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Dessins animés et séries historiques

Avant d’évoquer, dans ce nouveau compte-rendu de lecture, des sujets qui peuvent paraître aussi éloignés que les séries historiques et les dessins animés, je profite, avec quelques jours de retard, pour célébrer avec qui passera par ici le cinquième anniversaire de ce blog.

Depuis 5 ans, Cinéphiledoc a fini par trouver son rythme de croisière, à raison de deux articles par mois (avec quelques exceptions) : un article cinéphile et un article #profdoc qui revient sur mes activités professionnelles du mois.

En 5 ans, j’ai publié 265 articles, et au 22 mai, 56496 visiteurs étaient tombés (par hasard ou non) sur mon blog, avec un peu plus de 119.000 vues (et un record de 385 vues le 27 mai 2016).

Ces statistiques me permettent une excellente transition avec la première lecture de cet article…

Des infos, des chiffres, des infographies !

En décembre de l’année dernière, j’avais déjà évoqué la tendance actuelle, pour les éditeurs, de publier des petits ouvrages synthétiques et ludiques sur un univers.

J’avais alors fait le compte-rendu de lecture d’un ouvrage que j’avais beaucoup apprécié : Star Wars Graphics : L’univers décrypté en infographies, de Virginie Iscan, et publié chez Hachette en août 2015, pour surfer sur la vague de la sortie attendue de Star Wars épisode VII.

Par la suite, dans la même collection, un ouvrage exclusivement consacré à l’épisode VII avait été publié par le même éditeur. J’ai aussi vu passer un livre sur l’univers Marvel.

Mais celui que j’attendais avec impatience, qui vous donne le premier élément du titre, et qui est finalement sorti en avril 2017, c’est celui consacré à l’univers Disney : Disney Graphics : l’univers décrypté en infographie, par Marc Aumont.

L’avantage de ce livre, c’est qu’en 128 pages, il répond tout à fait à son objectif : donner un aperçu de l’univers Disney, depuis ses origines jusqu’à ses héros les plus actuels.

Les premières pages reviennent sur la « success story » avec les longs métrages et la création d’une véritable industrie du loisir. L’auteur se focalise également sur le personnage central de Mickey Mouse.

Une très belle partie (la plus belle ?) est ensuite consacrée aux coulisses de l’univers : dessinateurs, techniques (on y apprend que Blanche-Neige, c’est 3 ans de travail mobilisant plus de 750 artistes), pour des dessins animés qui s’inspirent de la littérature et des mythes universels.

Aucun détail n’est laissé de côté : box office, chansons, parcs d’attraction, télévision, et bien-sûr personnages.

Gros coup de coeur pour les pages qui évoquent les enchanteurs et les formules magiques, les châteaux et les chiens et chats.

Le point faible ? La mise en page. Certes, elle est des plus attrayantes, chaque double-page se consacrant à un thème en particulier et dévoilant des détails insolites, des informations étonnantes, le tout avec un côté ludique indéniable.

Mais certaines pages sont écrites sur fond noir, dans une police pas toujours lisible… c’est le petit bémol de cet ouvrage qui, vous l’aurez compris, comme les livres du mois dernier sur l’enfance, vous donnera un bon bol de nostalgie et de bonne humeur !

Quant à établir un palmarès des classiques Disney, pour ceux qui seraient tentés, voici le mien :

  1. Merlin l’enchanteur
  2. Robin des bois
  3. Bernard et Bianca

Et quant à trouver la relation logique entre dessins animés et séries historiques, je vous rassure : rien de logique là-dedans, si ce n’est que je regarde les uns avec autant de plaisir que les autres !

Passons donc sans tarder à la deuxième partie du titre et au second livre de cet article.

À la conquête des séries…

Je me faisais justement la réflexion qu’il y avait longtemps que je n’avais pas parlé de séries télévisées sur ce blog, ou en tout cas, qu’aucun livre sur le sujet n’avait retenu mon attention.

Comme d’habitude, c’est l’un de mes éditeurs favoris sur le sujet qui m’a fourni ma dose mensuelle de lecture cinéphile : pas Sonatine, pas Rouge profond, mais Vendémiaire.

Jusque-là, sur ce blog, Vendémiaire m’a permis d’aborder des ouvrages aussi variés qu’un Dictionnaire Spielberg et deux essais de Laurent Aknin : Star Wars : une saga, un mythe et Mythes et idéologies du cinéma américain. Cette maison d’édition a aussi enrichi ma bibliothèque de mon seul ouvrage sur Kaamelott à ce jour : Kaamelott ou la quête du savoir, de Nicolas Truffinet.

Je ne consulte décidément pas assez les sites des éditeurs, et c’est par hasard, en cherchant Disney graphics, que je suis tombée sur leurs dernières sorties : L’empire de la mélancolie : l’univers des séries scandinaves, de Pierre Sérisier (que j’ai laissé de côté par trop grande méconnaissance du sujet) et Dominer le monde : les séries historiques anglo-saxonnes, de Ioanis Deroide.

Cette dernière publication avait tout pour me séduire : un titre évocateur, une couverture qui rappelle les vues de Fenêtre sur cour, de L’ombre d’un doute et de Friends, et un sommaire ainsi qu’un index des plus alléchants, allant de Doctor Who à Rome en passant par Mad Men… 

Ayant un faible pour les films historiques et pour les séries (historiques ou non), j’ai donc ouvert avec fébrilité ce petit ouvrage, dont la présentation – seule faiblesse formelle des éditions Vendémiaire (en tout cas pour les livres que j’ai déjà eus entre les mains) – est toute en sobriété et sans aucune illustration.

Le lecteur doit se fier à sa mémoire, à l’auteur, et à sa propre curiosité pour remettre des images sur tout ce que l’auteur évoque dès l’introduction. Dans mon cas, j’ai sauté sur les titres suivants : les Tudors, Mad Men, Vikings, Wolf Hall ou encore The Crown.

Ce qui m’a plu avec ce petit livre, c’est d’abord que le premier chapitre revient sur les origines des séries historiques, à savoir les feuilletons littéraires, quelques exemples de films en feuilleton eux aussi et les émissions de radios.

Après l’introduction, on pourrait croire que l’auteur va dresser un panorama complet (et quel serait alors l’ampleur de sa tâche !) des séries historiques anglo-saxonnes.

Hors, comme l’indique son titre, il se concentre surtout sur les séries anglo-saxonnes (Angleterre, États-Unis et Australie), et ce qui l’intéresse, c’est la façon dont l’histoire de ces pays est vue à travers le prisme de la série télévisée.

Enfin, pour construire son propos, il aborde la question à la fois de manière chronologique (avec les séries les plus anciennes dans les premiers chapitres) et thématiques : « Guerre, familles et voyages dans le temps », « L’âge d’or des mini-séries », « Nostalgie et parodies »…

Dans cet ouvrage, westerns et séries guerrières ont la part belle dans les premiers chapitres ; l’auteur questionne aussi le rapport des séries au voyage dans le temps (notamment avec Doctor Who ou X-Files), mais toujours d’un point de vue d’historien (changer les événements, modifier ou non l’histoire).

Il explore ensuite le rapport des séries à l’histoire nationale, à ses « éléments fondateurs » et à la mémoire, à travers des points sensibles tels que l’esclavage ou l’holocauste.

Dans son chapitre « Nostalgie et parodies », il s’attarde sur des monuments de la culture américaine que sont La Petite maison dans la prairie et Happy Days, pour le versant nostalgique, et sur That’s 70s show, pour le versant parodique, ou encore Mad Men, pour une nostalgie teintée de cynisme.

Ce mélange aigre-doux est représenté à merveille par l’épisode « The wheel » où Don Draper propose une campagne publicitaire sur un projecteur de diapositives en misant sur l’émotion des acheteurs potentiels et sur leurs souvenirs de famille.

Dans « Le temps des héroïnes », on assiste sous la plume de l’auteur au déclin des mini-séries et à l’émergence de séries portées exclusivement par des personnages féminins ou dont les personnages féminins se complexifient progressivement dans une société masculine (comme dans Mad Men ou Masters of Sex). C’est aussi dans ce chapitre que l’auteur revient, pour mon bonheur, sur les adaptations en série de Jane Austen, et plus curieusement, sur les séries policières.

Enfin, dans le dernier chapitre « Du sang, du sexe et toujours plus de séries », on retrouve les séries les plus récentes, avec la figure de Tom Hanks qui s’invite dans séries et films historiques, ainsi qu’un bref tour d’horizon des séries sur la Rome antique, qui laisse une place de choix à Rome.

Si la lecture de Dominer le monde est agréable et saura satisfaire le spectateur en lui fournissant pêle-mêle le souvenir de scènes aussi différentes que celles de Rome ou de Doctor Who, elle peut cependant déconcerter, ressemblant plus à un kaléidoscope qu’à une galerie de portraits.

Les images et les périodes vont et viennent, se superposent les unes aux autres, et se répondent dans un curieux vertige, et le lecteur, tiraillé entre passé et présent, sort du voyage quelque peu ébouriffé, comme le docteur à l’atterrissage de son TARDIS.

Pour finir et retrouver quelque peu l’équilibre, voici une petite aparté personnelle, avec mes séries historiques favorites du moment…

3 univers, 3 dépaysements

  • The Crown

Ceux qui me connaissent le savent, j’ai un faible pour l’histoire anglaise, et j’ai adoré les séries telles que The Tudors, The White Queen, Downton Abbey et évidemment, les adaptations de Jane Austen.

C’est donc avec la plus grande fébrilité que j’ai regardé la série produite par Netflix, The Crown, racontant l’accession au trône d’Elisabeth II, avec Matt Smith (ancien docteur) dans le rôle du duc d’Edimbourg. Une série belle, bien écrite, portée par des acteurs impeccables et qui m’a rappelé Le Discours d’un roi ou The Queen :

  • Stranger things

Pas tout à fait historique mais avec un bon goût de nostalgie pour le cinéma des années 80 (et les années 80 tout court), une série qui mêle humour et science-fiction, avec des personnages très attachants, et dont j’attends avec impatience la saison 2 :

À découvrir, les influences du cinéma dans Stranger things :

  • FEUD

Enfin, mon chouchou dernièrement, la série Feud : Bette and Joan, une série pour les cinéphiles (mais pas que) et qui revient sur la rivalité de deux monstres sacrés du cinéma américain : Bette Davis et Joan Crawford, sur le tournage de Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?

C’est prenant, effrayant et bouleversant, à découvrir absolument !

Sur ces quelques conseils, je vous laisse, en attendant très prochainement l’article #profdoc de Cinéphiledoc !

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2016 : Palmarès de lecture

Voici le désormais traditionnel palmarès de mes lectures cinéphiles de l’année écoulée.

Mais avant toute chose, je commencerai par un petit aperçu de ce que j’ai inauguré en 2014 avec l’exposition en hommage à François Truffaut, et de ce que j’ai poursuivi cette année avec la visite de Chaplin’s wolrd : la visite d’une exposition en lien avec le cinéma.

En cette fin d’année, il s’agit de l’une des expositions de la saison 2016-2017 de la Cinémathèque française : « De Méliès à la 3D : la machine Cinéma ».

Avant…

Je ne résiste pas à un petit panel d’impressions parisiennes avant la visite de cette exposition : promenade entre Saint-Michel et Notre-Dame, arrêt à Shakespeare and Co, librairie et salon de thé à l’ambiance feutrée et bibliophile (voir ci-dessous), et déjeuner au Marcello, un petit restaurant italien très sympa presque en face de la Cinémathèque française, qui loge dans l’ex American Center construit par l’architecte Frank Gehry, au 51 rue de Bercy.

Pendant « De Méliès à la 3D »

J’ai déjà dit à quel point j’appréciais les expositions de la Cinémathèque française, le jeu subtil entre le son, l’image, les objets et les textes (ici peu présents). Je le redis encore une fois.

Le commissaire de l’exposition est Laurent Mannoni, auteur du passionnant ouvrage sur L’Histoire de la Cinémathèque française, et directeur scientifique du patrimoine de la Cinémathèque française (en gros, c’est lui qui s’occupe de tous ces objets fascinants que l’on découvre au fil de cette exposition : caméra, praxinoscope, mais aussi des lanternes magiques… toute l’archéologie du cinéma en somme).

C’est un passionné à l’œuvre et on le ressent dans toute cette exposition : cela lui fait plaisir de montrer tous ces monstres de machines aux visiteurs, de les faire fonctionner sous nos yeux et de nous faire ressortir de là émerveillés.

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Comme pour chacune des expositions de la Cinémathèque, on commence par des affiches, et une entrée, on a l’impression d’entrer au cinéma, ou plutôt d’entre « en cinéma », comme on entre en religion, et l’on va vagabonder parmi ce foisonnement d’objets de culte laïque…

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Tout y est : de l’invention la plus ancienne d’Edison, le kinétoscope (savoureusement désignée sous le nom de « the latest Edison ») aux caméras les plus modernes, aux projections 3D et de réalité virtuelle, en passant par les gigantesques hauts parleurs, le plateau de tournage reconstitué de Marcel Carné, et par la fameuse Steadicam chère à Stanley Kubrick.

L’expérience de réalité virtuelle sur laquelle se conclut l’exposition, avec le Kinoscope, est absolument merveilleuse : le film proposé pour l’occasion est un petit chef d’œuvre de poésie et de magie.

Évidemment, il vaut mieux avoir le Cardboard pour pouvoir visionner cette vidéo dans les meilleures conditions, mais j’ai tout de même voulu en garder une trace…

Après…

Je n’ai pas acheté le catalogue de l’exposition, certes très beau, mais je commence à manquer de place dans mes étagères…

J’ai néanmoins flashé sur ce qui est mon dernier coup de cœur de l’année 2016, une perle aux éditions Taschen, comme les archives Kubrick dans mon précédent article : Muybridge. The Human and Animal Locomotion Photographs.

Petit résumé de cet ouvrage, composé en majorité de planches d’images qui décomposent le mouvement :

Le photographe anglais Eadweard Muybridge (1830-1904) fut un pionnier de l’observation visuelle du mouvement des hommes et des animaux. En 1872, il aida notoirement l’ancien gouverneur de Californie, Leland Stanford, à mettre fin à une polémique en photographiant un cheval au galop. Muybridge avait inventé un système complexe d’obturateurs simultanés permettant d’obtenir des arrêts sur image, et de prouver par-là pour la première fois de manière irréfutable qu’un cheval au galop décolle ses quatre sabots du sol pendant une fraction de seconde.

Après cette exposition, j’ai visité pour la énième le musée du cinéma, où était installée durant cette période une exposition temporaire consacrée au cinéma japonais.

Voilà pour cette jolie petite sortie cinéphile, j’en profite pour remercier Léo Paget, comédien, réalisateur et cousin de son état, de m’y avoir accompagné, passons maintenant au palmarès 2016.

Palmarès 2016

D’abord un point rapide :

J’ai lu cette année 14 livres exclusivement consacrés à l’univers du cinéma et des séries télévisées.

Sur ces 14, trois étaient consacrés à un film en particulier, trois autres à un réalisateur, deux à un acteur, deux évoquaient un aspect précis du cinéma, deux autres un aspect précis des séries télévisées.

L’avant dernier évoquait tant d’aspects du cinéma qu’il n’entre dans aucune des catégories précédentes… Quant au dernier, inclassable lui aussi, il l’était, mais moins par les sujets qu’il abordait que par sa manière de les aborder.

Sur ces quatorze lectures, je n’ai rien à redire, et je n’ai passé avec elles que de bons moments, mais il y en a tout de même certaines qui m’ont marquée plus que d’autres et qui figureront dans ce palmarès.

Catégories « sériephile / sérievore »

Évidemment, dans cette catégorie, les deux livres précédemment cités, et qui m’ont autant plu l’un que l’autre, à savoir :

  • Rêves et séries américaines de Sarah Hatchuel, autant pour le sujet du livre, captivant, pour l’auteur, des plus érudites et nous faisant remémorer des scènes de films et de séries télévisées où les personnages ne cessent de vaciller entre rêves et réalité, et nous entre réalités et fictions… Mais aussi parce que le livre promettait presque un contenu numérique (sites Web, vidéos sur YouTube) que j’aurais aimé plus accessible et plus ambitieux, mais tout de même alléchant…

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Catégorie « films et réalisateurs »

Dans cette catégorie, à laquelle 6 livres pourraient appartenir, je choisis de n’en retenir que deux.

Certes, j’ai beaucoup aimé le récit du tournage de La Grande Vadrouille, et j’ai aimé réfléchir sur différents aspects de Shining et de Alien qui m’avait échappé (dans la même collection de ces deux petits ouvrages, j’attends d’ailleurs toujours la sortie de ceux consacrés respectivement au Parrain et aux Sept samouraïs)… mais là encore, deux livres m’ont particulièrement marquée.

  • Le premier est une lecture encore relativement récente : Les Archives Stanley Kubrick aux éditions Taschen, et déjà mentionné au début de cet article, puisque j’ai trouvé à la Cinémathèque une autre pépite de ces éditions. J’ai apprécié cette lecture moins pour son contenu que pour le fait que Taschen faisait la démarche de mettre à la portée de (pratiquement) toutes les bourses quelque chose d’aussi riche et d’aussi beau visuellement.

  • Le deuxième est un petit échantillon de ce qu’aura été pour moi l’année 2016, à savoir une année Chaplin : la lecture du dernier projet de Chaplin, The Freak, m’a permis de prolonger le bonheur suscité par la visite de Chaplin’s world. Ce livre, qui se lit comme un roman, est l’un des plus beaux hommages qu’on pourrait rendre à ce cinéaste, un joyau d’écriture et de recherche, et que je n’hésite pas à placer parmi mes plus belles expériences de 2016.

Catégorie « écrire au cinéma / écrire le cinéma »

Pour cette dernière catégorie, deux ouvrages qui mêlent avec virtuosité écriture et cinéma.

  • Le premier, Les Écrivains du 7e art, de Frédéric Mercier, explore les relations tumultueuses entre les écrivains et le cinéma : expériences ratées, projets avortés ou méconnus, ambitions déçues… dans un voyage ouvert sur, peut-être une nouvelle exploration…

9782840496953

  • Enfin, ultime sélection de ce palmarès 2016, Les Fantômes du souvenir de Serge Toubiana, qui remet à l’honneur le prix de la « madeleine de Proust » que j’avais accordée en 2013 à l’ouvrage de Jean-Pierre Pagliano sur Le Roi et l’Oiseau. C’est l’impression que suscitent en moi de tels ouvrages, qui respirent l’enfance, la nostalgie, les paradis perdus (et retrouvés), les images en mouvement qu’on aperçoit un jour et qui restent gravées en nous, et les rencontres, forcément belles, avec les films et avec les êtres… qui nous font rêver et espérer.

Et c’est sur cette note d’espoir que je clos ce palmarès, vous souhaitant pour 2017 toute la douceur, toute la sérénité, et, pour plagier Serge Toubiana, toute la mémoire du monde…

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Lectures de l’été 2016

Plutôt que de choisir un livre parmi d’autres pour cet article de rentrée, voici, comme le titre l’indique, une rapide rétrospective de mes lectures de l’été, achevées ou non.

Classiques du cinéma

Pour commencer, voici deux petits livres du même auteur, dans une collection très prometteuse, et tous deux publiés en mai 2016.

Il s’agit de Alien et Shining, de Roger Luckhurst, publiés chez Akileos pour l’édition française, dans la collection « BFI : les classiques du cinéma ». Le BFI, British Film Institute, chargé du développement et de la promotion du cinéma en Grande Bretagne, pourrait être considéré comme l’équivalent de notre CNC (Centre National de Cinématographie).

La collection revendique ainsi de présenter, interpréter et honorer « des films qui ont fait date dans l’histoire du cinéma mondial ».

Les deux ouvrages font moins de cent pages, sont une lecture des plus agréables, et relativement bien illustrés. Le premier est consacré au Alien de Ridley Scott, le second au Shining de Stanley Kubrick, deux références en matière de science-fiction pour l’un, et d’horreur pour l’autre.

L’auteur, professeur de littérature moderne, évoque les films depuis leur genèse jusqu’à la réaction personnelle qu’ils ont suscitée chez lui, en passant par l’accueil critique et public, ou encore son importance esthétique et l’innovation technique ou cinématographique que le film a représenté – et représente toujours.

Ainsi pour Alien, il revient notamment sur les rapports de ce film avec les autres œuvres de science-fiction, littéraires ou cinématographiques, qu’elles soient antérieures ou postérieures à sa sortie, l’élaboration de la créature, ou encore les suites, préquelles et franchises annexes du film.

Pour Shiningdont j’avais un souvenir plus vivace et dont j’ai, du coup, davantage apprécié l’étude, il explique sa place si particulière dans le cinéma d’horreur, dont Kubrick a cassé les codes, la relation entre le réalisateur et Stephen King, l’utilisation de la Steadicam, et suit de manière très chronologique le film, depuis les premières images surplombant les montagnes, jusqu’à la fameuse photographie de 1921 où le spectateur reconnaît Jack Torrance, voyageur d’un temps et d’un espace labyrinthique et circulaire.

Ces deux petites lectures – j’ai lu ces deux livres chacun en une journée – parviennent on ne peut mieux à donner envie au spectateur de revoir le film, et installent avec l’auteur une certaine complicité : c’est un spectateur qui nous parle, et bien que son propos soit argumenté, documenté et réfléchi, ce sont ses émotions et son histoire personnelle de cinéphile que nous partageons.

Pour les amateurs, vous trouverez dans la même collection, « BFI : les classiques du cinéma », un 3e ouvrage consacré au film Brazil, de Terry Gilliam. J’en aurais bien fait aussi la lecture et la critique, mais je n’aurais pas été aussi pertinente, n’ayant malheureusement jamais vu ce film.

Par contre, sont annoncés pour cet automne deux autres numéros : Le Parrain et Les Sept Samouraïs. À moins d’un retard de sortie, vous savez donc déjà de quoi je parlerai sur Cinéphiledoc au mois d’octobre !

Des retrouvailles attendues…

Vous vous souvenez de la première fois que vous avez ouvert le premier Harry Potter ? (je m’adresse évidemment à ceux qui ont lu les livres et ont vu les films…)

Moi oui. Je me souviens surtout du début de tapage que les livres faisaient, je me souviens de l’édition, Folio Junior, avec trois petits sorciers en robes noires, je me souviens que c’était ma cousine qui m’avait offert le premier, et que j’avais décidé de le lire pour m’occuper pendant un séjour à l’hôpital. Je me souviens que, immédiatement après, j’avais demandé à mes parents les tomes suivants (La Chambre des secrets, Le Prisonnier d’Azkaban et La Coupe de feu), qui étaient déjà sortis.

Puis je me souviens de la fébrilité avec laquelle j’attendais chaque nouveau livre et chaque sortie de film, jusqu’à ne plus pouvoir attendre les traductions et à lire le dernier directement en anglais. Je me souviens des autres petits livres, sur le Quidditch, sur les créatures magiques et Les Contes de Beedle le barde. Je me souviens de la dernière avant-première, du dernier opus en deux parties au cinéma, de ma tristesse à me dire que c’était désormais fini, d’une tristesse encore plus grande à l’annonce de la mort d’Alan Rickman…

Et puis, cet été, enfin, un nouvel Harry Potter ! Je n’en livrerai aucun détail, mais quel plaisir de retrouver ces personnages, certes dans un livre à la forme si particulière (une pièce de théâtre) et qui ne permet pas vraiment de plonger dans l’histoire.

Nous avions les romans pour apprendre à aimer et à reconnaître l’univers d’Harry Potter, de Poudlard, du chemin de Traverse, du ministère de la magie, de Godric’s Hollow…

Nous avons eu les films pour mettre des images sur cet univers. Heureusement, nous avons le souvenir des deux pour lire Harry Potter and the cursed child, avec pour moi l’espoir, peut-être, d’aller voir un jour la pièce de théâtre à Londres.

Retrouver Harry Potter dans ce livre, c’est comme retrouver pour un verre un ami longtemps perdu de vue : on veut à tout prix tout rattraper du temps qui nous a manqué, et c’est justement le temps – et le livre – qui passe trop vite et nous laisse sur notre faim…

Alors certes, ce n’est pas une lecture cinéphile que j’évoque ici, mais, comme pour le livre suivant, elle est tant liée au cinéma, à un univers cinématographique, qu’on ne peut pas la laisser de côté.

Aux origines de Star Wars

Voici un ouvrage que j’ai commencé avec beaucoup de plaisir, mais dont je n’ai pas encore eu le temps d’achever la lecture, ce livre faisant près de 500 pages et étant particulièrement dense.

Il y a quelques temps, je regardais une vidéo, je ne me souviens plus laquelle, sur YouTube (je vais tenter de la retrouver) – ou bien était-ce sur Arte ? je ne sais plus – sur la genèse de Star Wars.

Trouvé !

Dans ce documentaire, les personnes qui intervenaient évoquaient pour la plupart un livre comme l’une des sources d’inspiration de George Lucas. Ils en parlaient avec tant de conviction que j’ai immédiatement eu envie de le lire, car cet ouvrage ne me permettait pas seulement de remonter à la source de Star Wars, mais aussi de comprendre comment Harry Potter, Le Seigneur des anneaux, bien sûr Star Wars ou encore Le Trône de fer réinventent des mythes millénaires et ont une telle importance pour leurs lecteurs et spectateurs.

Trêve de suspense, cet ouvrage, c’est Le Héros aux mille et un visages de Joseph Campbell, publié pour la première fois en 1949. L’exemplaire dont je dispose a été publié en 2013 par les éditions J’ai Lu.

Certes, je n’ai pas fini cette lecture, qui convoque des mythes aussi bien antiques que modernes, mais j’ai pour l’instant suivi avec bonheur les pas de ce héros aux mille et un visages dans ses réponses à l’appel de l’aventure, et j’y ai reconnu aussi bien Gandalf qu’Obiwan Kenobi.

L’auteur passe agréablement d’une histoire à une autre, nous entraînant à sa suite et nous donnant à chaque page le témoignage de leur universalité.

Du côté des séries

Enfin, ma dernière lecture des vacances, et de ce début septembre, a été une lecture achevée, cette fois-ci, en deux jours. J’ai beaucoup entendu parler de cet ouvrage, j’en ai lu beaucoup de bien sur Twitter et dans des articles. Et comme les livres sur les séries sont encore trop rares à mon goût, je n’ai pas résisté à la tentation de me plonger dans celui-ci.

Il s’agit de Sex and the Séries : sexualités féminines, une révolution télévisuelle, un ouvrage d’Iris Brey publié chez Soap éditions en avril 2016.

L’auteur, journaliste et universitaire, revient sur la difficulté que la sexualité féminine a toujours eu à être représentée au cinéma, et sur la façon dont les séries américaines ont pu progressivement la mettre en mots et en images dans toute sa diversité.

Elle y aborde avec justesse, et de nombreux exemples à l’appui (de Buffy à Orange is the new black, en passant par Friends, Game of thrones, Masters of Sex, ou encore Girls), les stéréotypes sexuels féminins, les tabous, les pratiques sexuelles, le plaisir féminin, des questions plus graves comme le viol ou l’inceste, ou encore la représentation des sexualités queer dans les séries.

Elle y recense les progrès qui ont été faits, et ceux qui restent encore à accomplir, et porte sur l’ensemble de ces productions télévisées un regard, certes parfois critique, mais toujours optimiste et jamais moralisateur.

Voilà pour ces quelques livres qui m’ont fait passer un bel été, entre littérature, cinéma et séries, qui m’ont donné envie de voir encore de nouvelles choses et qui m’ont remémoré quelques souvenirs cinéphiles bien agréables.

J’espère que ces quelques comptes-rendus vous auront donné à vous aussi des envies de films et de lectures.

À bientôt !

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Séries TV, entre rêves et réalités

Le voici enfin, ce compte-rendu de lecture du livre que j’attendais pour fin janvier et qui est finalement sorti début février.

Pourquoi tenais-je tant à parler de ce livre en particulier ? D’abord parce que le titre, le sujet et la couverture avaient l’air des plus attrayants.

Ensuite, parce qu’il y a un an tout juste, je faisais déjà le compte-rendu d’un livre consacré à une série TV, qui m’avait beaucoup plu. Et cela me permet de changer un peu des romans sur le cinéma qui, personnellement ne me lassent jamais, mais risquent peut-être de lasser mes éventuels lecteurs.

Enfin, l’ouvrage d’aujourd’hui est publié par une maison d’édition, Rouge Profond, qui jusque-là, ne m’a pas déçue. Grâce à elle, j’ai découvert plus de science-fiction, plus de vampires au cinéma (en dehors de Twilight) et plus de villes et paysages américains.

De découvertes en découvertes…

Ce livre tant attendu est donc paru en février 2016, dans la collection Raccords de Rouge Profond, sous la plume de Sarah Hatchuel, et a pour titre : Rêves et séries américaines : La fabrique d’autres mondes.

Et comme l’indique la couverture, il s’intéresse plus particulièrement aux séries suivantes : Awake, Buffy, Battlestar Galactica, Hannibal, LOST, Les Soprano, Six Feet Under et Twin Peaks.

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Lorsque j’ai parcouru, avant ma lecture, les quelques lignes consacrées à l’auteur – professeure des universités – j’ai vu notamment qu’elle dirigeait une revue en Open edition qui recueille des articles scientifiques sur les séries télévisées.

Le site en question m’a donnée envie d’en savoir plus, et j’ai tapé son nom sur Google, pour me retrouver, entre autres sur un site : Réseau S.E.R.I.E.S. (Scholars Exchanging and Researching on International Entertainment Series).

La page consacrée à Sarah Hatchuel n’a cependant pas l’air d’être à jour. Lorsque l’on clique sur son site internet, on tombe sur une page d’erreur, et le présent ouvrage, écrit seule, semblait à l’origine être annoncé comme co-écrit, sous un autre titre, avec une autre universitaire, Monica Michlin.

Le nom Monica Michlin me semblait familier, et effectivement, je me suis souvenue avoir, pendant un trimestre ou un semestre, suivi les cours à la Sorbonne d’une personne dynamique et vraiment enthousiasmante, qui, à l’époque, m’avait donnée envie de voir Six Feet Under, entre autres.

Pour en revenir à notre ouvrage, Six Feet Under était d’ailleurs la seule série mentionnée sur la première de couverture que j’ai vue pour l’instant en intégralité. Pour les autres, j’ai vu à ce jour les 2 premières saisons de Battlestar Galactica et des Sopranos (même si je prévois d’en voir la suite très prochainement).

Tout ça pour dire que, dès sa couverture, et pendant sa lecture, je n’ai cessé d’aller de redécouvertes en découvertes.

Du cinéma aux séries TV

Si je ne partais pas vraiment en terrain connu avec les séries choisies par l’auteur, j’ai en revanche trouvé que, d’une part, elle guidait le lecteur vers ces autres mondes, avec beaucoup d’érudition (heureusement pour une universitaire) et de bienveillance.

D’autre part, si elle utilise souvent un vocabulaire complexe pour le lecteur lambda, ou du moins pour celui qui n’a pas fait d’études littéraires poussées (onirique, diégèse, fracture dimensionnelle, geste auctorial, etc.), elle appuie suffisamment son propos d’exemples et revient suffisamment sur ce qui lui tient à cœur, pour que finalement on se laisse entraîner.

Dans son introduction et son premier chapitre, elle évoque ainsi l’univers du cinéma et la place du rêve dans des séries plus anciennes. Après tout, le cinéma comme usine à rêves, quel meilleur point de départ ?

Elle compare le rêveur endormi et le spectateur de cinéma (ce à quoi elle reviendra dans son dernier chapitre, consacré aux fanfictions, où les spectateurs rêvent pour leur personnages de séries, des itinéraires différents).

Elle évoque le Vertigo d’Hitchcock, les films de Buster Keaton et de Chaplin, Chantons sous la pluie – ce qui m’a rappelé quelques images de Brigadoon, curieux film où deux Américains découvrent un village qui n’existe qu’un jour par siècle…

Elle revient plus longuement sur La Maison du Dr Edwardes d’Hitchcock, sur La Femme au portrait, un magnifique film de Fritz Lang (peut-être mon préféré à ce jour), puis évidemment sur Matrix et sur Inception, entre autres, tous ces films où le rêve est tour à tour trompe-l’œil et réalité alternative.

Dans son premier chapitre, elle aborde les séries télévisées, depuis I love Lucy jusqu’à True Blood, en passant par Desperate housewives, Grey’s anatomy et Six Feet Under. Le rêve y est cliffhanger, créateur (encore) de réalités alternatives – elle s’appuie sur l’allégorie du chat de Schrödinger – élément de surprise, ou transgressif.

Finalement, dans cet ouvrage vertigineux, de Hannibal à Twin Peaks, Sarah Hatchuel nous conduira à travers ces espaces, passés et futurs simultanément et réciproquement, où l’on est jamais tout à fait sûr d’être dans la réalité ou dans le rêve.

Les séries y deviennent ces palimpsestes où chaque élément de rêve ou de réalité recouvre ou découvre l’élément précédent et l’élément suivant.

Envie de se perdre en rêveries ?

Au fil des chapitres, l’auteur nous embarque donc dans les rêves et hallucinations ensanglantées d’Hannibal, dans les résonances du cinéma hollywoodien et / ou mafieux chez les Soprano, qui annoncent Mad Men et Boardwalk Empire.

Déjà pour ces séries, l’auteur cite La Tempête de Shakespeare : « Nous sommes de l’étoffe dont sont faits les rêves, et notre vie est enveloppée dans un somme ». Cette citation parcourra le livre et viendra se rappeler à sa toute fin : il n’y a pas de frontière nette entre réalité et fiction, dans un « rêve cosmos » qui est déjà fiction et / ou réalité pour le spectateur.

On se perd dans les rêves et les « flash-backs / flash-sideways » de LOST (est-ce étonnant ?), dans la mise en scène des peurs des personnages de Buffy – avec cette question : Buffy la chasseuse de vampire vit-elle réellement ses aventures ou les rêve-t-elle depuis un hôpital psychiatrique ? – ou dans les visions de Battlestar Galactica.

Mais à la lecture de cet ouvrage, les deux séries que j’ai eue le plus envie de découvrir étaient Awake et Twin Peaks.

Awake, parce qu’elle raconte en une saison un personnage tiraillé entre deux réalités : quand il s’éveille le matin, c’est dans un monde où son fils est mort et où sa femme est vivante, quand il s’endort le soir, c’est pour retrouver un monde où la femme est morte et le fils est vivant. Le tout sur fond d’enquêtes policières.

Chaque dimension fonctionne comme le rêve de l’autre, formant un ruban de Möbius mental où apparaissent des phénomènes d’écho et de coïncidence.

Twin Peaks, parce qu’elle est considérée par beaucoup comme la série moderne fondatrice où se mêlent références cinématographiques, rêves et différents plans de réalités. Sarah Hatchuel m’a donné d’autant plus envie de voir Twin Peaks qu’elle a glissé, à la fin de son chapitre, un très beau parallèle avec le Shining de Kubrick.

Quelques remarques formelles

Bref, un quasi sans-faute pour ce livre dépaysant qui nous conduit d’une série à l’autre et d’un rêve à l’autre avec la légèreté d’un fil d’Ariane et une érudition quelque peu vertigineuse mais plaisante.

Un point seulement m’a déçue, mais je n’ai pas à ce jour de solution satisfaisante à proposer. Dans ses chapitres et ses notes de bas de pages, Sarah Hatchuel glisse souvent les liens vers des vidéos sur YouTube ou autre, pour que tout de suite le lecteur puisse se remémorer ou découvrir les images associées à son texte.

Seulement pour retrouver ces vidéos, il faudrait donc, à partir du livre, taper leur adresse URL ou effectuer une recherche par mots clefs… Il me semble qu’on pourrait faire mieux pour intégrer le numérique au livre. Enrico Giacovelli proposait, dans ses ouvrages sur le cinéma muet, QR-codes et chaîne YouTube pour retrouver les films dont il parlait.

Pour des sujets aussi discutés, mis en ligne et parodiés que les séries TV, ce genre de procédé devrait, selon moi, s’imposer d’autant plus.

Il reste que l’auteur est indiscutablement une passionnée au même titre que Charlotte Blum qui proposait l’an dernier un livre de suggestions pour accros aux séries. Dans ses notes de bas de pages, il arrive qu’elle fasse référence à une conversation qu’elle a eue avec tel ou tel autre spécialiste du sujet, et on imagine aisément un dialogue à bâtons rompus entre deux fans.

Et justement, son dernier chapitre s’intéresse à la fois à une pratique numérique et à une pratique de fans.

Fanfictions et transmédia

En effet, elle y étudie la manière dont les séries débordent maintenant du cadre télévisuel, pour être réapproprié par des spectateurs-rêveurs, devenus co-rêveurs et quasi co-auteurs de ces séries.

Elle se penche en particulier sur le phénomène des fanvids de la série LOST, qui mettaient en scène des scénarios alternatifs parodiques où les fans imaginaient des relations homosexuelles entre les personnages masculins, s’appuyant notamment sur les champs-contrechamps et le dialogue, élaborant ainsi toute une structure para-narrative ponctuée de références aux saisons précédentes et allant presque jusqu’à influencer l’écriture des épisodes suivants par les scénaristes.

De l’usine à rêves du cinéma, le lecteur en arrive donc, pour son plus grand plaisir, après avoir été surpris par le réveil de tel personnage et avoir exploré la réalité alternative de tel autre, à s’impliquer lui-même dans le processus de création de la série.

À nous / à vous maintenant d’imaginer, de rêver et de mettre en scène les espaces nouveaux de nos séries télévisées et de nos films : réalité(s) et / ou fiction(s) ? passé(s), présent, futur(s) ou mouvements simultanés qui nous mêlent et nous démêlent à nos personnages et à nos histoires préférés ?

Quelques vidéos pour finir…

Et pour ceux qui veulent revoir quelques scènes de rêves, voici une petite sélection :

Ou le numéro spécial de Blow Up sur Rêves et cinéma :

Et pour ceux qui s’intéressent aux réalités alternatives :

À bientôt !

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2015 : Palmarès de lecture

Pour la 3e fois depuis l’existence de ce blog, voici un petit moment un peu plus personnel, avec le palmarès de mes lectures cinéphiles de cette année.

Avant de commencer, juste une petite aparté : pas beaucoup de livres sur le cinéma sur ma liste de Noël cette année, hormis une référence en la matière, L’Histoire de la cinémathèque française de Laurent Mannoni, mais dont j’ai déjà parlé dans quelques articles, et que j’ai demandé au Père Noël juste pour l’avoir sous la main.

Par contre, de beaux cadeaux tout de même cinéphiles (vous en avez un aperçu ci-dessous) et un craquage, avec le BB8 de Sphero…

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Revenons maintenant à notre palmarès de cette année.

Je n’ai pratiquement pas été déçue par mes lectures de 2015, qui ont été très diversifiées : on y retrouve aussi bien beaux livres, romans et essais, des livres sur des films récents, sur des séries télévisées, comme sur des grands classiques et des icônes de l’âge d’or hollywoodiens.

Je vais donc tenter de restituer cette diversité dans ce petit tour d’horizon de l’année.

Catégorie « séries d’hier et d’aujourd’hui »

Deux livres dans cette catégorie :

  • un beau livre qui utilise habilement les goûts du lecteur en matière de séries pour lui en conseiller d’autres : Vous aimez les séries, ce livre est fait pour vous. L’auteur s’appuie sur l’aspect très addictif de l’univers des séries TV pour allécher son public. Vous aimez Games of thrones, Mad Men ou Les Sopranos ? Vous aimerez telle ou telle autre série recommandée par ses soins. À ce livre je décerne le prix «J’aime les séries mais je (ne) me soigne (pas)».

Friends

  • un essai qui revient sur la série Friends et sur ce qu’elle a de représentatif de la génération X, dans ses aspects culturels, sociaux, familiaux et sexuels. Une vraie belle découverte qui témoigne, encore une fois (comme si elle en avait besoin), que Friends n’est pas qu’une série avec des rires enregistrés mais une plongée dans la société américaine des années 1990-2000, traumatisme post-11 septembre inclus. Pour ce livre, Friends : destins de la génération X, je reprends le prix de l’an dernier ou d’il y a deux ans, le «prix de la madeleine de Proust»

Catégorie « romans / mémoire / on écrit à la place d’une personne ou on se met en scène »

Les auteurs ont été très prolifiques en la matière cette année, avec de très belles découvertes, mais aussi avec des choses qui m’ont laissée un peu plus perplexe. Parmi ces dernières, le roman consacré à James Dean, Vivre vite, de Philippe Besson, qui livre de l’acteur un portrait à travers les voix de ceux qui l’ont connu et la sienne propre. Également dans cette catégorie, Le Festival n’aura pas lieu, de Gilles Jacob, qui revient entre autres sur le tournage de Mogambo et le festival de Cannes en 1968. Vous pouvez retrouver mes impressions sur ces lectures dans deux articles mais elles ne m’ont pas suffisamment marquée pour que je m’y attarde davantage ici.

Il y avait aussi ce roman très intéressant sur Maurice Jaubert, Le Beau Temps, que j’ai beaucoup apprécié, et qui m’a donné envie de revoir des Carné et des Truffaut…

Par contre, deux découvertes m’ont absolument transportée :

  • le prix « coup de cœur de fin d’année » que je décerne au roman Deux messieurs sur la plage, certes publié en août 2015, mais que j’ai choisi après quelques hésitations pour clôturer les comptes-rendus de lecture de l’année 2015. Dans ce livre captivant, l’auteur revient sur l’amitié entre Chaplin et Churchill et sur leur pacte mutuel pour lutter contre le chien noir. Un roman fin, bien mené, énigmatique et inattendu…

Londres-après-minuit

  • et si vous voulez de l’énigmatique et de l’inattendu, ruez-vous sur ce qui a constitué ma lecture de l’année, une merveille de mystère, de suspense, et de déclaration d’amour au cinéma en général et au cinéma muet en particulier, un livre qui se déguste comme un roman noir, avec détective à la Bogart et femmes fatales, un verre de whisky à la main. Londres après minuit est un chef d’oeuvre, auquel je décerne le prix «breath taking»

Catégorie « un mythe au cinéma / le cinéma crée des mythes »

Pour finir avec ce palmarès, il me reste deux ouvrages, que j’ai curieusement lu l’un à la suite de l’autre.

L’un m’a aidée à patienter en attendant la sortie du dernier Star Wars, même s’il m’a laissée quelque peu sur ma faim… Star Wars : une saga, un mythe est une bonne lecture pour ceux qui découvre l’univers de Star Wars ou veulent s’y replonger, mais j’aurais souhaité que l’auteur, Laurent Aknin, s’attarde un peu plus sur certains aspects. Critique à retrouver par ici.

Le second ouvrage remporte le prix du «pavé dépaysant qui fait voyager dans l’histoire» : une lecture aussi érudite qu’agréable, même si ce livre est intransportable ! Il s’agit du Napoléon : l’épopée en 1000 films d’Hervé Dumont, une somme tout autant historique que cinéphile qui plonge le lecteur dans les grandes fresques et les portraits plus intimes des contemporains de l’empereur.

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Mais s’il ne devait rester qu’une lecture, et qui m’a fait continuer à aimer le cinéma vraiment pour le cinéma, et pas seulement tel ou tel genre, ou telle ou telle mythologie… Le cinéma en tant qu’art, en tant qu’expression d’une civilisation, en tant que chant, voire en tant que religion ! c’est bien Londres après minuit que je retiendrai et auquel je penserai au moment d’ouvrir, en 2016, un nouveau livre sur le cinéma.

D’ici là, bonne année à tous et à très bientôt !

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Un livre IFTTT pour accros aux séries

Voici le compte-rendu de lecture, en temps et en heure, du mois d’avril. Petite explication préalable sur le titre, même si j’aurai l’occasion d’y revenir plus en détail tout au long de l’article.

If this then that… sur le web

IFTTT signifie en anglais « If this then that » (Si ceci, alors cela), c’est un acronyme qui désigne sur le Web l’assistant permettant à un internaute d’automatiser des tâches répétitives entre les différents services qu’il utilise (voir aussi ici pour plus de détails).

Par extension, lorsque je publie un article sur Cinephiledoc, celui-ci est automatiquement publié sur mon fil Twitter et sur ma page Facebook, ce qui correspond aussi à une forme de IFTTT, à la différence qu’avec le site IFTTT, tous les réglages sont centralisés à un seul endroit.

Pourquoi ai-je décidé d’associer un service de réglages automatiques  à un livre, vous allez le comprendre dans quelques instants.

Le quotidien d’un/d’une accro aux séries

À chaque fois que j’ai voulu faire le compte de toutes les séries que j’ai regardé, que je suis en train de regarder, ou que j’attends avec impatience de retrouver, j’en ai toujours oublié une ou deux dans le lot. Je vais cependant essayer de faire le compte à un instant T, à savoir maintenant :

rome

  • Les séries que j’ai vues en entier, que je peux voir et revoir sans me lasser, et dont je me souviens (presque) toujours avec bonheur : Friends, Kaamelott, Un gars et une fille, Six Feet Under, Rome, The Borgias, Les Tudors, Les Piliers de la terre, Les Revenants, Tunnel ;
  • Les séries que je regarde en ce moment, presque au fur et à mesure de leur diffusion : Arrow, The Flash, Game of thrones, Vikings ;
  • Les séries dont j’attends la suite avec impatience : House of cards, Sherlock, Broadchurch, Turn, Bates Motel ;
  • Les séries que j’aime même si je n’ai pas vu les dernières saisons : Doctor Who, The Big bang theory, Homeland, American Horror Story ;
  • Les séries que j’ai commencées à regarder et qu’il faut que je reprenne : Downton Abbey, Mad Men, Boardwalk Empire, True Detective, Master of Sex, ou de plus anciennes : The Avengers, Hercule Poirot ;
  • Les séries qu’il faut que je vois en attendant d’autres séries et pour enrichir ma culture : Lost, Breaking bad, Les Sopranos…

J’en profite pour partager mon dernier coup de coeur : Turn, une série produite par AMC (qui produit également The Walking dead), avec Jamie Bell dans le rôle principal. Turn raconte les débuts de l’espionnage durant la guerre d’indépendance américaine.

Jamie Bell joue avec brio un apprenti espion anti-héros, les autres personnages sont interprétés de manière magistrale, les décors sont superbes et l’ambiance rappelle quelque peu Assassin’s Creed III.

La première saison vient de sortir en DVD et Bluray, et la deuxième saison est en ce moment en cours de diffusion.

Un livre IFTTT pour accros aux séries

Dans ce tour d’horizon des séries, j’en oublie sans doute malgré tous mes efforts. Mais je suppose que cela suffit à montrer à quel point je suis à l’affût de nouvelles séries et à quel point mes goûts sont éclectiques en la matière.

J’ai d’ailleurs publié plusieurs articles sur ce blog, que ce soit sur les séries elles-mêmes, ou sur des livres qui les évoquent, que ce soit Friends, il y a deux mois, ou Game of thrones il y a un peu plus longtemps.

Dernièrement, j’ai essayé de trouver des livres sur le sujet, qui avaient une vue d’ensemble sur la question. J’étais très déçue que le Dictionnaire des séries télévisées, de Nils Ahl et Benjamin Fau, paru en 2011 aux éditions Philippe Rey, soit vendu à un prix aussi dément. On m’a offert il n’y a pas longtemps L’art des séries télé de Vincent Colonna, que j’ai commencé.

livre charlotte blum

Mais ma plainte intérieure a dû être suffisamment audible pour que ce mois-ci, les éditions de La Martinière décident de publier un livre consacré aux séries télévisées contemporaines : Vous aimez les séries, ce livre est pour vous (niveau titre, on peut difficilement faire plus alléchant) de Charlotte Blum, journaliste spécialiste des séries – elle a d’ailleurs publié un autre ouvrage sur le sujet en 2011, Séries : une addiction planétaire.

Attention cependant, son livre s’intéresse aux séries diffusées entre 1997 et 2015, et encore en cours de production (même si le livre s’ouvre et se referme sur ce qui est pour elle la série de référence : Twin Peaks – fichtre, encore une à ajouter à ma liste), et à des séries presque exclusivement américaines.

Pourquoi est-ce qu’il s’agit d’un livre IFTTT écrit par une amoureuse des séries ? Parce que Charlotte Blum cerne très bien la psychologie et la frustration propre à l’amateur de séries télé : elle sait qu’une fois la série terminée, arrêtée, ou en attente de diffusion de la prochaine saison, celui-ci guettera, désoeuvré, autre chose à se mettre sous la dent.

Son livre est donc construit de la manière suivante : chaque chapitre est consacré à une série principale, qu’elle décrit et analyse en détail. Puis vient le IFTTT : si vous avez aimez cette série, vous aimerez sans doute telle ou telle série pour telle ou telle raison, avec la description un peu plus succincte des trois ou quatre séries conseillées. Des exemples concrets ?

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Vous avez aimé Les Sopranos ? => Vous aimerez Lilyhammer et son personnage principal de mafieux. Ou => Vous aimerez Boardwalk Empire qui évoque le crime organisé.

Vous avez aimé Homeland ? => Vous aimerez House of cards, qui décrit le fonctionnement de la Maison Blanche.

Simple et efficace.

Une exception qui me rend l’auteur d’autant plus sympathique ? Game of thrones, évidemment :

Avec son monde imaginaire ultrariche et ses décors d’une envergure inégalée à la télévision, Game of thrones est absolument unique.Impossible, donc, de lui attribuer des séries similaires.

Na ! C’est clair non ?

Les qualités de ce livre

  •  le principe du IFTTT que je viens d’évoquer ;
  • le choix des séries, éclectique : vous trouverez aussi bien des séries politiques, policières, historiques (un peu moins), sociales, féministes… il y en a pour tous les goûts ;
  • l’analyse des séries proposée : l’auteur parvient à aborder les choix scénaristiques et de réalisation des « showrunners » – créateurs de séries – sans jamais (trop) spoiler l’intrigue. Elle rapporte les propos de ces derniers, et donne à chaque série un éclairage qui allèche son lecteur / spectateur. Rien de tel, au fil des pages, pour voir ou revoir des épisodes de Breaking Bad, Rectify ou Orange is the new black.
  • à la fin du livre, le lecteur trouvera un petit guide sur : des séries plus anciennes, le lexique de la série télévisée, les étapes du storytelling, les chaînes de télévision américaines, les séries historiques, des sites internet et des lectures de référence, entre autres.

Spectateur simple amateur ou averti, ce livre met en appétit. À  ceux qui guettent leur prochain épisode, en lisant cet ouvrage, vous n’êtes pas prêts d’être sevrés !

Petits bémols pour les fines bouches

  • je l’ai dit, Charlotte Blum s’intéresse quasi exclusivement aux séries télévisées américaines des années 1997-2015. Amateurs de séries anglaises, vous trouverez certes votre bonheur avec Downton Abbey. Broadchurch est évoqué très rapidement. Par contre, il ne me semble pas avoir vu de mention de Sherlock… Quant aux fans de Fais pas ci, fais pas ça et autres séries françaises de plus ou moins bonne qualité… comment dire, c’est un livre sérieux, non mais !
  • j’ai trouvé tout de même dommage que justement, pour certaines séries, il n’y ait qu’une petite citation en fin d’ouvrage, ou qu’elles ne fassent l’objet que d’un sous-sous-chapitre. Que par exemple, Doctor Who ne soit cité que comme faisant partie des ancêtres (incontournables) de la série, alors que ce cher docteur est encore en activité, ou que l’auteur ne fasse qu’une liste des séries historiques par périodes en fin d’ouvrage.

Certes, là encore, pour les fans d’histoire, consolez-vous avec Mad Men ou Downton Abbey. Mais n’y avait-il pas la possibilité de prendre une série historique de référence (Rome, pour ne citer qu’elle) et lui appliquer le IFTTT, un peu comme ceci :

Vous avez aimé Rome => Regardez The Borgias, ça se passe aussi en Italie, mais à la Renaissance, et en plus, Jeremy Irons joue le pape !!!

  • Même chose pour les séries de science-fiction, parmi lesquelles Doctor Who. Pas de chapitre dédié, rien sur les dernières initiatives de DC Comics avec Arrow et The Flash, pas de chapitre sur les zombies, les vampires, les super-héros, alors qu’un certain nombre de geeks auraient certainement apprécié – l’auteur n’aurait eu qu’à prêcher des convertis.

Comme d’habitude, je pinaille, mais un chapitre dédié aux séries historiques et un dédié aux séries de SF, ça aurait été sympa (pas de chapitre non plus sur les séries « familiales » ou « médicales »). D’ailleurs je me doute que ce qui n’apparaît pas dans cet ouvrage a sûrement dû être évoqué dans l’ouvrage précédent de Charlotte Blum mentionné plus haut.

Malgré tout, ce livre réussit son pari : donner envie de voir des séries et d’en revoir.

Petite sélection de séries à découvrir ou à redécouvrir

J’ai déjà parlé de Turn, mais voici 4 autres séries que je recommande vivement ! Une politique, une cinéphile/angoissante, une historique, et une… parce que c’est comme ça et que j’en veux une quatrième.

  • House of cards : la série politique du moment, celle que suit assidûment Barack Obama, paraît-il, même si c’est aussi un très grand fan de Game of thrones. Avec Kevin Spacey en génial ambition, politicien véreux, qui ne rêve que d’une chose, accéder à la Maison Blanche. L’intrigue est haletante, les acteurs sont géniaux… le tout est d’un cynisme jubilatoire. House of cards, c’est Valmont et Madame de Merteuil en politique, et (presque) toujours triomphants, c’est un monde où rien ne sert d’être gentil et où les méchants sont fascinants.
  • Bates Motel : j’avoue que j’ai eu d’abord du mal à adhérer au principe, mais les deux premières saisons étaient surprenantes. Prenez le Norman Bates de Psychose, placez-le dans l’Amérique contemporaine, faites-le retourner en adolescence (prenez l’acteur de Charlie et la chocolaterie) et regardez-le devenir progressivement un psychopathe, avec des rapports très très sains (si si !) avec sa môman !
  • Vikings : pas besoin d’en dire plus, le titre parle de lui-même. Malgré les inexactitudes historiques et la figure du viking qui reste mythique, c’est une série d’une qualité incroyable, avec des acteurs très attachants, qu’il s’agisse du chef viking, du constructeur de drakkars, de la guerrière, ou du moine qui hésite entre christianisme et paganisme. Chaque saison est un peu lente à démarrer et se mérite, mais c’est pour nous plonger d’autant mieux dans cette atmosphère brumeuse et mystérieuse.
  • Au moment où se tient au musée du Luxembourg une exposition sur les Tudors, j’ai à nouveau envie de regarder la série que Showtime leur a consacrée il y a quelques années, avec certes un Henry VIII filiforme par rapport à la réalité, mais ce qui n’empêche pas de suivre la trajectoire captivante de ce roi…

et pour ceux qui préfèreraient sa fille cadette, vous n’avez qu’à regarder les films avec Cate Blanchett sur Elizabeth, ou mieux encore, la mini série Elizabeth I, avec Helen Mirren et Jeremy Irons.

Quant à moi, en attendant d’aller voir cette exposition, et après ces lectures cinéphiles, je me plongerai dans un livre sur les Tudors, là encore, avant de regarder Breaking Bad, les Sopranos, Mad Men ou Downton Abbey

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Merci aux Friends de la génération X…

… d’avoir accompagné les enfants de la génération Y. Drôle de manière de commencer un article, me direz-vous. Dans ce nouveau compte-rendu de lecture, que je parviens à publier avec un peu d’avance, rien n’est parlant, si ce n’est le mot « Friends ».

Et encore, ce petit mot, que j’utilise volontairement en anglais, ne vous sera d’aucune utilité sorti de son contexte. À moins que je ne l’enrichisse de quelques indices, qui feront réagir immédiatement les plus fanatiques d’entre nous : un canard et un poussin, un canapé orange, un appartement aux murs violets, une affiche en français encadrée au mur…

10 ans d’une vie et bien plus

Arrêtons-là le suspense : le livre dont j’ai choisi de parler ce mois-ci est consacré à la série Friends. Et comme tout livre qui évoque un univers de références, et dans lequel le fan entrera en toute connaissance de cause, il aura tendance à laisser de côté la personne pour qui cet univers est moins familier.

Petit rappel, donc : Friends est une sitcom américaine diffusée de 1994 à 2004 et suivant le quotidien new-yorkais d’un groupe d’amis, mais également leurs évolutions professionnelles et sentimentales.

Je ne pense pas m’égarer en disant que chaque fan s’identifie plus ou moins à un personnage, ou du moins étudie lui-même les situations qu’il rencontre au prisme des personnages de la série.

Il y a Phoebe, masseuse professionnelle excentrique ayant passé sa jeunesse dans la rue ; Joey, comédien en début de carrière qui enchaîne les publicités incongrues et les rôles dans les soap operas ; Rachel, ancienne enfant gâtée à la recherche de son indépendance dans le milieu de la mode ; Ross, paléontologue à la vie sentimentale agitée et aux multiples divorces ; Monica, chef de restaurant obsessionnelle du rangement et de la compétition ; et Chandler, blagueur invétéré au métier incompréhensible.

Ceci n’est évidemment qu’un bref aperçu et ne rend en rien compte de la complexité et des rebondissements de la série. Car s’il s’agit d’une sitcom – série comique aux épisodes courts ponctuée par des rires enregistrés – ce n’est pas pour rien qu’elle résiste à ce point au temps, et qu’elle a laissé des traces dans la culture télévisuelle (et la culture tout court) de millions de personnes.

En effet, toujours rediffusée à l’heure actuelle en France (sur D8 et D17) et toujours regardée, même si l’on a dans son placard la série complète en DVD ou en Bluray, elle n’a jamais pu être égalée. Personnellement, et même si je n’ai jamais pu (sauf à des moments perdus) regarder les premières diffusions, Friends m’a autant marquée, et fait maintenant autant partie de mes références que l’univers d’Harry Potter (pour lequel on parle également de génération) ou que la série Kaamelott : un décor, une époque, des personnages et surtout, des situations et des citations qui s’évoquent les unes les autres, s’appellent et se répondent.

Quelque chose qui transcende cette fameuse génération X, et qui me parle et me correspond parfaitement, à moi, enfant de la génération Y. Nous y voici donc à nouveau, et après cette longue introduction, nous allons entrer dans le vif du sujet.

Friends sous l’angle générationnel, politique et social

Le livre que j’ai choisi ce mois-ci est Friends : Destins de la génération X, de Donna Andréolle, publié en février 2015 aux Presses Universitaires de France. Mais s’il s’agit d’une publication universitaire, sa lecture n’en est pas moins des plus agréables, et jamais jargonnante. Friends En effet, Donna Andréolle, professeur à l’université du Havre, propose une lecture politique et sociale de Friends, comme elle le fait (ou l’a fait) sans doute avec d’autres séries – ce qui est rappelé en quatrième de couverture – dans un petit ouvrage d’un peu plus de 130 pages, et faisant partie d’une collection assez alléchante, avec des titres consacrés notamment à Desperate Housewives, Six feet under, Rome ou encore Harry Potter.

Ce qu’elle appelle « génération X » – terme qu’elle reprend notamment à des romanciers et des cinéastes – c’est la génération américaine né après le baby boom, entre 1960 et 1980, tous les acteurs principaux de la série étant nés, comme elle le rappelle, entre 1960 et 1970. Elle va étudier à la loupe, dans son livre, cette génération X dans un contexte particulier : l’Amérique après les années Reagan et jusqu’aux attentats du 11 septembre et le traumatisme qu’ils ont laissé dans la société américaine.

Ce qu’elle étudie, ce sont des personnages qui vont passer de la vingtaine à la trentaine, entrer de manière plus ou moins chaotique dans la vie adulte, et tenter de reproduire ou de s’opposer à la culture dominante et au modèle de leurs parents. L’ouvrage se penche donc tour à tour sur la place de la ville – et pas n’importe quelle ville, New-York – dans la série, le choix de cette ville comme lieu de résidence en opposition au modèle des « suburbs », les zones pavillonnaires de banlieue.

Il étudie la place de l’amitié comme substitut de la famille, les relations sentimentales fluctuantes, ambiguës, et se greffant parfois sur les relations amicales, et la place du mariage. Donna Andréolle étudie la façon dont la sitcom traite des questions graves, telles que le divorce, le mariage homosexuel, le monde professionnel, la procréation assistée, l’union libre, avec toujours la respiration, le « comic relief » de l’humour.

J’ai particulièrement aimé la troisième partie de son livre, qui s’intéresse à ce qu’elle nomme « marginalité normative », qui traduit l’ambiguïté propre à la génération X, désireuse à la fois de se démarquer d’une culture et d’une société mainstream et de s’y intégrer.

C’est dans cette partie qu’elle se penche sur la question farfelue, dans la série, des animaux domestiques (singe, canard, poussin, araignée, rats, etc.), à celle plus sérieuse de l’insertion professionnelle, souvent vécue avec souffrance par les personnages, qu’ils cherchent leur voie dans un univers artistique comme le cinéma, la mode, la haute gastronomie, ou qu’ils soient plus conventionnels et travaillent dans le milieu universitaire ou celui de l’entreprise.

Enfin, elle aborde la question complexe des genres, virilité, féminité, et montre à quel point, là encore, le regard de la série Friends, bouscule avec humour les a priori et la culture dominante.

Les points forts de ce livre sont donc, avec un regard dont on ne doute pas qu’il est celui d’une inconditionnelle, de donner sans jamais nous perdre, une double, voire une triple lecture, d’un univers qui nous est familier, en tissant un faisceau de références. Ces lectures, si elles font écho à des réflexions que nous nous étions déjà faites, renforcent et approfondissent l’attachement que nous avons naturellement – du moins si c’est le cas – pour cette série.

Lecture intertextuelle et culturelle

La seule chose qui m’a manqué, mais qui aurait été impossible à réaliser à moins de faire de ce livre une publication en plusieurs volumes, c’est une étude approfondie des références culturelles – littéraires, cinématographiques, artistiques – de la série.

Petit exemple : à un moment dans la série, Phoebe est confrontée au fait que sa mère, qui s’est suicidée, ne lui montrait jamais la fin des films tristes, elle se sent donc trahie par le monde qui l’entoure, et Monica lui conseille un film : La Vie est belle de Frank Capra.

J’aimerais trouver un ouvrage qui me décrypte ou me rappelle l’ensemble de ces références : les livres que lisent les personnages, les affiches qui sont sur leurs murs, les films et les musiques dont ils parlent…

Évidemment, ce n’est pas le propos de l’ouvrage de Donna Andréolle. Cependant, elle est parvenue à susciter chez moi cette envie, et ces petits rappels, en abordant à plusieurs reprises le sujet : en évoquant la foule des invités qui ont joué des seconds rôles dans cette série (Bruce Willis, Brad Pitt, Tom Selleck, Sean Penn, Gary Oldman, Helen Hunt, Julia Roberts…), en parlant des petits rôles et des publicités pour lesquels Joey est engagé, ou encore en consacrant une partie du livre à la « Réflexivité et autodérision ».

Cette partie du livre revient sur la manière dont la série évoque et tourne en dérision son propre univers télévisuel, en accumulant les références et les effets miroirs, que ce soit avec d’autres séries, ou même avec les noms des acteurs, et à l’intérieur de la série elle-même :

Séries, jeux télévisés réels et fictifs, téléthons, vidéos MTV et guest stars du petit et du grand écran, Friends propose la panoplie complète d’une culture médiatique à la fois éphémère et durable. À l’instar de la génération X qu’elle (re)présente, la série nous invite à la suivre dans un jeu de miroirs qui nous fait réagir et surtout interagir.

Et pour vous, quels souvenirs de Friends ?

À la fin de son deuxième chapitre, consacré notamment à l’amitié et à la gestion, par la série, des émotions, l’auteur revient sur le dernier épisode, tourné en 2004 :

La post-séquence revient sur des scènes de New York, d’abord au coucher du soleil sur un horizon de gratte-ciel puis en alternant avec des prises de vue de nuit. Il s’agit d’un adieu poignant de la production. Sans doute, avec ces images de « la ville qui ne dort jamais » peut-on comprendre que la série se termine, mais que, comme New York, elle ne s’éteindra jamais.

Et en effet, plus de dix ans après, on regarde encore les rediffusions de cette série même si les DVD sont bien rangés, bien alignés saison par saison dans le placard, on s’amuse toujours des mêmes situations, on est toujours émus par les mêmes événements, on échange avec d’autres fans les mêmes références.

Sur Internet, on retrouve toujours des sites et des wikis consacrés à Friends : le site d’origine, un wiki ayant publié sur le sujet des milliers d’articles, une page Facebook publiant encore et toujours des actualités.

J’ai voulu émaillé cet article de mes petits moments de Friends, ceux que j’apprécie le plus ou qui me viennent immédiatement quand je pense à cette série… Voici enfin, pour finir, une vidéo publiée par Allociné, qui propose une relecture des 236 épisodes de Friends en 236 secondes :

http://www.allocine.fr/_video/iblogvision.aspx?cmedia=19548335

Les amateurs et les inconditionnels, régalez-vous !

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2014 : Palmarès de lecture

Je suis très heureuse de reprendre cette idée de l’an dernier, suscitée par tous les tops et flops de fin d’année publiés par blogueurs et twittos…

Un petit mot tout d’abord sur les petites choses que j’ai eues à Noël, et dont je fais rarement la critique, car le plus souvent, il ne s’agit pas de parutions récentes, à de rares exceptions près…

Lectures cinéphiles à venir…

Je n’ai pas été très gourmande en livres sur le cinéma cette année, sur ma liste au Père-Noël. J’ai tout de même reçu deux ouvrages :

  • Le Gastronogeek, un livre qui passe en ce moment rarement inaperçu, puisqu’il s’agit d’une publication récente, que l’on retrouve aussi bien au rayon cuisine qu’au rayon cinéma. Sorti en novembre 2014 aux éditions Hachette, il est l’oeuvre de Thibaud Villanova et de Maxime Léonard, et est sous-titré fort justement « 42 recettes inspirées des cultures de l’imaginaire ». En effet, ce livre est moins un recueil de références culinaires que le prétexte à évoquer des souvenirs cinématographiques et télévisuels. Attention, ceci n’est pas un reproche. On y retrouve l’univers de Star Wars, de Doctor Who, d’Harry Potter, ou encore du Seigneur des anneauxun vrai bonheur pour les geeks. Mais je pense que j’aurai plus de facilité à réaliser le Beef Tannen Burger de Retour vers le futur, que l’Oeil de Sauron (un sabayon à la pulpe d’orange et chocolat noir) du Seigneur des anneaux, tout visuel et évocateur soit-il. Pour l’instant davantage mises en scène visuelles, il ne me reste plus qu’à sauter le pas pour voir si ces recettes, une fois réalisées, gardent le mystère et la magie que leur ont conférées leurs auteurs.

Gastronogeek

  • Stanley Kubrick, de Michel Ciment, un ouvrage publié en 2011 (édition définitive) aux éditions Calmann-Lévy et préfacé par Martin Scorcese. Je n’avais aucun livre sur Kubrick dans ma bibliothèque – ce qui me manquait beaucoup – et je cherchais quelque chose qui soit à la fois un ouvrage récent et de référence sur le sujet. Michel Ciment étant un spécialiste du cinéma américain, et l’auteur d’une quantité incroyable d’entretiens avec des réalisateurs hollywoodiens, je pense que j’ai visé juste avec ce livre, qui semble promettre autant visuellement que dans son contenu. J’en dirai quelques mots plus tard, lorsque je l’aurai parcouru un peu plus en détail, ce dont j’ai hâte.

kubrick michel ciment

Palmarès 2014

Passons maintenant au palmarès proprement dit.

  • Le prix du livre dont je n’ai pas fait la critique sur ce blog est attribué à Screen, la réédition récente d’un roman américain de Barry N. Malzberg, où le héros reçoit la palme du fantasme masculin, puisqu’il a la capacité d’entrer dans un film et de coucher avec les comédiennes les plus célèbres de l’époque, le tout avec un vocabulaire des plus crus. Je ne me considère pas comme quelqu’un de particulièrement prude ou coincée, mais je dois avouer que la perspective de devoir insérer des citations dans un article consacré à ce livre m’a arrêtée, moins par gêne qu’à l’idée qu’on tombe sur mon blog avec des équations de recherche quelque peu inattendues. Mais si vous voulez des émotions fortes, et que la littérature érotique actuelle ne trouve pas grâce à vos yeux, je vous recommande tout de même ce livre… attachez vos ceintures !
  • Le prix du second volume qui tient toutes ses promesses, et qui nous fait attendre avec impatience la sortie du troisième est attribué à l’ouvrage d’Enrico Giacovelli, Le Silence est d’or, consacré aux années flamboyantes du cinéma muet hollywoodien, un livre qui tire absolument parti des ressources du numérique en proposant une chaîne YouTube à consulter au fil de sa lecture.

Le silence est d'or

  • Le prix du roman sur le cinéma, pas tout à fait autobiographie romancée, mais plutôt instantané romancé de trois destins qui se croisent, est attribué à L’Année des volcans, de François-Guillaume Lorrain, qui revient avec enthousiasme sur la rencontre de Roberto Rossellini et Ingrid Bergman, et sur un amour à trois explosif : Rossellini, Bergman et Anna Magnani, avec en toile de fond les tournages de Stromboli et de Vulcano. Bien que cette lecture m’ait un peu moins portée que le roman retenu l’an dernier, elle m’a tout de même fait passer un très agréable moment, et m’a permis de revenir sur la manière dont je choisis mes lectures cinéphiles.
  • Le prix de la découverte dépaysante est attribué au premier volume de l’autobiographie de la comédienne Anjelica Huston, A story lately told, qui, non content de nous faire voyager dans le temps, et entre les États-Unis, Paris et l’Écosse, m’a permis de proposer, le premier article à quatre mains et bilingue de Cinephiledoc !
  • Le prix du générateur de trolls est attribué aux Mythes et idéologie du cinéma américain, de Laurent Aknin, qui analyse les obsessions et les angoisses du cinéma américain post-11 septembre, notamment dans les films de super-héros et de science-fiction. La critique que j’ai faite de ce livre m’a valu un échange passionné avec une personne qui ne voulait pas comprendre qu’un compte-rendu de lecture ne peut être exhaustif et que, même si j’essaye d’en donner une idée générale, pour se faire une opinion sur le livre dont je parle, mieux vaut également le lire.
  •  Le prix de l’autobiographie qui aurait pu être un roman est décerné à La Mécanique du rire, de Buster Keaton, qui revient, dans un style qui rappelle les romans américains tels que ceux de Mark Twain ou le Martin Eden de Jack London, sur son enfance saltimbanque, sur sa venue au cinéma et sur ses aléas professionnels et personnels à la venue du parlant.
  • Le prix de la déclaration d’amour au cinéma est attribuée à la compilation des écrits d’Henri Langlois, réalisé à l’occasion des cent ans de sa naissance, et de l’exposition que lui a consacrée la Cinémathèque française en début d’année.
Source : Decitre

Source : Decitre

  • Le prix de la réhabilitation – quoi que ce ne soit pas le terme le plus approprié – en même temps que le prix de « je suis objectif mais quand même » est décerné à l’ouvrage Truffaut et Godard d’Arnaud Guigue, où clairement pour l’auteur, ce n’est certainement pas Godard > Truffaut, ni même Truffaut ≥ Godard, mais bien Truffaut > Godard (ou comment réutiliser d’une manière complètement impromptue et jubilatoire des symboles de maths étudiés en primaire).
  • Enfin, le prix du « je vous en aurais bien parlé si je n’en avais pas déjà parlé » est attribué au livre Game of thrones saison 3 et 4, magnifique ouvrage revenant sur les coulisses des deux dernières saisons de la série. En effet, j’avais déjà consacré un article à l’ouvrage traitant des saisons 1 et 2, et le plus récent rassemblant toutes les qualités de ce dernier, je ne vois rien de plus à ajouter…

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… Si ce n’est bonne fin d’année à tous et rendez-vous en 2015 pour de nouvelles lectures et de nouveaux projets !

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Hors-série 2-2014 : histoire et cinéma

Voici déjà le deuxième hors-série de l’été, qui se penche, cette fois-ci, sur les relations entre histoire et cinéma. J’ai déjà eu l’occasion sur ce blog d’évoquer des films et des séries télévisées abordant des sujets historiques, de près ou de loin.

N’étant pas historienne, je ne peux malheureusement pas établir le degré de fidélité d’une reconstitution, ou savoir que les pierres de tel ou tel château ne colle pas forcément avec l’époque qu’elles sont censées représenter.

Ce que je voudrais traduire ici, grâce aux références convoquées, ce n’est pas tant l’histoire comme une science, mais de quelle manière la grande histoire se présente aux cinéphiles comme une merveilleuse histoire, une illusion fantastique, à l’image des projections qu’ont pu susciter les ancêtres du cinéma que sont les lanternes magiques.

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Je me souviens encore des quelques mots prononcés par le narrateur au début de Fanfan la Tulipe, film de Christian-Jaque avec Gérard Philipe, pas pour ce qu’ils ont d’incroyablement chauvin, mais uniquement pour les images qu’ils évoquent :

Il était une fois un pays charmant qui s’appelait la France. Regardez-la par le petit bout de la lorgnette, c’est elle en plein XVIIIe siècle. Alors on vivait heureux, les femmes étaient faciles et les hommes se livraient à leur plaisir favori : la guerre — le seul divertissement des rois où les peuples aient leur part.

Si j’aime autant l’histoire, le cinéma y est pour beaucoup. Et ce que j’aime au cinéma, ce sont (mais pas seulement, bien entendu) les films historiques.

HORS-SERIE

Parmi ces films historiques, il y a un bon nombre d’oeuvres consacrées à l’Antiquité, oeuvres récentes ou non, de Ben-Hur à Gladiator, des films sur le Moyen-âge, tels que Kingdom of heaven, sur la Renaissance, sur Louis XIV, sur l’histoire anglaise (surtout l’ère élisabéthaine), sur le siècle des Lumières (Beaumarchais l’insolent, Barry Lyndon), sur Napoléon, sur l’ère victorienne, sur la première guerre mondiale, et ce jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale.

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N’étant pas une passionnée d’histoire contemporaine, je m’arrête généralement en 1945, même s’il peut y avoir des exceptions, comme ce film italien de six heures, Nos meilleures années, consacré à l’histoire de l’Italie entre 1966 et 2004, et qui suit une famille tout au long de cette période.

Généralement, si je regarde un film historique, en dehors de ce qu’il peut m’apprendre, ce n’est pas pour retrouver une réalité trop proche, mais au contraire, pour plonger dans des époques lointaines.

Histoire et cinéma

Le livre que j’ai retenu pour ce hors-série satisfera autant ceux qui veulent, comme moi, partir à la découverte d’autres époques, que ceux qui ne souhaitent pas trop s’éloigner.

L'histoire fait son cinéma

L’histoire fait son cinéma en 100 films, de Guillaume Evin, est paru l’année dernière, en avril 2013, aux éditions de la Martinière, et est préfacé par le réalisateur Costa-Gavras, président de la Cinémathèque française, mais également auteur d’un certain nombre de films historiques, tels que Z, L’Aveu ou encore, plus récemment, Amen.

L’ouvrage est sous-titré : « De la Guerre du feu à Démineurs ». Et c’est donc une chronologie quasi impeccable et scrupuleuse que va suivre l’auteur.

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Cent films, suivant les périodes, c’est trop peu ou c’est trop : le Japon des samouraïs en un film, la France de Louis XIV en un film, Napoléon en quatre films (dont deux versions de Guerre et Paix, l’une américaine, l’autre russe). Fort heureusement, la seconde guerre mondiale, et toute sa complexité, fait l’objet de plusieurs sous-parties : montée du nazisme, Résistance, collaboration, déportation et génocide, espionnage, débarquement… Mais le choix a dû être rude !

L’ouvrage est, par ailleurs, très agréable à feuilleter, et à lire. Il n’est jamais jargonnant, et est à la portée aussi bien d’un public d’experts que d’amateurs. Il n’y a rien à redire à ce livre, exceptée une toute petite chose, qui va sembler en contradiction avec ce que je disais plus haut.

L’auteur ne confronte pas une réalité historique et son interprétation cinématographique. Certes, il donne quelques détails sur la période reconstituée, mais il s’intéresse visiblement aux choses dans leur ensemble : film, tournage, anecdotes, et histoire. Il veut être le plus exhaustif possible sur le sujet, ou plutôt sur ses 100 sujets choisis – et bien-sûr c’est compréhensible : qui pourrait faire l’analyse complète d’un film, puis de 99 autres dans un seul ouvrage ?

Et pourtant, même si je ne peux pas toujours prêter attention à un détail historique, c’est bien ce détail historique qui m’a un peu manqué, qui m’a laissée sur ma faim, cette petite révélation qui m’aurait permis de me dire « Ah oui, bien-sûr, dans tel film ça colle, dans tel autre, ça ne colle pas. » Là encore, je pinaille, car cet ouvrage est vraiment magnifique et suscite chez son lecteur, malgré tout, un superbe voyage dans le temps…

Quelques étapes du voyage

La vie privée...

À défaut de cerner exactement la personnalité du personnage historique, le réalisateur reprend au fond la mythologie de la reine vierge, celle qui a réussi à forger sa propre icône au cours d’un règne long de plus de quarante-quatre ans (…). La clé psychologique de la figure jouée par Bette Davis ? Un être écartelé, comme Garbo dans La Reine Christine, face à un dilemme entre femme privée et reine publique.

  • Barry Lyndon, film de 1975 réalisé par Stanley Kubrick avec Ryan O’Neal et Marisa Berenson :

Si l’action de Barry Lyndon s’ancre en principe entre la guerre de Sept Ans (1756-1763) et l’année 1789, il ne s’agit pas à proprement parler d’un film sur l’Histoire. (…) Lors de la bataille de Minden en août 1759 entre Français d’un côté et Anglais et Prussiens de l’autre, Kubrick se concentre ainsi sur l’aspect esthétique de l’affrontement entre uniformes bleu et blanc d’un côté et rouges de l’autre, avec son lot de fumées, de tambours et de drapeaux au vent, et non sur sa dimension historique. Ne confiait-il pas qu’il avait voulu restituer le XVIIIe siècle « tel qu’il se voyait lui-même », c’est-à-dire raffiné, spirituel et cultivé alors qu’il était aussi et surtout injuste, cruel et laid ?

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Si Autant en emporte le vent fascine, ce n’est assurément pas pour sa fidélité historique. Dans cette superproduction archétypique de l’âge d’or des studios, les esclaves noirs sont forcément épanouis et dévoués, l’organisation clandestine d’auto-défense que rejoint Ashley Wilkes – une analogie avec le Ku Klux Klan – est présentée sous son meilleur jour tout comme les confédérés, contrairement aux yankees de l’Union, dépeints comme des soudards et des brutes sanguinaires. On n’y croise aucun protagoniste majeur de l’affrontement Nord-Sud, ni Lee, ni Jackson, ni Grant. Le film s’apparente au fond à un film de guerre sans batailles, avec le spectacle de la mort (…) mais sans la gloire épique d’une vaste reconstitution.

Voilà pour ces quelques exemples, parmi tant d’autres que proposent cet ouvrage. À présent, quelques bonnes adresses pour compléter.

Poursuivre le voyage…

Le site (ou plutôt la page) qui a retenu mon attention et qui confronte très justement cinéma et histoire, c’est une page du site « La Boîte verte », qui propose 120 personnages historiques et les acteurs qui les ont incarnés.

Les personnages sont classés par ordre alphabétique, et tous les domaines sont représentés : du personnage religieux au politique, en passant par l’écrivain, l’artiste et le scientifique. On est frappé de voir combien d’incarnations ont pu avoir certains d’entre eux, et on y retrouve aussi bien Beethoven que Tony Blair, Albert Einstein ou Elvis Presley.

Une façon amusante d’appréhender l’histoire par l’intermédiaire du cinéma :

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Autre référence, le dossier très complet proposé par le Ciné-club de Caen : « Cinéma et histoire« , et qui, à l’instar de l’ouvrage de Guillaume Evin, offre une approche chronologique, et une sélection de films par période historique – parfois précédée d’une brève analyse (voir entre autres les rubriques « Moyen-âge », « Ancien régime » ou encore « La première guerre mondiale au cinéma ».

Pour compléter ces références, voici une petite sélection d’articles et de sites internet qui s’interrogent sur les relations entre histoire et cinéma :

Pour finir un petit échantillon de films et de séries…

3 films à voir ou à revoir

  • Après la pluie, film de 1999 réalisé par Takashi Koizumi d’après un scénario écrit par Akira Kurosawa, et dont je dois à un collègue la découverte récente. Le film nous plonge dans l’histoire captivante d’un samouraï sans maître, dans le Japon du XVIIIe siècle. Les personnages et les comédiens sont magnifiques, ainsi que la musique et les paysages. L’accord parfait !

après la pluie

  • Master and Commander, film de 2003 réalisé par Peter Weir. Sur fond de guerres napoléoniennes, la poursuite d’un vaisseau français par un capitaine anglais, incarné par Russell Crowe, et son équipage. On y retrouve la vie des marins, du simple mousse au capitaine, à bord d’un vaisseau militaire – batailles, punitions, mutilations, évocation de Nelson et prémices du naturalisme moderne lors d’une escale aux Galapagos.

master and commander

  • Le Discours d’un roi, film de 2010 réalisé par Tom Hooper, avec une pléiade d’acteurs britanniques magnifiques. L’histoire du futur George VI, incarné par Colin Firth, et de son combat contre le bégaiement, aidé d’un orthophoniste peu commun, Lionel Logue, joué par Geoffrey Rush.

le discours d'un roi

3 séries historiques

  • Rome, série en 2 saisons retraçant l’avènement au pouvoir d’Octave, futur empereur Auguste, depuis la fin de la Guerre des Gaule, sous les yeux de deux personnages fictifs : un centurion, Lucius Vorenus, et un légionnaire, Titus Pullo. Reconstitution magistrale !
  • The Borgias, série en 3 saisons, canadienne, hongroise et irlandaise (à ne pas confondre avec la série franco-allemande produite par Canal +), qui nous plonge dans l’Italie des Borgias, famille d’origine espagnole, dont le père, Rodrigo, incarné par Jeremy Irons, parvient à être élu Pape sous le nom d’Alexandre VI.
  • Boardwalk Empire, série produite par HBO et le réalisateur Martin Scorsese et Mark Wahlberg, se déroulant dans l’Amérique de la Prohibition, avec des personnages tels que Lucky Luciano ou Al Capone, dans les décors de New York, Chicago et Atlantic City.

Épilogue

On ne peut oublier que le cinéma, fruit de cultures différentes, tout autant fabrique des mythes, des civilisations et des événements historiques qu’il en est le témoin. Pour ne citer que deux exemples, Griffith, Disney, Ford, Capra, Spielberg, Lucas, ont construit l’Amérique tout autant qu’ils l’ont représentée, et les cinéastes de la Nouvelle vague ont jeté les premières bases de Mai 68 en prenant la défense d’Henri Langlois durant l’Affaire Langlois de février 68.

L’histoire du cinéma fait partie de l’Histoire. Ceci n’est qu’une petite aparté sans originalité pour clore cet hors-série sur quelques images, cette fois-ci de l’histoire du cinéma…

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Space opera et sagas de science-fiction

Ce nouvel article ne portera pas sur un seul livre, mais sur plusieurs livres consacrés à deux sujets en particulier, tout en m’appuyant pour cela sur deux parutions récentes.

J’ai déjà consacré quelques articles aux ouvrages traitant la question de la science-fiction, mais ces ouvrages étaient généraux : l’un, Nos années science-fiction, publié l’année dernière, revenait sur les séries télévisées de cet univers, de la Quatrième dimension jusqu’à X-Files, l’autre était consacré au cinéma, 100 ans de cinéma fantastique et de science-fiction.

Culture geek

Les deux parutions récentes auxquelles se consacre cet article seront, quant à elles, des ouvrages spécifiques, nous plongeant dans l’univers foisonnant et toujours en expansion – mais n’est-ce pas le propre de l’univers – d’une série télévisée et d’une saga de science-fiction en particulier.

Toutes deux sont des éléments fondamentaux de la culture geek. En tout cas leur perpétuel enrichissement répond parfaitement à la définition que David Peyron donne de cette culture, dans l’ouvrage qu’il lui avait consacré en août dernier.

Doctor Who

Privilège de l’âge, je commencerai par la série télévisée. En effet il s’agit de la série doyenne de la télévision, Doctor Who, dont on attend actuellement avec impatience, la saison 8 (première série de 26 saisons entre 1963 et 1989, deuxième série depuis 2005).

Son personnage principal, le Docteur, peut changer de visage de manière beaucoup plus logique que James Bond, puisqu’il s’agit d’un alien doué d’un pouvoir de régénération, et qu’il a donc connu, en l’espace de 50 ans, pas moins de 12 incarnations, si l’on compte le « war doctor » – la 13e ayant tout juste fait son apparition dans le dernier épisode.

Sources : tardib

Sources : tardib

Je ne vais pas faire un résumé de tout ce qui se passe dans cette série, je n’en viendrai jamais à bout. Disons juste que le Docteur voyage dans le temps et l’espace, à l’intérieur d’une cabine téléphonique de police, le TARDIS (Time And Relative Dimension In Space), un objet plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur, et qu’il est généralement accompagné – compagnons féminins mais pas toujours – afin de combattre les menaces qui pèsent sur l’univers.

Les amateurs de cet univers peuvent remplir des étagères entières de bibliothèques sur ce sujet. Pour ceux qui ne connaissent pas, je conseille une petite escapade à Londres, au magasin Forbidden Planet, où des rayons entiers de produits dérivés, DVD et Bluray, livres et jeux, sont dédiés au culte de Doctor Who, parmi d’autres jeux vidéos, films et séries télévisées de la culture geek. J’ai moi-même fait le voyage, et voici la « partie » de la vitrine réservée à Doctor Who :

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Des ouvrages sur Doctor Who, il y en a de très bons, mais la plupart ne sont disponibles qu’en anglais. En français n’ont été publiés que quelques-unes des aventures de Doctor Who mises en romans. Il n’existait jusqu’à ce jour aucun documentaire consacré exclusivement à cette série.

Les ouvrages documentaires sur le Docteur sont généralement publiés par la BBC, et sont vraiment excellents, tout en restant faciles d’accès à tous ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle. Quelques exemples :

Les deux premiers proposent un tour d’horizon quasi exhaustif de l’univers de Doctor Who, sous forme de dictionnaire ou d’encyclopédie – sachant que l’encyclopédie est également très agréable à consulter, vu le nombre d’illustrations qui la composent.

Le troisième reprend les principaux événements de la série, ce qui n’est pas rien, étant donné que nous sommes confrontés à un personnage de voyageur temporel. Il permet ainsi aux spectateurs de remettre les événements dans un ordre, sinon chronologique, du moins logique, et toujours avec beaucoup de richesse et d’approfondissements.

Ouvrage documentaire en français

Tout cela pour dire que la parution récente, et en français, d’un ouvrage consacré exclusivement aux personnages de Doctor Who, promettait, d’autant que ce dernier adopte la forme et la mise en page des ouvrages proposés par la BBC.

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Il s’agit de Doctor Who : L’encyclopédie des personnages, oeuvre de trois auteurs, Jason Loborik, Annabel Gibson et Moray Laing, publié dans sa version française en février 2014 par Huginn & Muninn.

Très bien illustré, on y retrouve les différentes incarnations du Docteur, ses compagnons (Rose, Martha, Amy, Rory, River…) et ses principaux alliés ou adversaires (Daleks, Sondariens, le Silence…).

Cependant l’ouvrage a un défaut majeur. Est-ce dû au fait que la maison d’édition est américaine, que la BBC n’a pris aucune part dans la conception de ce livre, si ce n’est en tant que consultant ?

(je tiens à dire au passage que je n’ai absolument rien contre les maisons d’éditions outre Atlantique et contre les américains en général, et que j’apprécie grandement le travail de Huginn & Muninn, notamment sur Harry Potter)

Les auteurs sont vraisemblablement eux aussi des passionnés de cette série, et ne sont pour rien, selon moi, dans le défaut de ce livre. Je pense que réalisé directement par la BBC, ou juste en Grande Bretagne, celui-ci aurait d’ailleurs pu être écarté.

Un livre pour enfants

En effet, L’encyclopédie des personnages est conçue pour des enfants – ou, en tout cas, elle semble s’adresser directement à eux. Elle consacre une page, une seule et unique page à chaque personnage, qu’il soit récurrent ou n’apparaisse que dans un épisode. Et comme les encyclopédies destinées aux enfants, elle s’attarde sur quelques détails vestimentaires des personnages, sans approfondir leur rôle, leur psychologie ou leur relation avec le Docteur.

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Prenons par exemple la onzième incarnation du Docteur, jouée par Matt Smith. Présenté dans le livre comme « gamin surdoué », sa fiche retient, entre autre : « élégant toupet, veste en tweed, pantalon slim ». Le texte au total peut tenir en une vingtaine de ligne seulement. Il fait quelques rappels mais n’est absolument pas exhaustif, et surtout il simplifie à l’extrême une histoire, certes farfelue, mais qui n’est absolument pas réservée aux enfants, loin de là.

Il faudrait donc suggérer aux auteurs et à l’éditeur de publier la version adulte.

Star Wars

Doctor Who a eu 50 ans, Star Wars vient d’avoir 30 ans. Là encore, possibilité d’enrichir sa bibliothèque d’ouvrages de qualité, et visite à Forbidden Planet hautement recommandée !

Parmi les ouvrages documentaires sympas que l’on peut se procurer sur le sujet, il y a notamment le Manuel du Jedi, le Livre des Sith et la Génération Star Wars, que j’avais déjà évoquée :

Cette Génération Star Wars revient sur les origines de cette saga, depuis les influences de George Lucas – ouvrages de science-fiction, Metropolis et autres films – jusqu’à l’épisode VI. Le livre prend la forme d’une chronique qui restitue année par année la construction de Star Wars.

Dernièrement, c’est à nouveau un ouvrage des éditions Huginn & Muninn qui est paru : Star Wars : aux origines du mythe.

star wars aux origines du mythe

Il s’agit d’un livre d’art – exclusivement des dessins – recensant les oeuvres d’artistes qui ont participé à la création de l’univers de George Lucas. Hormis une courte présentation, aucun texte dans ce livre, juste les dessins réalisés pour la trilogie, la prélogie, The Clone wars et les jeux vidéos inspirés par la saga.

C’est très beau, très évocateur. On y retrouve surtout des décors et une atmosphère, mais aussi les principaux personnages.

Pour les amateurs de la saga qui attendent l’épisode VII, feuilleter ce livre permettra, avec la rediffusion des épisodes précédents, de calmer leur attente… et peut-être de préparer la visite de l’exposition Star Wars identities qui se tient en ce moment à la cité du cinéma :

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