrer dans une intimité comme un cambrioleur…

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Le second livre est une biographie que l’on m’avait offert il y a quelques années : Romy au fil de la vie, de David Lelait, publiée en 2002 aux éditions Payot. Elle a été réédité en 2012.

J’ai le souvenir d’une lecture très agréable et très respectueuse, pas du tout racoleuse.

Pour le troisième, je passe aux beaux livres. Il s’agit du premier livre de photos que j’ai acheté consacré à Romy, Romy : hommage photographique, de Klaus-Jürgen Sembach, publié en 2005 par les éditions du collectionneur.

Les photos sont surtout des photos promotionnelles et de tournage, même s’il y a quelques photos personnelles. Elles sont précédées d’un court texte de présentation de l’auteur et suivies d’une biographie succincte ainsi que d’une filmographie.

Le quatrième a été mon coup de cœur au moment où je commençais à me constituer une bibliothèque sur le cinéma : Romy, de Johannes Thiele publié en 2007 aux éditions Place des Victoires (et réédité en 2012).

Il s’agit d’un énorme album de photos, ponctué de texte de l’auteur, de citations de Romy Schneider et de témoignages de ceux qui l’ont connue.

9782226181817-j

Enfin le dernier livre est peut-être le plus spécifique : Romy dans L’Enfer : Les images inconnues du film inachevé d’Henri-Georges Clouzot, avec le texte de Serge Bromberg, publié en 2009 aux éditions Albin Michel.

Cet ouvrage présente, comme son titre l’indique, des images d’archives du tournage du film L’Enfer, en 1964, tournage interrompu par la mort du réalisateur, Henri-Georges Clouzot. Un film a également été consacré à ce tournage maudit et est sorti en 2009. En voici un extrait :

Depuis sa disparition en 1982, Romy fait l’objet d’une très nombreuse littérature : biographies, hommages photographiques, un an ne passe pas sans que quelqu’un ne vienne ajouter sa pierre à l’édifice, avec plus ou moins de réussite.

Et sur internet ?

Là encore, un article assez complet sur Wikipédia :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Romy_Schneider

Par contre, pour ce qui est des sites qui lui sont dédiés, il s’agit principalement de sites de fans inconditionnels, souvent plein d’enthousiasme, moins souvent de grammaire et d’orthographe…

Je leur préfère la page Facebook qui lui est consacrée :

https://fr-fr.facebook.com/Romy-Schneider-44032826464/

Et comme toujours, l’inévitable numéro de Blow Up :

Un film avec Delon et Romy

Vous l’aurez compris, parmi les trois films qu’ils ont tournés ensemble, si je considère Christine comme une bluette oubliable et si je n’ai jamais vu L’Assassinat de Léon Trotsky, c’est évidemment La Piscine qui remporte tous mes suffrages, et c’est avec lui que je vous laisse :

jusqu’à la prochaine fois.

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Hors-série 1 : D’amour et d’étoiles. Bogart / Bacall

Bonjour à tous.

Voici le premier hors-série de l’été de Cinephiledoc.

Cette année, j’ai eu beaucoup de difficulté à choisir une thématique pour ces hors-série.

J’aurais pu me pencher, dans chaque numéro, sur un acteur ou un réalisateur, j’aurais aussi pu me consacrer à un film qui aurait suscité une très nombreuse littérature, j’aurais également pu piocher au hasard dans ma bibliothèque et évoquer telle ou telle lecture cinéphile.

J’ai cependant décidé de produire cet été quelque chose de plus léger, tant dans le thème que dans la forme. Je vous propose donc quatre numéros, chacun consacré à un couple mythique du cinéma, et aussi bien couple à la ville qu’à la scène.

Ces articles seront construits à chaque fois de la même manière :

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Pour le premier d’entre eux, j’ai choisi le couple emblématique qui, en quelque sorte m’a fait « entrer en cinéma » : Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

Bogart et Bacall

Pour les néophytes, et en reprenant le mode de questionnement qu’affectionne Blow Up :

C’est qui ou plutôt c’est quoi Bogart et Bacall ?

Humphrey Bogart, né en 1899, est une icône masculine du cinéma hollywoodien, particulièrement savoureux d’abord dans des rôles de bad guys puis dans des rôles de détectives comme dans Le Faucon maltais. Il porte admirablement l’imperméable et le feutre, excelle dans l’ironie et le cynisme, et a, selon moi, la voix la plus irrésistible du cinéma avec Alan Rickman… Casablanca est le rôle de sa consécration, il le place sur un piédestal dont il ne descendra plus, même après sa mort en 1957, avec des rôles comme The African queen, pour lequel il remporte un Oscar.

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Lauren Bacall est née en 1924, elle rencontre Humphrey Bogart en 1944 sur le tournage du Port de l’angoisse, d’Howard Hawks, et tourne avec lui 3 autres films : Le Grand sommeil, Les Passagers de la nuit, et Key Largo. Merveilleuse dans La Femme modèle, exaspérante dans Le Crime de l’Orient-Express et dans Leçons de séduction, elle demeure inoubliable dès qu’on la croise dans l’un de ses films.

Évidemment, je résume à gros traits, il y aurait beaucoup plus à dire sur ces deux monstres sacrés, et d’ailleurs, cela a-t-il été tenté ?

Réunis dans un livre ?

Personnellement, je n’ai aucun livre dans ma bibliothèque, qui réunisse Bogart et Bacall. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce couple, pour la petite histoire, j’étais au lycée. J’avais cherché dans les rayons cinéma des librairies, j’avais fureté dans les bibliographies des livres et j’avais tenté de trouver des pistes sur internet, ce qui était beaucoup moins facile à l’époque.

Et même le seul livre qui avait attiré mon attention sur le sujet ne l’avait pas retenue. Il s’agissait d’un ouvrage paru aux éditions Solar, dans la collection très logiquement appelée « Les couples célèbres » : Lauren Bacall, Humphrey Bogart : un amour sans nuages, de Jean-Marc Loubier.

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Rien que le sous-titre, ça vend du rêve, non ? J’ai dû, en tant que lycéenne, n’acheter qu’un livre de cette collection aujourd’hui disparue, celui consacré aux amours de Victor Hugo et de Juliette Drouet…

Bref, ai-je eu plus de chances aujourd’hui en cherchant un ouvrage sur Bogart et Bacall ? Absolument pas. Ai-je trouvé autre chose que des articles de magazines people ou féminin sur internet, si ce n’est un diaporama sur Allociné ? Non plus.

Et séparément alors ?

Côté Bogart…

Comme la plupart du temps lorsqu’il s’agit d’un acteur ou d’un réalisateur que j’admire (et lorsqu’il y a matière pour le faire), j’ai dans ma bibliothèque au moins deux ouvrages sur le sujet : une autobiographie ou une biographie particulièrement soignée (de préférence par un témoin direct) et un « beau livre » avec, là encore, une iconographie soignée.

Bogie n’a jamais écrit son autobiographie – c’est dommage, étant donné le nombre de citations et l’humour qu’on lui prête. Par contre, et j’ai déjà dû le mentionner dans un précédent hors-série sur les enfants de stars qui parlent de leurs parents, son fils, Stephen Bogart, a publié en 1996 une biographie, Bogart mon père (Bogart, In search of my father), préfacé par Lauren Bacall.

Bogart

Je ne m’étendrai pas trop sur ce livre, bien que j’en recommande vivement la lecture, puisque j’en avais déjà parlé : on y suit la vie de Bogart sous les yeux de son fils, à travers le récit de témoins directs, on y suit la trajectoire de ce fils qui d’abord se révolte puis accepte tout le poids de cet héritage paternel (et maternel). On y croise, en plus de ces deux icônes hollywoodiennes, d’autres visages pas moins impressionnants…

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Pour ce qui est du beau livre, il s’agit d’un très bel ouvrage en anglais, publié en 2006 pour le 50e anniversaire de sa disparition : Bogie, A celebration of the Life and Films of Humphrey Bogart, avec une préface de Stephen Bogart, une partie biographique par Richard Schickel, critique de cinéma, et une présentation de ses films par George Perry.

Les images sont magnifiques et le texte particulièrement émouvant, ponctué de citations de Bogart lui-même, de Lauren Bacall ou de Stephen Bogart.

Peut-être y’aura-t-il d’ici un an d’autres livres publiés sur Bogart, puisque nous arrivons au 60e anniversaire de sa disparition…

Et sur internet ?

Bogart a droit à des articles assez complets sur Wikipédia (même si celui en anglais est, évidemment, bien plus nourri que celui en français) :

Là où il a plus de chances que d’autres personnalités, c’est que son fils est personnellement impliqué dans le Humphrey Bogart Estate, qui est chargé de transmettre et de partager auprès des cinéphiles de tout poil, l’héritage cinématographique de Bogart. Cet Humphrey Bogart Estate dispose d’un site internet, d’une page Facebook, d’un compte Twitter et d’un Tumblr

Il me semble que peu de stars disparues peuvent se targuer d’une telle présence numérique !

Un festival cinématographique lui est également exclusivement consacré : http://bogartfilmfestival.com/Home.html

Et en vidéo ? Pour moi le plus bel hommage à Bogart reste le témoignage de Bacall, évidemment :

Côté Bacall

Lauren Bacall a, quant à elle, publié son autobiographie de son vivant, Seule (By myself), sortie à la fin des années 70 puis rééditée en français en 2005 aux éditions Michel Lafon.

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Il s’agissait pour moi d’une découverte captivante : le livre est très agréable à lire, et dresse un panorama très impressionnant de sa vie, depuis ses débuts durant l’âge d’or hollywoodien, son parcours avec et après Bogart, ses rôles plus récents, et, près de dix ans avant son décès, le portrait d’une femme décidée à s’impliquer encore dans des projets cinématographiques, ce qui donne une lecture des plus optimistes.

À côté de cette somme, malheureusement, peu d’autres ouvrages dignes d’intérêt. Et c’est justement pour cette raison que je n’ai rien de plus dans ma bibliothèque.

Sur internet, Bacall a également moins de chance que Bogart.

Certes, Wikipédia version française et version anglaise lui consacrent, là encore, deux bons articles :

Le site qui lui est dédié est beaucoup moins « institutionnel » qu’un Humphrey Bogart Estate, et beaucoup plus… comment dire… informel ? Je vous laisse juger.

En ce qui concerne les vidéos, j’ai réussi à trouver ce documentaire de la BBC, que je trouve assez impressionnant (mais la dame avait de quoi impressionner…) : https://www.youtube.com/watch?v=uR_lpSY5qUc

Pour ce qui est des rétrospectives sur sa carrière cinématographique, je n’ai pas été très satisfaite non plus par ce que j’ai trouvé, j’indique donc juste une vidéo, à titre d’exemple :

Pour moi, encore une fois, ce qui lui rend le plus justice, c’est finalement le documentaire où elle évoque Bogart.

Un film avec Bogart et Bacall

Parmi les quatre films qu’ils ont tourné ensemble, j’ai toujours du mal à choisir lequel est mon préféré. Et pourtant, même si j’adore le premier, Le Port de l’angoisse (To have and have not), même si deux d’entre eux ont été réalisés par Howard Hawks et un par John Huston, même si le 2e (Le Grand Sommeil) est une enquête policière incroyablement complexe qui déborde de sex-appeal, et même si le dernier est un huis-clos étouffant en pleine tempête sur une île (Key Largo), j’en reviens toujours au 3e :

Les Passagers de la nuit (Dark Passage) de Delmer Daves.

Et c’est sur les images de ce film, histoire d’amour magnifique entre un évadé de prison qui change de visage et une jeune artiste peintre persuadée de son innocence, que je vous laisse :

Car il faut bien tout de même que je mette un peu de douceur dans ces hors-série, et qu’elle vous accompagne jusqu’au prochain !

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Revoir Chaplin, relire Chaplin, penser Chaplin, rêver Chaplin

Voici, un peu plus d’un mois après ma visite à Chaplin’s world, le compte-rendu de lecture du trésor déniché là-bas.

Vous voyez que d’emblée je donne le ton. Chaplin’s world m’avait donné envie de revoir les films de Chaplin et de relire son autobiographie.

Le livre dont je vais parler dans quelques instants et que je viens de terminer m’a donné envie lui aussi de revoir non seulement Chaplin en Charlot, mais aussi de revoir Chaplin l’homme : images d’archives, coulisses de films, et même Chaplin incarné par un autre, Robert Downey Jr, bluffant, dans le biopic réalisé par Richard Attenborough. Mais tout cela, j’y reviendrai plus tard.

Rêver le dernier Chaplin

En 1967 sort le dernier film de Chaplin, La Comtesse de Hong-Kong, avec Marlon Brando et Sophia Loren. Comme dans Monsieur Verdoux, Les Feux de la rampe et Un Roi à New-York, on n’y retrouve plus le personnage de Charlot. Chaplin y fait une apparition.

Autant le dire, je n’ai jamais vu La Comtesse de Hong-Kong. Et si Monsieur Verdoux et Les Feux de la rampe sont parmi mes Chaplin préférés – bien qu’il soit difficile pour moi d’en faire un quelconque classement – je n’ai jamais ressenti la même admiration pour Un roi à New-York. Peut-être faudrait-il que je lui donne une seconde chance ?

Donc, La Comtesse de Hong-Kong sort en 1967. Chaplin meurt au matin de Noël 1977. Dix ans sans projet ? Connaissant le personnage, c’est peu probable. Après avoir lu The Freak, on se rend compte que c’est impossible.

The Freak, qu’est-ce que c’est ?

Tout d’abord, c’est un livre de Pierre Smolik, écrivain et cinéaste suisse, livre publié en 2016 par les éditeurs Call me Edouard. L’ouvrage est sorti simultanément dans une version française et une version anglaise. Comme l’indique son titre, il a pour sujet le dernier film de Chaplin, son dernier projet, jamais réalisé.

Ce projet, Chaplin commence à y travailler un peu avant la réalisation de La Comtesse de Hong-Kong, et il le tient en haleine jusqu’en 1974.

The Freak, c’est l’histoire d’une jeune femme, Sarapha, qui un soir tombe sur le toit de la maison isolée d’un scientifique, le professeur Latham. « Tombe sur » car Sarapha n’est pas une femme ordinaire : des ailes lui ont poussé dans le dos.

Un ange ? Un oiseau ? Un monstre ? Un « freak » justement, comme on nommait les malheureuses créatures qu’on exhibait dans les foires : femme à barbe, nain, siamois, Venus hottentote, Elephant man… ?

Sarapha, tombée sur le toit d’une maison en Terre de feu, va être tour à tour étudiée, vénérée, crainte. Enlevée par des profiteurs sans scrupule, elle va voyager jusqu’à Londres, se voir tour à tour déniée ou reconnue son humanité, être traquée par des fanatiques ou par les services de l’immigration, harcelée par les uns, mais aussi défendue bec et griffes (c’est le cas de le dire) par d’autres. Avec toujours cette question : de quoi ses ailes sont-elles le signe ? D’un miracle, d’un paradis ou d’un enfer à venir, de l’innocence ?

Sur plus de 300 pages, Pierre Smolik dissèque ce projet, nous le donne à voir en images, en notes, et nous le fait rêver, comme le faisait, une fois encore, l’excellent livre de Simon Braund, Les plus grands films que vous ne verrez jamais, dans lequel The Freak aurait tout à fait eu sa place.

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Il nous plonge dans les différentes versions du scénario, dans les notes du cinéaste, qui voulait confier le rôle de Sarapha à sa fille Victoria. L’ouvrage se lit comme un roman, et de manière haletante, et pendant cette lecture, on tente à chaque page de saisir tout ce qui nous échappe, cette chimère qui n’a pas pu exister, cette créature incroyable à force de complexité et d’absurde. La chose nous paraît, comme un freak, à la fois sublime et monstrueuse.

En effet l’auteur ne se contente pas de nous donner à lire un projet de scénario : il sonde chaque page de ce scénario, reprend chaque idée de Chaplin, décortique chaque détail. Le réalisateur voulait situer le film en Terre de feu, pourquoi donc ? Des anges apparaissent déjà dans le Kid, mais de quelle manière ? Et le message de Sarapha, pourquoi ressemble-t-il autant, à quelques années d’intervalle, au discours à la fin du Dictateur ? Ce ne sont quelques questions, parmi les dizaines que posent ce livre, dans lequel on part en quête non seulement de l’œuvre de Chaplin, mais aussi de l’homme.

A la recherche de Chaplin…

Le livre ressemble parfaitement à ce qu’il cherche à rattraper : un beau monstre, à la fois étude cinématographique, plongée dans des archives, lecture d’un testament artistique (comme on pouvait lire il y a quelques années celui de Federico Fellini, Le Voyage de G. Mastorna), analyse anthropologique, sociologique, religieuse, politique, biographie…

Source : Sonatine éditions

 

On y étudie les coutumes des indiens de la Terre de feu, les rues de Londres, les faiseurs de miracles religieux, l’emploi du temps de Chaplin à Corsier-sur-Vevey, on y feuillette son album familial tout en pudeur, on tente de déchiffrer son écriture avec sa secrétaire, de construire des accessoires et des décors, de trouver des musiques…

The Freak, c’est tout cela à la fois, mais c’est surtout le plus bel hommage que l’on pouvait rendre à l’œuvre d’un homme.

Un livre qui s’ouvre avec un magnifique dessin de Pierre Etaix, et avec les mots de la petite fille de Chaplin, Aurelia Thierrée. A chaque page ou presque, une découverte : photographies du cinéaste, de sa famille, de sa maison, et du projet, qu’il en soit au stade de notes manuscrites ou de pages tapées à la machine, citations de Chaplin ou de ses proches, idées fortes du livres reprises et presque psalmodiées.

Non seulement ce livre égale, en terme de référence cinématographique, l’autobiographie de Chaplin, mais elle se hisse, selon moi, au rang de bible pour les cinéphiles, au même titre que cette autobiographie déjà citée, ou que le Hitchcock / Truffaut.

Et comme je l’ai dit plus haut, il donne envie de relire Chaplin et de revoir Chaplin.

Pourquoi les coiffeurs ?

Avant d’entamer cette captivante lecture, je m’étais déjà plongée, un peu plus tôt, dans un petit livre dont la publication remonte à 2010 : …Pourquoi les coiffeurs ? Notes actuelles sur Le Dictateur, de Jean Narboni, aux éditions Capricci. Capricci est une très bonne maison d’édition, avec laquelle j’ai une bonne expérience cinéphile. Cela aurait déjà pu suffire amplement à ce que j’ouvre le livre de Jean Narboni, par ailleurs critique de cinéma reconnu.

Ce petit ouvrage, qui se lit d’une traite, ou par petits bouts, ne va cependant pas retracer toute la genèse du Dictateur, et tout son destin, de la préparation à l’émerveillement que le film suscite toujours aujourd’hui. Il s’amuse avec Le Dictateur, s’attarde sur des détails auxquels on n’avait pas prêté attention, l’attrape par un côté, puis, comme s’il s’agissait d’un rubik’s cube, passe à une autre face.

Le tout sous forme de questions et de petits textes de trois à quatre pages à chaque fois, parfois moins :

« Pourquoi Chaplin introduit-il son film par un long prologue sur la guerre de 14-18, aussitôt vu qu’oublié, en attendant qu’une autre vision le propose à notre attention ? » « Pourquoi dit-on toujours « le petit barbier juif » quand c’est le terme de « coiffeur » qui conviendrait, pour des raisons profondes et anciennes ? » « Pourquoi faut-il que la ressemblance entre Hynkel et le petit homme ne soit relevée par personne dans le film ? »
Il s’intéresse à cette fameuse moustache de discorde entre Chaplin et Hitler, aux noms des personnages, à leurs discours, à la musique utilisée dans le film, et à cette volonté imperturbable de Chaplin de faire ce film, décrié à l’époque, perçu comme daté ou d’une incroyable modernité, voire comme visionnaire.
Là encore, cette lecture, qui suscite des images plus familières que The Freak, s’agissant évidemment d’un film vu et revu, nous donne envie de revoir Le Dictateur, de revoir Hynkel s’époumoner devant la foule, embrasser le monde jusqu’à son éclatement, ou de revoir le barbier sautiller en cadence au rythme de la Cinquième danse hongroise de Brahms.

Revoir l’œuvre, retrouver l’homme

Il y a quelques années, j’avais découvert qu’il existait un biopic consacré à Chaplin. Évidemment, lorsque l’on se plonge dans son autobiographie, on voit à quel point Chaplin est un personnage cinématographique en lui-même. Mais un biopic ? Il faut les épaules.

Je me suis donc procurée Chaplin, de Richard Attenborough, avec un peu de méfiance mais aussi beaucoup d’impatience. Richard Attenborough, c’est l’acteur qui incarne John Sturges dans La Grande évasion, et le milliardaire excentrique John Hammond dans Jurassic Park. Vous savez, celui qui veut ressusciter les dinosaures. C’est également le réalisateur de l’immense biopic sur Gandhi avec Ben Kingsley dans le rôle titre. Autant dire que le biopic, il connaissait.

Au casting, un Robert Downey Jr bluffant de ressemblance avec Chaplin, Anthony Hopkins et Geraldine Chaplin, fille de Chaplin, qui joue sa mère. Vous avez suivi ? La fille de Chaplin joue la mère de Chaplin.

Et on y croise donc tous les personnages qui ont traversé la vie de Chaplin : son frère Sidney, Mack Sennett, Douglas Fairbanks, Mary Pickford, J. Edgar Hoover, Edna Purviance, Paulette Goddard, et évidemment, Oona O’Neill.

Le film est une belle galerie de portraits, un beau concentré de cinéma que l’on regarde avec sympathie, même si la fin est un peu longue. On y voit Chaplin à ses débuts, à 5 ans sur une scène de théâtre, puis dans la troupe de Fred Karno, on le voit créer Charlot, on le voit réalisateur exigeant, artiste, homme d’affaires redoutable, homme engagé sans affiliation politique, et amoureux.

Pour celles et ceux qui veulent découvrir l’homme, c’est une expérience à tenter. Pour ceux aussi qui veulent voir Robert Downey Jr avant Iron man et Sherlock Holmes dans un rôle vraiment à sa hauteur, n’hésitez pas.

Prochaine lecture ?

Et pour ceux qui se demandent quelle sera ma prochaine lecture sur Chaplin, puisque après The Freak et Pourquoi les coiffeurs ?, l’homme et l’œuvre me fascinent toujours autant, j’ai jeté mon dévolu sur Footlights, paru en octobre 2014 par les éditions du Seuil, le seul roman écrit par Chaplin, et qui a inspiré Les Feux de la rampe.

J’en toucherai peut-être un mot une fois sa lecture achevée. En attendant, je vais préparer quelques hors-séries pour cet été…

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Couturiers, vampires, manteaux, Greta Garbo

Après un mois de janvier bien occupé, voici le premier compte-rendu de lecture de 2016.

De Hans Gruber à Severus Snape

J’avais d’abord jeté mon dévolu sur un livre dont la sortie était annoncée pour la mi-janvier, puis reculée à début février…

Fidèle à mon habitude, j’ai fouillé les rayons cinéma, les rayons romans, farfouillé les rubriques « Nouveautés » et « Prochaines sorties » sur Internet. Bien-sûr, j’aurais pu trouver mon bonheur si j’avais voulu parler de Michel Galabru ou de David Bowie… mais non.

Car si j’ai eu de la peine d’apprendre la disparition du premier et du deuxième, c’est celle d’un troisième qui m’a le plus touchée. Et des livres sur Alan Rickman, il y en a tout de même beaucoup moins, si jamais il y en a, et ils sont beaucoup moins faciles à trouver.

Néanmoins, je profiterai tout de même de ce début d’article pour un petit hommage à Severus Snape, au colonel Brandon, au shérif de Nottingham, au Metatron, à Harry dans Love Actually (tiens je ne me souvenais même pas que son personnage s’appelait Harry), et bien entendu, the last but not the least, à Hans Gruber.

Du côté des éditions poche

Finalement, n’ayant rien trouvé dans les nouveautés cinéma, romans, science-fiction, policiers… qui retienne mon attention, c’est dans les formats poche qu’un titre semblait prometteur.

Le Manteau de Greta Garbo, de Nelly Kaprièlian, est d’abord sorti en 2014 aux éditions Grasset & Fasquelle, et à l’origine, je ne l’avais pas remarqué, ou comme le dit si bien André Dussolier dans Mon petit doigt m’a dit, « J’ai dû le remarquer sans remarquer que je le remarquais… »

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L’édition poche de cet ouvrage est parue aux éditions J’ai Lu, en décembre 2015. Ce n’est pas tant le titre, que la couverture, qui m’a intriguée : une image de Garbo dont on ne distingue que la moitié, et encore, sur fond noir, avec de l’autre côté, une sorte de triangle abstrait aux rayures qui semblent rappeler celles de ses vêtements.

Quant à ces vêtements, ils se résument à un manteau assez strict, qui évoque davantage les tailleurs masculins, que les robes glamour portées par les actrices de l’âge d’or hollywoodien.

Greta Garbo, livres et films

De Greta Garbo, j’ai surtout vu les films de sa période parlante, cette courte période qui a précédé les longues années de silence, après 1941 et son dernier film, La Femme aux deux visages. J’ai donc vu, avec Greta Garbo, Grand Hôtel, La Reine Christine, Marie Walewska, et Ninotchka.

Mes préférés étant La Reine Christine et Ninotchka, en attendant de voir les autres… Tout a déjà été dit, spéculé, imaginé, fantasmé sur Garbo, et il est inutile d’en dire plus, en se perdant dans des « Elle est comme si, elle est comme ça, un mystère, un sphinx, une énigme, etc. »

Mais j’avoue que je ne peux pas résister : lorsqu’un film ou un livre tente de s’attaquer à la « tour d’ivoire » de Garbo, je vais voir de plus près ce qui en retourne.

Il y a quelques années déjà j’avais vu à la Cinémathèque l’un des films les moins connus, je pense, de Sidney Lumet, À la recherche de Garbo (Garbo talks), film réalisé de son vivant, où un jeune homme tente d’exaucer le souhait de sa mère mourante en faisant venir Garbo à son chevet.

Le film mêle d’une manière incroyable le burlesque et l’émotion et cela aurait été un vrai tour de force que Garbo accepte d’y faire une apparition… L’a-t-elle vu seulement ?

Sidney Lumet la fait également apparaître indirectement dans Le Crime de l’Orient-Express. Il fait dire à Hercule Poirot, en face de Mrs Hubbard, incarnée par Lauren Bacall, une réplique sur la divine Greta Garbo, qui voulait qu’on la laisse seule… dans un film dont l’action est censée se dérouler au moins 6 ans avant sa retraite cinématographique.

Quant aux livres, ma bibliothèque, avec Le Manteau de Garbo, en compte désormais un troisième. Le premier est un « beau livre »qui rassemble surtout des photographies de tournage et promotionnelles.

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Le second, j’en avais fait la critique à sa sortie, est l’un de mes plus beaux souvenirs de lecture cinéphile : il s’agit du Renoncement, de René de Ceccatty. Il avait été l’occasion pour moi de croiser, une fois de plus, documentation et cinéma en parlant du bruit et du silence info-documentaires…

Fantasmer et fétichiser Garbo

Quant au livre de Nelly Kaprièlian, on aurait toutes les peines du monde à le restreindre et à le définir. Garbo n’en est pas le personnage principal, comme elle l’était, de toute son absence écrasante, dans Le Renoncement. Tout au plus y fait-elle, en chair et en os, quelques apparitions furtives. Et pourtant, et c’est bien le mot, elle vampirise tout le texte de l’auteur.

Ce n’est pas une biographie, loin de là, ce n’est pas non plus une évocation de l’époque glorieuse d’Hollywood. Ce n’est pas, pour l’auteur, une autobiographie, elle y parle alternativement d’elle à la première et à la troisième personne, si bien que l’on n’est jamais sûr que ce soit réellement d’elle dont elle parle…

D’ailleurs, si je choisis de ne pas en savoir davantage sur Nelly Kaprièlian, si je décide de me contenter juste de ce qu’elle écrit, le narrateur, qu’il passe du Je au Elle, me glisse tout autant des mains.

Le seul point de repère que j’ai, c’est celui que l’auteur me donne, pour ce qu’il vaut :

(…) ce texte que je suis en train d’écrire est un corps hybride composé des textes, films, vies des autres, où je n’en finis pas de me retrouver, labyrinthe qui me constitue, puzzle qui prend forme et forme mon autoportrait. (p.141)

Quel est le point de départ de l’histoire ? Garbo, évidemment. Rien n’est plus vrai et rien n’est plus faux. Le point de départ et le point d’arrivée de l’histoire, c’est un manteau rouge sang, que l’auteur – ou du moins la narratrice – achète en 2012 dans la vente aux enchères qui disperse les vêtements et objets de Greta Garbo.

Tout se mêle et se démêle, se coud, se découd et se recoud depuis, et avec ce manteau. Il est le très mince fil d’Ariane qui permettra au lecteur de suivre (ou non) l’intrigue, et de se perdre dans une galerie de vêtements, de costumes, d’accessoires et de masques.

Car c’est tout ce qui compte dans cet univers : le vêtement qui protège, donne forme, déforme et dévore. Il dévore la vie de la narratrice, il dévore le texte et lui donne cette forme hybride, entre roman, biographie, autobiographie, essai, pensées et science-fiction.

On tente d’y croiser une Garbo qui s’échappe, mais on y croise aussi Frankenstein, Dracula, Fantomas, Audrey Hepburn, des punks, des grands couturiers, Arletty, Emma Peel, Judy Garland, Marlène Dietrich, ou encore David Bowie dans tous ses costumes et dans tous ses personnages.

Tous ceux qui se sont créés un masque et un costume, tous ceux qui se sont transformés en beaux monstres.

On y lit (ou on y relit) du coup Bram Stoker, Mary Shelley, Oscar Wilde, Huysmans, Proust, et on y découvre des citations, rassemblées par l’auteur, dans ce texte qui devient à chaque page un peu plus le costume d’Arlequin, de ceux qui ont un jour expliqué ce que le vêtement signifiait pour eux.

Mode, carapace, artifice

Je ne fais pas partie des personnes fascinées par l’univers de la mode. Lorsque je regarde, par hasard, un défilé, je me demande qui peut bien porter ça et pourquoi les mannequins ne sourient jamais. Remarques de profane, certainement.

Mais j’aime les costumes de cinéma, et j’ai aimé les évocations dont est ponctué l’ouvrage de Nelly Kaprièlian : la robe noire d’Audrey Hepburn dans Diamants sur canapé, avec son interminable fume-cigarette, les tenues tantôt sexy, tantôt sportives d’Emma Peel dans Chapeau melon et bottes de cuir, et l’ombre lointaine de Garbo, comme un grand oiseau – sphinx, qui surplombe toute l’élégance du 20e siècle.

J’ai repensé à son petit chapeau dans Ninotchka, à sa robe blanche toute simple au bal de l’empereur dans Marie Walewska, à son costume de cavalier dans La Reine Christine

J’ai repensé au musée du cinéma de la Cinémathèque française, aux costumes des expositions temporaires, aux robes de Scarlett O’hara dans Autant en emporte le vent, aux robes couleur du temps, de la lune et du soleil dans Peau d’âne, à la longue robe mauve de Karin Dor dans L’Étau, qui se disperse comme un corolle, à la robe rouge de Fanny Ardant dans Huit femmes, au Diable s’habille en Prada, à Lauren Bacall dans La Femme modèle, et à toutes les actrices hitchcockiennes.

Et je crois que, sans s’intéresser à la mode, ce n’est déjà pas si mal !

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Hors-série 3-2015 : cinéma américain

Après le cinéma hispanique et le cinéma asiatique, voici le 3ème hors-série de l’été de Cinephiledoc, consacré au cinéma américain.

HORS-SÉRIE

C’est un cinéma dont je parle déjà abondamment sur ce blog, puisque les livres que je choisis ou les films que je mentionne sont, à tort ou à raison, en grande majorité issus de l’industrie cinématographique américaine. J’ai donc eu l’occasion sur Cinephiledoc d’aborder un certain nombre de réalisateurs, et d’évoquer cet univers dans différents articles, dont je ferai un bref rappel ci-dessous :

 Cinéma américain

Mon premier contact avec le cinéma américain a été, comme pour beaucoup d’enfants, avec le cinéma de Walt Disney, qui continue à occuper une grande place dans ma DVDthèque, rayon animation, aux côtés de Miyazaki. Mais le premier film américain qui m’a évoqué l’Amérique reste celui d’un transfuge de Disney, Don Bluth, avec son Fievel et le nouveau monde (An American Tail) :

Une autre histoire que j’adorais étant petite, c’était celle de Natty Gann, l’histoire – sorte de Croc-blanc au féminin – d’une petite fille, dans les États-Unis de 1920-1930 qui s’enfuie de Chicago à la recherche de son père, parti travailler à Seattle :

Et évidemment je ne peux pas ne pas mentionner Charlot, dont la pâleur, l’allure fantomatique et la mélancolie m’émouvaient autant qu’elles m’effrayaient et dont Le Cirque reste, à ce jour, mon préféré :

Une somme sur le cinéma américain

Évidemment, sur le cinéma américain, les références ne manquent pas. Étudiante, j’avais lu un très bon livre qui peut servir d’introduction à ceux qui voudraient découvrir ce sujet pour un prix tout à fait modique : Histoire du cinéma américain, de Brigitte Gauthier, publié par Hachette éducation dans la collection Fondamentaux.

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Pour ceux qui veulent y mettre davantage – je ne me suis pas encore décidée à sauter le pas – les livres qui font référence sont ceux de Bertrand Tavernier : 50 ans de cinéma américain et Amis américains.

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Pour ma part, c’est le titre d’un livre sur le sujet qui m’a intriguée, et qui m’a poussée à le choisir, lui, aux dépens des autres.

Voyage mystique au cœur du cinéma

Ce livre, c’est À la porte du paradis, de Michael Henry Wilson, sous-titré « Cent ans de cinéma américain, Cinquante-huit cinéastes » et paru en 2014 aux éditions Armand Colin.

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En un peu plus de 600 pages, l’auteur, cinéaste, scénariste et historien du cinéma, nous propose un parcours illustré en noir et blanc. En ouvrant le livre, on se dit que ce parcours ne sera pas très différent des dictionnaires et rétrospectives du cinéma que l’on feuillette habituellement, avec sa construction chronologique et son découpage où chaque chapitre est consacré à un réalisateur en particulier.

Puis, passée la préface de Martin Scorsese, qui évoque, en citant Truffaut et Fahrenheit 451, le fait que derrière chaque œuvre, il y a un homme, on découvre, avec l’introduction de Michael Henry Wilson, que son titre, « à la porte du paradis », prend tout son sens.

Ce qu’il va reconstituer, dans sa traversée de ces 100 ans de cinéma américain, depuis Griffith jusqu’à David Lynch, en passant par Capra, Kubrick ou Coppola, c’est la vision du monde que portent en eux ces 58 réalisateurs, parfois pleine d’optimisme, mais beaucoup plus souvent submergée par la mélancolie et le désenchantement.

En effet, ce que représentent ces metteurs en scène dans leurs films, c’est le paradis perdu, la lutte des personnages pour trouver un sens à leur vie, la manière dont ils se débattent dans un enfer extérieur – la ville, les autres, la perte de l’innocence, de la foi, de leur humanité propre (et leur éventuelle reconquête) – ou intérieur.

Voilà le propos de l’auteur, et il l’illustre, non pas en analysant de manière exhaustive chaque cinéaste américain et chaque film de son œuvre, mais en portant son regard sur un ou deux films (quelquefois plus) qui témoignent de l’homme derrière l’œuvre, dans sa filmographie.

Les étapes de son parcours sont ainsi des plus personnelles – dans sa conclusion, il évoque le fait d’avoir dû laisser de côté des géants tels que Chaplin, John Huston, Billy Wilder ou encore Orson Welles – et chacune de ces étapes regroupe une dizaine, parfois un peu moins, de réalisateurs : les magiciens, les aventuriers, les maestros et virtuoses, les contrebandiers, les désillusionnés, les iconoclastes, et les arpenteurs de l’imaginaire.

Qu’ils aient assisté à la naissance du cinéma, qu’ils se soient servis des films qu’on leur imposait de faire pour s’exprimer, ou qu’ils aient témoigné des tumultes intérieurs de l’âme humaine, Michael Henry Wilson donne de chaque cinéaste le portrait mystique d’un être humain au contact de son art et du monde.

L’ensemble de cette gigantesque architecture, protéiforme, monstrueuse, est finalement, pour le lecteur qui s’y plonge avec curiosité et angoisse, d’une beauté à couper le souffle.

Je vous recommande tout particulièrement le portrait de Buster Keaton, pantin et démiurge, celui d’Howard Hawks, avec son diptyque La Rivière rouge / La Captive aux yeux clairs, l’évocation du tournage du Sylvia Scarlett de George Cukor, celles de l’œuvre de Joseph Mankiewicz, de Sydney Pollack ou de Coppola, celle de Bob Fosse et de son film All that jazz !, celle de Terrence Malick et de son Nouveau monde, ou encore l’exploration croisée de Full metal jacket et de Eyes wide shut, de Kubrick. Je ponctue moi-même ce compte-rendu de lecture de quelques-uns de ces films.

Tous des voyeurs !

Brièvement je reviendrai sur l’analyse croisée que l’auteur fait des deux films d’Hitchcock, Fenêtre sur cour et Vertigo. Ayant consacré au moins 3 articles au cinéma d’Hitchcock sur ce blog, et ne ratant jamais une occasion pour le mentionner, j’ai particulièrement apprécié l’analyse de Michael Henry Wilson, en partie parce qu’elle s’intéressait à mon film préféré, à savoir le premier cité.

Il y étudie les deux personnages incarnés par James Stewart, le premier, voyeur par divertissement, pour échapper à l’ennui et à l’immobilisme forcé d’une jambe dans le plâtre, le second, voyeur par désespoir, à la recherche obsédante et nécrophile d’un fantôme.

Il fait de Jeff, héros immobile de Fenêtre sur cour, un naïf orgueilleux qui fonde toute sa puissance sur sa relative invisibilité, et de Scottie, un Pygmalion s’ingéniant à recréer sa femme idéale, et un éternel Orphée, abandonnant sa Perséphone à la malédiction inévitable et vertigineuse d’une chute aux enfers. Deux pantins aux mains d’un réalisateur voyeur par excellence qui s’amuse de son propre spectateur, terrifié et heureux de l’être, et voyeur par gourmandise.

Voilà pour ce compte-rendu de lecture, passons maintenant à notre petite sélection de sites…

Sites, articles et classements

  • Sites et articles

Bien qu’il n’ait pas été mis à jour récemment, j’ai trouvé un site sur le cinéma hollywoodien des années 30, 40 et 50, proposant des biographies de stars et des galeries de photos : http://cinemaclassic.free.fr/

Fidèle à lui-même, le Ciné-club de Caen propose des articles sur le sujet, l’un consacré au cinéma américain, l’autre donnant une liste chronologique de réalisateurs et de films américains, le tout disponible à cette adresse : http://www.cineclubdecaen.com/analyse/cinemaamericain.htm

En dehors de ces deux références, je n’ai pas trouvé (ou n’ai pas suffisamment cherché) de sites consacrés exclusivement à ce sujet.

  • Sur Wikipédia

Wikipédia propose un article sur le cinéma américain : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain

ainsi qu’un portail thématique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain

  • Classements en tous genres

J’ai eu plus de chances avec les classements, puisqu’il y a les classements publiés par l’American Film Institute :

  1. AFI’s 100 Years…100 Movies, un classement des 100 meilleurs films américains de l’histoire du cinéma datant de 2007 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…100_Movies
  2. AFI’s 100 Years… 100 Heroes and Villains, un classement des héros et méchants datant de 2003 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…_100_Heroes_and_Villains
  3. AFI’s 100 ans… 100 acteurs de légendes, de 1999 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…100_Stars

un classement publié par le site Sens critique : http://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_films_americains_USA/432717

et enfin, un classement récemment publié par la BBC : http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/top-100-meilleurs-films-americains-bbc/

  • Vidéos

Pour finir sur quelques vidéos, je ne me lasse pas de celles publiées par Blow Up sur YouTube, et qui font des petites biographies ou filmographies d’acteurs ou de réalisateurs sous deux formats : les Bio express et les C’est quoi ? Un exemple de chaque ci-dessous :

Une Bio express de Francis Ford Coppola

Un C’est quoi… Orson Welles ?

J’y ajoute pour finir cette petite vidéo du Fossoyeur de films, consacré aux seconds couteaux américains :

Pour terminer, voici comme prévu la sélection de 3 films américains à voir ou à revoir…

Trois chemins vers l’ouest

Cette fois-ci, je n’ai pas trouvé – et / ou pas cherché – de films sur l’Amérique proposés par un œil extérieur. Mes trois choix m’ont directement été inspiré par l’ouvrage de Michael Henry Wilson, par les films qu’il y mentionnaient ou par ceux qu’il me donnait envie de revoir…

  • En lisant son chapitre sur Ernst Lubitsch, j’ai eu envie de revoir Ninotchka, avec Greta Garbo, mais aussi et surtout Le Ciel peut attendre, avec Gene Tierney, l’un des premiers films que j’avais vu dans certains de ces petits cinémas parisiens du quartier latin, l’Action Christine, l’Action école, ou le Grand Action, et qui proposent régulièrement des rétrospectives, pour les cinéphiles… Ce film raconte l’histoire d’un incorrigible séducteur qui arrive en enfer, persuadé d’y avoir sa place, et raconte au diable sa vie tumultueuse.
  • En lisant son chapitre consacré à Joseph Mankiewicz, j’ai eu envie de revoir La Comtesse aux pieds nus, mais surtout Eve, qui m’a fait découvrir Bette Davis, qui reste l’une de mes comédiennes préférées, même si je ne suis pas encore venue à bout de son incroyable filmographie :
  • Enfin, j’ai eu du mal à me décider pour ce troisième film, j’ai hésité entre Sunset Boulevard de Billy Wilder, des films avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy, avec Bogart et Bacall, un Sidney Lumet méconnu, émouvant et désopilant, que je rêve de revoir, Garbo Talks (À la recherche de Garbo), Le Lauréat de Mike Nichols qui a révélé Dustin Hoffmann… Je me suis finalement décidée pour un autre souvenir de séance au quartier latin, une comédie de Howard Hawks avec Katharine Hepburn et Cary Grant, L’Impossible Monsieur Bébé :

Voilà pour ce 3e hors-série… à très vite pour le dernier de cet été !

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Dans les coulisses de Cannes

Voici enfin le compte-rendu de lecture du mois de mai… il sera certainement un peu plus court que les précédents, car le livre dont il parle m’a laissée sur un avis plutôt mitigé.

Il s’agit d’un roman, comme pour la 3e fois de cette année. Cinq critiques, trois romans.

Petit rappel

En janvier, il s’agissait d’une biographie polyphonique de James Dean. Si la découverte de la personnalité de James Dean m’avait assez plu, le parti pris de l’auteur, qui consistait à faire parler l’acteur, et les personnes de son entourage, de sa vie et de la leur, ne m’avait pas particulièrement emballée. Je trouvais que l’auteur se dispersait trop d’un personnage à un autre et nous faisait manquer l’essentiel, ce qui nous empêchait de nous identifier à un protagoniste en particulier.

En mars, c’était un roman très réussi où un ancien du FBI se lançait à la recherche, pour un collectionneur, d’un film muet disparu, et portant le nom du roman : Londres après minuit. La réalité se mêlait habilement à la fiction et l’auteur entraînait son lecteur dans une brume tout à fait propre à l’univers du film noir. Londres après minuit a été pour moi le vrai coup de cœur de ce début d’année.

Hésitations

Et voici donc la critique d’un autre roman, sorti en mai 2015. Cette année, visiblement, les romanciers – et tous ceux qui ont des prétentions à l’être et dont ce n’est pas la première occupation – sont très inspirés par le cinéma.

J’ai longtemps tergiversé avant de me décider à choisir cet ouvrage. Et même pendant sa lecture, à la toute fin du mois, je me suis demandée si je n’allais pas l’arrêter et lui préférer un autre roman, que j’avais également repéré – et que je garde en réserve pour le mois de juin : Alice Guy, La première femme cinéaste de l’histoire, paru aux éditions Plon en mai 2015, sous la plume d’Emmanuelle Gaume.

alice guy

Finalement le temps m’a manqué et j’ai fini cette lecture avec un peu de mauvaise volonté…

Le roman en question est l’œuvre de Gilles Jacob, président du Festival de Cannes jusqu’à l’année dernière. Il a été publié chez Grasset en mai 2015, sans doute pour que sa sortie coïncide avec le-dit Festival, et porte justement, habilement, le titre : Le Festival n’aura pas lieu.

le festival n'aura pas lieu

J’apprécie beaucoup les interventions de Gilles Jacob, lorsqu’on l’entend et lorsqu’on le voit, on sait immédiatement avoir affaire à un passionné, capable de beaucoup d’éclectisme dans ses goûts, et qui pourrait reprendre à son compte la phrase d’Henri Langlois : « Je pense cinéma, je vois cinéma, mon imagination est cinéma ».

Le fait est que son livre correspond lui aussi complètement à cette phrase. Une imagination cinéma.

Un Festival – galerie de portraits

Le roman suit la trajectoire de Lucien Fabas, personnage inspiré de Robert Favre Le Bret, délégué général du Festival de Cannes de 1952 à 1972 et président de 1972 à 1984. Où s’arrête la réalité, où commence le roman, je ne connais pas assez Robert Favre Le Bret pour prétendre le savoir.

Lucien Fabas, lui, se présente au lecteur comme un journaliste cinéphile et lépidoptérophile (collectionneur de papillons), envoyé sur le tournage du film Mogambo, de John Ford.

mogambo

J’ai un souvenir très coloré de Mogambo, film qui se déroule dans la jungle kenyane des années 50 – les blancs y sont encore, pour peu de temps, les seuls êtres plus ou moins civilisés du décor. On y suit les hésitations amoureuses de Clark Gable entre la flamboyante brune Ava Gardner et la très sage – trop sage – blonde Grace Kelly (trop sage dans mon souvenir, bien-sûr, et que j’ai toujours préférée dans les Hitchcock, en particulier Fenêtre sur cour).

Rétrospectivement, maintenant, j’ai un souvenir beaucoup plus enthousiaste du film de John Huston, The African Queen, avec Bogart et Katharine Hepburn, que de Mogambo.

Le livre de Gilles Jacob s’ouvre donc sur l’arrivée, trempée et sans valise, de Lucien Fabas sur les lieux, où il rencontre toute l’équipe : John Ford, les 3 comédiens principaux et la soeur d’Ava Gardner, Bappie, qui sert à cette dernière de confidente, de chaperon, et occasionnellement, de souffre-douleur.

Dans cette ambiance aventureuse et glamour, ce que décrit Gilles Jacob, c’est surtout l’envers du décor, à l’ombre des stars et des artistes : l’histoire d’amour compliquée de Fabas avec Bappie, les aléas climatiques et politiques dans lesquels le tournage est plongé.

Et une fois le tournage terminé, c’est encore tout cela qu’il nous montrera : l’envers du cinéma, l’envers de Hollywood et de ses scandales, l’envers d’Ava Gardner, l’envers du Festival de Cannes et l’envers de mai 68.

On y croise toute une galerie de portraits plus ou moins flatteurs : anciennes stars du muet comme Lilian Gish, journalistes, ambitieux, réalisateurs tels que Truffaut, Godard, Polanski, Fritz Lang, et jusqu’aux politiques avec De Gaulle, arrivant de Baden-Baden en hélicoptère et repartant après quelques instants, vision fugitive et aussi surréaliste que les autres personnages.

Des images, des instantanés, des moments pris sur le vif, un héros toujours en train de courir après des papillons, cinématographiques ou non, et le cinéma comme une divinité exigeante à laquelle on sacrifie tout : voilà le propos, voilà le message proposé par Gilles Jacob.

De cette traversée, cependant, le lecteur ne sort pas transporté.

Le coup de cœur n’aura pas lieu

Certes tout dans ce livre crie l’amour du cinéma. Le personnage de Fabas préfère y sacrifier sa tranquillité, sa vie et mêmes les événements – il se bat pour empêcher l’arrêt du Festival en 68 – tout, pourvu que le cinéma règne.

Tout est louable dans ce qu’il entreprend, tout se défend, tout se comprend. Il devrait avoir l’adhésion complète du lecteur. Il court après les films, court après le temps, court après les stars. Mais sa course est celle d’un papillon, désordonnée, butinante, pleine d’indécisions et de retournements de situation.

Indécis, susceptible, borné, ombrageux, il peine à obtenir notre sympathie, et il n’est d’ailleurs pas le seul… Aucun des personnages décrit n’y parvient, d’une Ava Gardner aussi papillonnante que lui, d’un Clark Gable trop fugitif bien qu’attachant, à des jeunes cinéastes qui ne sont pas dépeints, loin de là, à leur avantage…

Et de toutes les réussites de Fabas, de tout ce qu’il peut entreprendre pour le cinéma dans une vie entièrement dédiée au cinéma, ce que retient Gilles Jacob, finalement, ce sont les échecs : les déconvenues et les mésaventures de Mogambo, l’échec sentimental du héros marié qui aime par intermittence et ne parvient pas à se décider, l’échec finalement à construire, en dehors du cinéma, quelque chose qui en vaille la peine.

Certes, ce que retient le lecteur, c’est que Fabas, loin d’être proche de Truffaut par les événements de Mai 68, l’est au moins par la philosophie, « Le cinéma est plus important que la vie ». Mais cette déclaration d’amour se perd derrière tout ce que Fabas n’a pas fait et tout ce qu’il n’a pas réussi à avoir.

Ce qu’on retiendra de ce livre, Le Festival n’aura pas lieu, c’est un chant du cygne, où le flamboiement du cinéma se teinte trop souvent d’amertume et empêche presque d’en admirer la magie.

Hollywood /  Cannes

Et n’était-ce finalement pas le but de Gilles Jacob, nous présenter ce monde comme un monde perdu, plein de désillusions et de gloires passées, des fantômes un peu décevants, un peu vains, et qui ne nous laissent qu’une incommensurable impression de tristesse.

Avec un peu d’ingratitude, le lecteur ne gardera donc que le flamboiement, il retiendra la face heureuse, en lumière, nimbée dans ce livre de flou artistique : le charme de Clark Gable – qui donne envie de revoir toute la filmographie de Clark Gable – la sensualité d’Ava Gardner, qui donne envie de la poursuivre de Mogambo à Mayerling, en passant par les camps gitans et les palais de La Comtesse aux pieds nus, et la fragilité de Grace Kelly, qu’on aime tant chez Hitchcock…

Il se plongera dans les livres sur Cannes, de Gilles Jacob, qui en a écrit, et de Serge Toubiana, auteur d’un Cannes Cinéma aux photos mythiques de Traverso.

cannes cinéma

Et il retournera voir des films, des films et encore des films de cet âge d’or du cinéma.

Quelques mots pour finir…

Voilà pour cette critique en demi-teinte, d’un livre qui aurait peut-être mérité mieux. Nous verrons ce que réserve le rayon cinéma au mois de juin, et si rien ne retient mon attention, je me rabattrai sur le livre mentionné plus haut, encore un roman qui mêle réalité et fiction, le Alice Guy d’Emmanuelle Gaume.

Et si j’ai commencé le précédent article, sur le bilan de mai du CDI, par une évocation cinéphile, je terminerai cet article cinéphile de début juin, par une petite recommandation aux docs.

Dans mes pérégrinations à travers des séries, bonnes ou moins bonnes, ou excellentes et enthousiasmantes, j’ai récemment découvert, entre la saison 4 de Downton Abbey et la saison 5 de Game of thrones, ce que j’appellerai très objectivement un petit bijou.

Il s’agit de The Newsroom, série de 3 saisons, diffusée entre 2012 et 2014 et qui suit le quotidien d’une chaîne d’information américaine, le tout créé par Aaron Sorkin, scénariste du film The Social Network.

C’est une série brillante, avec des comédiens talentueux, et des dialogues virtuoses, qui dissèquent la fabrication et la diffusion de l’information au 21ème siècle. Elle plaira donc tout autant aux puristes des séries et aux documentalistes.

Petite mise en bouche avec le trailer :

À bientôt pour un autre épisode doc !

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