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Hors-série 1 : D’amour et d’étoiles. Bogart / Bacall

Bonjour à tous.

Voici le premier hors-série de l’été de Cinephiledoc.

Cette année, j’ai eu beaucoup de difficulté à choisir une thématique pour ces hors-série.

J’aurais pu me pencher, dans chaque numéro, sur un acteur ou un réalisateur, j’aurais aussi pu me consacrer à un film qui aurait suscité une très nombreuse littérature, j’aurais également pu piocher au hasard dans ma bibliothèque et évoquer telle ou telle lecture cinéphile.

J’ai cependant décidé de produire cet été quelque chose de plus léger, tant dans le thème que dans la forme. Je vous propose donc quatre numéros, chacun consacré à un couple mythique du cinéma, et aussi bien couple à la ville qu’à la scène.

Ces articles seront construits à chaque fois de la même manière :

  • brièvement, quel est ce couple ?
  • ai-je pu trouver mention sur Internet ou ai-je dans ma bibliothèque un (ou plusieurs) livre qui les réunit ?
  • quelques livres ou trouvailles sur internet qui leur sont consacrés séparément ;
  • un film mythique qui les réunit.

Pour le premier d’entre eux, j’ai choisi le couple emblématique qui, en quelque sorte m’a fait « entrer en cinéma » : Humphrey Bogart et Lauren Bacall.

Bogart et Bacall

Pour les néophytes, et en reprenant le mode de questionnement qu’affectionne Blow Up :

C’est qui ou plutôt c’est quoi Bogart et Bacall ?

Humphrey Bogart, né en 1899, est une icône masculine du cinéma hollywoodien, particulièrement savoureux d’abord dans des rôles de bad guys puis dans des rôles de détectives comme dans Le Faucon maltais. Il porte admirablement l’imperméable et le feutre, excelle dans l’ironie et le cynisme, et a, selon moi, la voix la plus irrésistible du cinéma avec Alan Rickman… Casablanca est le rôle de sa consécration, il le place sur un piédestal dont il ne descendra plus, même après sa mort en 1957, avec des rôles comme The African queen, pour lequel il remporte un Oscar.

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Lauren Bacall est née en 1924, elle rencontre Humphrey Bogart en 1944 sur le tournage du Port de l’angoisse, d’Howard Hawks, et tourne avec lui 3 autres films : Le Grand sommeil, Les Passagers de la nuit, et Key Largo. Merveilleuse dans La Femme modèle, exaspérante dans Le Crime de l’Orient-Express et dans Leçons de séduction, elle demeure inoubliable dès qu’on la croise dans l’un de ses films.

Évidemment, je résume à gros traits, il y aurait beaucoup plus à dire sur ces deux monstres sacrés, et d’ailleurs, cela a-t-il été tenté ?

Réunis dans un livre ?

Personnellement, je n’ai aucun livre dans ma bibliothèque, qui réunisse Bogart et Bacall. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser à ce couple, pour la petite histoire, j’étais au lycée. J’avais cherché dans les rayons cinéma des librairies, j’avais fureté dans les bibliographies des livres et j’avais tenté de trouver des pistes sur internet, ce qui était beaucoup moins facile à l’époque.

Et même le seul livre qui avait attiré mon attention sur le sujet ne l’avait pas retenue. Il s’agissait d’un ouvrage paru aux éditions Solar, dans la collection très logiquement appelée « Les couples célèbres » : Lauren Bacall, Humphrey Bogart : un amour sans nuages, de Jean-Marc Loubier.

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Rien que le sous-titre, ça vend du rêve, non ? J’ai dû, en tant que lycéenne, n’acheter qu’un livre de cette collection aujourd’hui disparue, celui consacré aux amours de Victor Hugo et de Juliette Drouet…

Bref, ai-je eu plus de chances aujourd’hui en cherchant un ouvrage sur Bogart et Bacall ? Absolument pas. Ai-je trouvé autre chose que des articles de magazines people ou féminin sur internet, si ce n’est un diaporama sur Allociné ? Non plus.

Et séparément alors ?

Côté Bogart…

Comme la plupart du temps lorsqu’il s’agit d’un acteur ou d’un réalisateur que j’admire (et lorsqu’il y a matière pour le faire), j’ai dans ma bibliothèque au moins deux ouvrages sur le sujet : une autobiographie ou une biographie particulièrement soignée (de préférence par un témoin direct) et un « beau livre » avec, là encore, une iconographie soignée.

Bogie n’a jamais écrit son autobiographie – c’est dommage, étant donné le nombre de citations et l’humour qu’on lui prête. Par contre, et j’ai déjà dû le mentionner dans un précédent hors-série sur les enfants de stars qui parlent de leurs parents, son fils, Stephen Bogart, a publié en 1996 une biographie, Bogart mon père (Bogart, In search of my father), préfacé par Lauren Bacall.

Bogart

Je ne m’étendrai pas trop sur ce livre, bien que j’en recommande vivement la lecture, puisque j’en avais déjà parlé : on y suit la vie de Bogart sous les yeux de son fils, à travers le récit de témoins directs, on y suit la trajectoire de ce fils qui d’abord se révolte puis accepte tout le poids de cet héritage paternel (et maternel). On y croise, en plus de ces deux icônes hollywoodiennes, d’autres visages pas moins impressionnants…

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Pour ce qui est du beau livre, il s’agit d’un très bel ouvrage en anglais, publié en 2006 pour le 50e anniversaire de sa disparition : Bogie, A celebration of the Life and Films of Humphrey Bogart, avec une préface de Stephen Bogart, une partie biographique par Richard Schickel, critique de cinéma, et une présentation de ses films par George Perry.

Les images sont magnifiques et le texte particulièrement émouvant, ponctué de citations de Bogart lui-même, de Lauren Bacall ou de Stephen Bogart.

Peut-être y’aura-t-il d’ici un an d’autres livres publiés sur Bogart, puisque nous arrivons au 60e anniversaire de sa disparition…

Et sur internet ?

Bogart a droit à des articles assez complets sur Wikipédia (même si celui en anglais est, évidemment, bien plus nourri que celui en français) :

Là où il a plus de chances que d’autres personnalités, c’est que son fils est personnellement impliqué dans le Humphrey Bogart Estate, qui est chargé de transmettre et de partager auprès des cinéphiles de tout poil, l’héritage cinématographique de Bogart. Cet Humphrey Bogart Estate dispose d’un site internet, d’une page Facebook, d’un compte Twitter et d’un Tumblr

Il me semble que peu de stars disparues peuvent se targuer d’une telle présence numérique !

Un festival cinématographique lui est également exclusivement consacré : http://bogartfilmfestival.com/Home.html

Et en vidéo ? Pour moi le plus bel hommage à Bogart reste le témoignage de Bacall, évidemment :

Côté Bacall

Lauren Bacall a, quant à elle, publié son autobiographie de son vivant, Seule (By myself), sortie à la fin des années 70 puis rééditée en français en 2005 aux éditions Michel Lafon.

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Il s’agissait pour moi d’une découverte captivante : le livre est très agréable à lire, et dresse un panorama très impressionnant de sa vie, depuis ses débuts durant l’âge d’or hollywoodien, son parcours avec et après Bogart, ses rôles plus récents, et, près de dix ans avant son décès, le portrait d’une femme décidée à s’impliquer encore dans des projets cinématographiques, ce qui donne une lecture des plus optimistes.

À côté de cette somme, malheureusement, peu d’autres ouvrages dignes d’intérêt. Et c’est justement pour cette raison que je n’ai rien de plus dans ma bibliothèque.

Sur internet, Bacall a également moins de chance que Bogart.

Certes, Wikipédia version française et version anglaise lui consacrent, là encore, deux bons articles :

Le site qui lui est dédié est beaucoup moins « institutionnel » qu’un Humphrey Bogart Estate, et beaucoup plus… comment dire… informel ? Je vous laisse juger.

En ce qui concerne les vidéos, j’ai réussi à trouver ce documentaire de la BBC, que je trouve assez impressionnant (mais la dame avait de quoi impressionner…) : https://www.youtube.com/watch?v=uR_lpSY5qUc

Pour ce qui est des rétrospectives sur sa carrière cinématographique, je n’ai pas été très satisfaite non plus par ce que j’ai trouvé, j’indique donc juste une vidéo, à titre d’exemple :

Pour moi, encore une fois, ce qui lui rend le plus justice, c’est finalement le documentaire où elle évoque Bogart.

Un film avec Bogart et Bacall

Parmi les quatre films qu’ils ont tourné ensemble, j’ai toujours du mal à choisir lequel est mon préféré. Et pourtant, même si j’adore le premier, Le Port de l’angoisse (To have and have not), même si deux d’entre eux ont été réalisés par Howard Hawks et un par John Huston, même si le 2e (Le Grand Sommeil) est une enquête policière incroyablement complexe qui déborde de sex-appeal, et même si le dernier est un huis-clos étouffant en pleine tempête sur une île (Key Largo), j’en reviens toujours au 3e :

Les Passagers de la nuit (Dark Passage) de Delmer Daves.

Et c’est sur les images de ce film, histoire d’amour magnifique entre un évadé de prison qui change de visage et une jeune artiste peintre persuadée de son innocence, que je vous laisse :

Car il faut bien tout de même que je mette un peu de douceur dans ces hors-série, et qu’elle vous accompagne jusqu’au prochain !

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Classé dans Bibliothèque cinéphile

Tout ce que tu as à faire c’est… siffler.

J’interromps mon cycle de hors-série de cet été pour un article qui restera assez court, mais toujours cinéphile.

Hier Robin Williams, aujourd’hui Lauren Bacall, on ne peut pas dire que l’été nous épargne. Et si, certes, lorsque je me suis levée hier, j’ai partagé la vague d’émotions suscité par la mort du Capitaine, notre Capitaine, de Peter Banning, Pan, Banning, Pan… et si j’ai revu les scènes drôles et bouleversantes de ses films, je ne m’attendais pas à être encore plus émue ce matin.

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Et j’avais tort. Si avec Robin Williams disparaissait l’incarnation de mon enfance cinéphile, de Hook, et Jumanji au Cercle des poètes disparus, avec Lauren Bacall, je perd l’un des symboles qui m’a éveillée, réellement, au cinéma.

Flashback…

Dans une scène de la Nuit américaine, le metteur en scène, Ferrand, incarné par François Truffaut, reçoit un colis de livres ayant pour sujet différents réalisateurs qu’il admire (autant Ferrand que Truffaut). Parmi eux, Hitchcock, Fritz Lang, Bergman, et Hawks. Cette scène a eu l’effet pour moi, lorsque je l’ai vu alors que j’étais au lycée, de conseils de lecture.

Je me suis dit que j’allais découvrir, au fur et à mesure, les réalisateurs qui apparaissaient sur la table de Ferrand. Hitchcock, je connaissais déjà plutôt bien. J’ai donc décidé d’aborder l’autre H, Howard Hawks, et j’ai profité de certaines vacances pour aller faire connaissance avec les petites salles parisiennes, le Grand Action, l’Action école, l’Action Christine, qui projetaient des rétrospectives de ces films.

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Autant dire que je me souviens avec émotion du premier de ces films, que j’étais allée voir avec mon père, et qui n’était autre que Le Port de l’angoisse… Premier film d’une longue redécouverte de l’histoire du cinéma, premier film où j’ai rencontré Bacall et Bogart, premier film qui m’a donné envie de me plonger dans la filmographie de l’un et de l’autre, et l’un des premiers films, avec ceux de Truffaut, à m’avoir appris à aimer le cinéma.

Lauren Bacall était pour moi une icône, ce qu’elle était évidemment pour beaucoup. J’ai découvert ses films, et j’ai parcouru sa vie – son autobiographie est l’une de celles qui figurent en bonne place dans ma bibliothèque. Elle m’a donné certains de mes meilleurs souvenirs cinématographiques… en voici quelques-uns aujourd’hui.

Bacall et Bogart

Si les amoureux du cinéma connaissent Lauren Bacall, c’est d’abord parce qu’ils aiment (aussi) les histoires d’amour. C’est parce qu’ils savent que sur le tournage de son premier film, Le Port de l’angoisse, Lauren Bacall, jeune débutante de 20 ans, de son vrai nom Betty Perske, a rencontré Humphrey Bogart, star de Casablanca de 25 ans son aîné. C’est durant ce tournage qu’elle acquiert son surnom « The Look », le regard, et que naît ce couple mythique… Bogart et Bacall.

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Les cinéphiles savent également que Bacall détestait ce prénom choisi pour elle, Lauren, que ses amis l’appelait Betty, et que Bogart l’appelait Baby. Cessons à présent de nous intéresser aux détails glamour de cette histoire pour nous concentrer sur les films.

Bogart et Bacall ont tourné quatre films magnifiques ensemble, deux sous la direction d’Howard Hawks, Le Port de l’angoisse et Le Grand sommeil, un dirigé par Delmer Daves, Les Passagers de la nuit, et un par John Huston, Key Largo.

  • Le Port de l’angoisse (To have or have not), sorti en 1944, raconte l’histoire d’Harry Morgan, vieux loup de mer vivant à Fort-de-France en pleine occupation vichyste. Il loue son bateau à de riches touristes américains, puis décide, afin d’aider Marie, jeune américaine esseulée, de se mêler de politique et de venir en aide à des résistants français.

Ce film est un petit bijou qui mêle l’action, l’humour, le suspense, et l’amour. La scène de rencontre entre Bacall et Bogart est bien entendu devenue culte, puisqu’elle « l’allume » littéralement, en lui demandant s’il a des allumettes…

Dans l’une des scènes suivantes, elle lui fait savoir que pour l’appeler, il n’a qu’à la siffler :

Dans une autre, où il l’embrasse, elle lui dit, de mémoire, que la prise est bonne, sauf la barbe, et lui suggère de se raser, avant d’en faire une autre. Chacune des scènes où ils sont ensemble possède le même magnétisme où se mêlent séduction et humour.

  • Cette séduction et cet humour se retrouvent dans leur film suivant, Le Grand sommeil (The Big sleep), toujours sous la direction d’Howard Hawks, où Bogart incarne le détective privé Philip Marlowe de l’écrivain Raymond Chandler.

Dans ce film, Marlowe doit résoudre les problèmes de chantage, ente autres que rencontrent un général à la retraite, bien préoccupé par les vies dissolues que mènent ses deux filles. L’une d’elles est un vrai bébé suçant toujours son pouce, l’autre, c’est Bacall. Classe, élégance, humour noir aux subtiles allusions sexuelles, et dont on s’étonne encore aujourd’hui qu’elles aient pu échapper à la censure…

  • Les Passagers de la nuit (Dark Passage) de Delmer Daves. Ce film a été jugé moins bon que les précédents, mais je le trouve fabuleux pour au moins deux raisons.

D’abord, parce que Bogart, incarnant un évadé de prison, joue toute la première partie du film en « caméra subjective ». Si l’on entend, et reconnait très bien sa voix, on ne fait que le suivre… jusqu’à ce qu’il subisse une opération de chirurgie esthétique, propre à le rendre méconnaissable… et reconnaissable pour nous. Ensuite, parce que c’est une magnifique histoire d’amour dans ce film, moins basée sur l’humour et beaucoup plus sur le romantisme entre les deux acteurs.

  • Key Largo, dirigé par John Huston. Dernier film du couple, tourné en 1947. Dans ce film, Frank (Bogart) se rend dans un hôtel sur l’île de Floride de Key Largo, dirigé par le père d’un ami de guerre. Il fait connaissance de sa veuve, Nora. L’hôtel est ensuite investi par des mafieux, avec lesquels Frank, Nora et son beau-père, vont se retrouver cloîtrés, par un ouragan.

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L’âge d’or hollywoodien

Mais Lauren Bacall, ce n’est pas seulement les quatre films qu’elle a tournés avec Bogart. C’est également une filmographie où elle partage l’affiche avec les plus grandes stars hollywoodiennes. J’en retiendrai trois.

  • Comment épouser un millionnaire ? (How to marry a millionnaire) sorti en 1953, comédie où elle partage l’affiche avec Betty Grable et Marilyn Monroe. Trois jeunes femmes new-yorkaises cherchent à « ferrer » des millionnaires en utilisant toutes leurs ressources financières et de séduction.

Bacall y joue « l’élément intellectuel » de la petite bande, qui essaye d’expliquer à ses deux copines à quoi l’on reconnait un millionnaire, qui éviter et avec qui accepter de sortir… même si les apparences sont souvent trompeuses, ce qu’elle apprendra à ses dépends… On trouve dans ce film une scène mémorable où elle tente de convaincre un veuf très riche qu’elle n’est pas trop jeune pour lui… elle lui cite alors quelques vieux acteurs qu’elle adore, dont ce « vieux type de l’African queen« , et qui n’est autre que Bogart.

  • La Femme modèle, de Vincente Minnelli, tourné en 1957, avec Gregory Peck. Un film musical très drôle, où les personnages, parfois narrateurs, sont de mauvaise foi : ils disent quelque chose que l’image démentit presque immédiatement. Bacall y incarne une créatrice de mode, toute en classe et en élégance, qui tombe amoureuse d’un journaliste sportif. Aucun film ne démontre mieux que les contraires s’attirent.
  • Le Crime de l’Orient-Express (1974) de Sidney Lumet. Film qui regroupe toute une pléiade d’acteurs hollywoodiens : Albert Finney qui incarne Hercule Poirot, Sean Connery, Vanessa Redgrave, Ingrid Bergman, Anthony Perkins ou encore Jean-Pierre Cassel. On y retrouve donc l’intrigue d’Agatha Christie, magistralement dirigée et jouée par tous ses grands acteurs et dans laquelle Bacall y incarne elle-même une comédienne avec une rare perfection !

Plus récemment…

Jusque très récemment, des films ayant Bacall à l’affiche sortaient encore, sous la caméra d’un réalisateur exigent (Dogville, de Lars von Trier) et avec un casting prestigieux. Je retiendrai un film que j’ai déjà évoqué, Leçons de séduction (The Mirror has two faces), de et avec Barbra Streisand, où elle incarne la mère de cette dernière, une « mère juive » intrusive, agaçante, exaspérante et majestueuse…

Lauren Bacall ne s’est jamais départie de son humour et de son élégance et pour moi elle restera à jamais une femme modèle.

Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur cette icône du cinéma, plongez-vous dans son autobiographie :

  • Seule, Lauren Bacall, éditions Michel Lafon, publié en 2005.

et pour quelques esquisses, dans le livre que Stephen Bogart avait consacré, il y a quelques années, à son père… et préfacé par Bacall :

  • Bogart, mon père, Stephen Bogart, éditions Denoël, publié en 1996.

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Hors-série n°3 : Mon père ce héros, ma mère cette icône !

Première partie.

Ils sont, sinon les premiers spectateurs de nos « stars », du moins les plus intimes. Ils ne les connaissent pas comme nous les connaissons. Ils font la différence entre le nom de scène, s’il existe, et le nom privé, entre les instants du quotidien et ceux de la pleine lumière, de la vie publique. Ils ont une image de la « star » parfois infiniment plus idyllique que la nôtre, parfois diamétralement opposée. Ce sont les enfants de célébrités.

Ils écrivent souvent sur cet être mystérieux qu’ils ont côtoyés et face auquel il a fallu lutter pour émerger en tant qu’être propre, en tant que personnalité à part entière, et pour ne pas se limiter à être « fils de » ou « fille de ». Parfois, leurs écrits sont des règlements de compte – je pense particulièrement aux ouvrages de Michaël Chaplin (que j’ai déjà évoqué), de la fille de Bette Davis ou encore de celle de Joan Crawford. D’autres sont des déclarations d’amour. Parfois, plus trivialement, ce sont des opportunités financières. Mais ce sont surtout, et avant tout, des témoignages de premier plan. En voici quelques exemples.

A la recherche du père, ce quasi inconnu…

Il y a quelques années, quand j’ai commencé à m’intéresser au cinéma, l’acteur qui m’a le plus fascinée, au point que je voulais voir le plus de films possibles et lire le plus de choses sur lui, était Humphrey Bogart. Tout naturellement, lorsque j’ai appris que son fils Stephen avait publié un ouvrage sur lui, j’ai souhaité me le procurer.

Bogart

Bogart, mon père (Bogart : In search of my father, en anglais) est un texte très émouvant, de la part d’un enfant qui a perdu son père très jeune et qui a dû se construire contre lui (révolte, enfance difficile, il est renvoyé de toutes les écoles et devient accro à la cocaïne) avant de se reconstruire avec lui.

Le texte alterne le récit des « retrouvailles avec Bogart » – comment Stephen Bogart apprend à se souvenir de son père, en particulier au contact de sa mère, Lauren Bacall, durant la visite de l’ancienne demeure familiale – et la biographie de ce père. Il alterne récit de l’expérience personnelle, tantôt éprouvante, tantôt exaltante, du « fils de », et plongée dans la vie de Bogart :

Le fardeau le plus lourd que j’aie jamais eu à porter est la célébrité de mon père.

Elle a souvent entravé le cours de conversations banales. Elle a fait de moi l’objet d’attentions dont je me serais bien passé et m’a certaines fois privé d’attentions qui m’auraient fait plaisir. Elle m’a quelquefois rendu méfiant vis-à-vis de gens fort sympathiques. Elle m’a, je suis le premier à le reconnaître, aigri. Elle est un sujet dont, jusqu’à aujourd’hui, je refusais de parler.

Je ne suis pas le seul heureux légataire de ce problème. J’ai parlé à d’autres enfants de stars, et c’est toujours la même chanson. La gloire de l’un ou l’autre des parents exerce, semble-t-il, une poussée inverse sur leur progéniture ; leurs ailes de géant empêchent leurs rejetons de marcher.

Pour reconstituer la « mosaïque » Bogart, Stephen Bogart est allé à la rencontre de témoins illustres, directs et indirects, de ce que fut son père : réalisateurs, scénaristes, acteurs. Famille et amis. D’un bout à l’autre de ce livre prenant et énigmatique, nous entendons la voix de Bogart, celle de Bacall – qui en a rédigé la préface – et nous pénétrons dans une galerie de portraits impressionnante : John Huston, Bette Davis, Katharine Hepburn, Spencer Tracy, et bien d’autres.

Mais ce livre, c’est aussi la construction de « vies parallèles ». Le père et le fils, qui tantôt s’éloignent, tantôt se rapprochent, pour enfin, au bout d’une quête et d’un hommage, mieux se réconcilier.

Ecrire et réécrire le père à l’infini

L’un des enfants les plus prolifiques sur son père est Clelia Ventura, qui a publié durant ces dix dernières années, quatre ouvrages sur Lino Ventura.

Lino Ventura

  • Le premier d’entre eux, Lino, tout simplement, publié en 2003 aux éditions Robert Laffont, mêle, comme son sous-titre l’indique, les souvenirs d’enfance et les recettes de familles.  On y croise d’autres bons vivants (Gabin, Jacques Brel, Carmet, Audiard) et l’on découvre anecdotes et recettes qui font sourire, à l’italienne.
  • Le second est une biographie, publiée en 2004. C’est un très beau livre (mon préféré parmi cette liste), intitulé Lino Ventura : une leçon de vie. On y retrouve le témoignage de ceux qui ont côtoyé Lino Ventura, proches et partenaires, et on le redécouvre grâce aux photos, documents et manuscrits que nous offre ce livre.
  • Signé : Lino Ventura a été publié à l’occasion des vingt ans de la disparition de l’acteur, en 2007. A nouveau un beau livre qui évoque Ventura à travers vingt films, avec photos et documents rares.
  • Enfin, le petit dernier, publié l’année dernière, pour les 25 ans : Lino Ventura, Carnet de voyages.

Comme s’il fallait là encore reconstituer un puzzle et restituer au public, derrière la simplicité de l’image publique, sinon toute la complexité, du moins toute la richesse de ce père, que nous, nous ne connaissons pas.

La mémoire de la mère

Au féminin, l’un des livres qui me plait le plus, c’est celui de Giulia Salvatori sur sa mère, Annie Girardot. J’aime Annie Girardot, sa voix, sa gouaille. Annie Girardot dans La Zizanie, dans La Gifle, et surtout dans Tendre Poulet, même si je connais encore mal ses rôles dramatiques, à l’exception de La Corde raide – je n’ai pas encore vu Rocco et ses frères, Mourir d’aimer, ou Docteur Françoise Gailland.

J’étais très jeune encore quand elle est apparue, à la cérémonie des Césars, figure en noir et blanc dans un monde en couleurs, et où elle a fait cette déclaration d’amour bouleversante au cinéma, et où je me souviens avoir pensé, en moi-même, « Mais qui c’est celle-là ? Pourquoi est-ce qu’elle pleure comme ça ? » Ce n’est que plus tard que j’ai été émue.

Giulia Salvatori a publié deux ouvrages sur sa mère. Le premier en 2007, Annie Girardot : La mémoire de ma mère. Le second, celui qui est dans ma bibliothèque, est un magnifique livre publié en 2012, une biographie richement illustrée, avec de nombreux témoignages : Annie Girardot, un destin français.

Annie Girardot

Le livre se referme sur cette citation de Girardot :

Ne garder que le fantastique, l’incroyable, l’irréel, voilà pour moi la vérité. Les rondes enfantines, les confitures de nos grands-mères, la sagesse, la coquetterie, pourquoi pas ? La liberté de m’envoler, d’extrapoler… Chercher, inventer encore et  toujours le temps qui passe si vite, peur d’oublier quelque chose avant le grand voyage.

Portrait d’une mère en ange

Le dernier ouvrage que je retiendrai, pour cet article, c’est celui, très émouvant, qu’a écrit Sean Hepburn Ferrer sur sa mère, Audrey Hepburn. Il a été publié (en français) en 2004 aux éditions Plon et est difficile à trouver aujourd’hui.

Audrey Hepburn

Ce texte, Audrey Hepburn : Un fils se souvient, est une véritable déclaration d’amour d’un fils à sa mère. La préface l’évoque ainsi :

Longtemps après ma mort et bien après celle de mon cerveau (…) je me souviendrai de tout… y compris des parfums. Je ferme les yeux et mon nez… se rappelle : son parfum, poudré, élégant, réconfortant, puissant – l’essence de l’amour inconditionnel.

La suite ? Une succession d’images touchantes de simplicité et de grâce, telle que non seulement, nous l’imaginons – incomparable Audrey Hepburn de Diamants sur canapé, de Vacances romaines, de My fair lady, de Guerre et paix, de Sabrina – mais aussi telle que, vraisemblablement, elle était.

Car si parfois nous découvrons complètement une personnalité inconnue, sous la plume des enfants de célébrités, il arrive aussi que parfois, en de rares occasions, nous retrouvions de manière singulière quelqu’un que nous avions l’impression de connaître, dans une parfaite communion. Et ce à quoi nous avons accès, ce n’est pas seulement la rencontre d’une intimité, mais la confirmation que oui, cet être était bel et bien comme nous l’imaginions.

Suite de cet hors-série le mois prochain !

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