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Hors-série 3-2014 : peinture et cinéma

Le troisième hors-série de l’été est consacré à l’inspiration que suscite la peinture chez les réalisateurs et, dans une très moindre mesure, à l’influence du cinéma sur la peinture.

HORS-SÉRIE

Lorsque l’on regarde un film, on est plus ou moins sensible à ce qui se passe sur l’écran : portrait ou paysage, nature morte, composition d’un tableau vivant, zoom, ralenti, décors, couleurs, et tous ces éléments pour lesquels un vocabulaire technique élaboré est requis.

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Certes, on ne sera pas toujours sensible à la même composition du « tableau », suivant le genre de films qu’on affectionne le plus : les uns apprécieront les explosions, les vitres qui se brisent, le choc des combats, les cascades audacieuses, les autres la solitude d’un personnage face à lui-même, le bruissement des arbres d’une forêt, ou la menace insidieuse que propose un motel au bord d’une route, ou un palace isolé par l’hiver…

Maison Bates Psychose

Maison Bates Psychose

L’érudit y retrouvera l’influence de tel ou tel peintre, la prédominance de telle ou telle couleur ou l’hommage à telle ou telle oeuvre.

Entrecroisement d’influences…

Tout en lisant la référence que je vous proposerai aujourd’hui, et tout en préparant cet article, je n’ai pas pu m’empêcher de repenser à toutes sortes de films ou de scènes dont le souvenir reste pour moi principalement « visuel », pas seulement parce qu’il s’agit de cinéma, et que l’impression première est celle suscitée par l’écran, mais parce que ces films, ou ces scènes, m’ont bel et bien marquée par leur composition…

Évidemment, la première image qui me vient, ce sont celles de dessins animés. Lorsque je regarde un Disney ou un Miyazaki, ce n’est pas forcément les personnages qui m’intéressent : je pense aux images de Fantasia sur la musique de Stravinsky ou de Beethoven, aux forêts de Bambi, à la savane du Roi Lion, je pense aux paysages de Princesse Mononoké, à l’incroyable Château dans le ciel, et aux décors du Voyage de Chihiro.

Je pense au portrait du roi, bien peu flatteur, dans Le Roi et l’oiseau, aux paysages surréalistes de Gandahar, et au New York évoqué par Don Bluth dans Fievel et le nouveau monde.

Les films dont je garde principalement le décor en mémoire vont de Metropolis jusqu’au Seigneur des anneaux, en passant par Rebecca d’Hitchcock, L’Aigle à deux têtes de Cocteau, Citizen Kane de Welles, Autant en emporte le vent, Gatsby le magnifique (version de Coppola), Out of Africa, Le Docteur Jivago, Barry Lyndon (encore), Danse avec les loups ou encore Tigre et dragons ou Après la pluie, que j’ai mentionné dans l’article précédent

Cinéma et peinture

La plupart de ces films, à l’exclusion des films d’animation, sont mentionnés dans l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui.

cinema et peinture

Ce livre, Cinéma et peinture, de Joëlle Moulin, est paru en octobre 2011 aux éditions Citadelles & Mazenod, maison principalement spécialisée dans l’édition de beaux livres d’arts. Et à tout point de vue, en ce qui concerne cet ouvrage, il s’agit d’un beau livre, à destination des amoureux de ces deux arts. Toutefois, dès son introduction, l’auteur prévient :

ll ne s’agit pas (…) ici d’une histoire des rapports de la peinture et du cinéma, mais d’une réflexion sur la présence de la peinture dans le cinéma ; présence évidente lorsque le film prend pour sujet la vie d’un artiste, moins immédiate lorsqu’elle relève de la connivence d’images (…). Si la référence picturale est donnée dans le premier cas, dans le second elle implique une part de subjectivité, voire d’intuition.

L’ouvrage ne prétend pas être exhaustif, il parcourt au contraire quelques univers d’artistes – peintres ou réalisateurs – et quelques-unes de ces heureuses rencontres qui se sont faites entre les deux, et que le spectateur, pourvu que son regard reconnaisse, soit amateur d’art, peut saisir ou non.

Joëlle Moulin étudie en premier partie de son livre trois films consacrés au peintre Van Gogh : l’un de Minnelli avec Kirk Douglas, l’autre de Pialat avec Jacques Dutronc, le troisième de Kurosawa, chacun intégrant cet univers d’artiste à son propre univers, et à sa manière.

Inspirations picturales

Puis elle s’aventure chez différents cinéastes dont chacun s’est inspiré – pour un film ou pour toute sa filmographie – d’un courant artistique ou d’un artiste en particulier. Renoir pour Renoir, évidemment, Gainsborough pour le Barry Lyndon de Kubrick (encore et toujours) :

Kubrick s’est inspiré de Thomas Gainsborough, puisant chez le portraitiste l’élégance et la délicatesse des tenues. Le double portrait de Mr. et Mrs. William Hallett (1785) est un des modèles pour Barry Lyndon/Ryan O’Neal et son épouse Lady Lyndon/Marisa Berenson. Le visage lisse de Barry, fermé et peu disert sous son masque blanc et ses cheveux poudrés, et les patrons des habits, la finesse diaphane des étoffes sont directement décalqués sur le portrait peint, de même que l’attitude compassée et la pédanterie détachée du monde qui s’accordent au fatalisme de leur destin.

Sources : toutlecine.com

Sources : toutlecine.com

Mais aussi la peinture allemande, certes pour les réalisateurs allemands, mais aussi pour des réalisateurs hollywoodiens tels que Fleming, Welles, ou encore Hitchcock :

La clarté lunaire (encore à la Friedrich), qui a permis d’apercevoir un Tara non démoli à la fin de la guerre, dévoile chez Hitchcock le manoir de Manderley lors du prologue de Rebecca (1940). Manderley a été ravagé par un incendie et ses trous béants évoquent le Château en ruine (1847) de Böcklin, « une coquille vide », constate en voix off la narratrice, un lieu hanté. La métaphore convient également au palais de Xanadu saturé d’épaisses nappes de brouillard dans Citizen Kane (1941) d’Orson Welles. Peint sur verre sous l’égide du décorateur Perry Ferguson et toujours situé en arrière-plan, le palais ressemble à la lointaine citadelle du Chevalier, la Mort et le Diable de Dürer.

Sources : wikipédia

Sources : wikipédia

Par la suite, Joëlle Moulin aborde d’autres thématiques tout aussi captivantes : les tableaux au cinéma (on y retrouve le fameux tableau de Caroline de Winter dans Rebecca, qui va attirer tant d’ennuis à la narratrice, mais également participer à la résolution de l’intrigue), l’influence d’Edward Hopper chez plusieurs cinéastes, dont toujours Hitchcock, les modèles chers aux cinéastes (aussi bien moraux que physiques), la représentation de la modernité, l’autoportrait, ou encore 2 exemples de cinéastes peintres.

Pourquoi lire ce livre ?

D’abord parce que, malgré son incroyable érudition – qui va questionner une référence, puis une autre, puis encore une autre, et fonctionner par associations d’idées artistiques, littéraires et cinématographiques – l’auteur n’abandonne jamais son lecteur.

Ensuite, parce qu’il s’agit avant tout d’un livre d’art, magnifique, avec des reproductions de tableaux et des photographies de films en pleines pages et que le lecteur peut toujours associer un tableau à un film.

Enfin, parce que le cinéphile averti va retrouver à cette lecture tout un foisonnement d’images : la maison de Psychose inspirée par Edward Hopper, les westerns et la représentation de l’ouest américain, les grandes stars de Hollywood, de Clint Eastwood à Meryl Streep, et les apparitions de Chaplin, d’Hitchcock, de Welles, entre autres, dans leurs propres films.

Apparition d'Hitchcock dans Les Oiseaux

Apparition d’Hitchcock dans Les Oiseaux

Qu’il soit féru de peinture ou de cinéma, ou des deux, le lecteur pourra compléter cette lecture par ces quelques ouvrages :

  • Le Décor au cinéma, de Jean-Pierre Berthomé, aux éditions des Cahiers du cinéma, 2003.
  • L’Amérique évanouie, de Sébastien Clerget, paru en novembre 2013 aux éditions Rouge profond, et ayant fait l’objet d’un précédent article.
  • Affiches de cinéma, de Dominique Besson, aux éditions Citadelles & Mazenod (comme Cinéma et peinture) et paru en 2012.
  • Et toujours chez le même éditeur, et à venir, (une sortie que j’attend avec impatience, quoique son prix me refroidisse quelque peu… gloups !!!) : L’art du cinéma de Jean-Michel Frodon, à paraître en septembre 2014.

Et sur Internet ?

Comme d’habitude, on retrouve sur le site du Ciné-Club de Caen un dossier assez complet qui s’intéresse aux relations cinéma/peinture, peinture/cinéma. Le dossier renvoie également à d’autres pages du site, qui se penchent plus précisément sur :

Le site Cadrage.net propose également un dossier sur le sujet : peinture et cinéma, cinéma et peinture, avec un article d’Alexandre Tylski « Cinéma et peinture : Dans le sens des toiles », publié en 2001, avec à la fin une filmographie et une bibliographie.

Enfin on trouve sur Wikipédia un article, malheureusement encore à l’état d’ébauche, et ne citant pas suffisamment ses sources, sur le Peintre au cinéma. Néanmoins la filmographie proposée est très riche.

Voir également cette vidéo proposée par Arte :

 3 suggestions de films à savourer visuellement

Comme d’habitude, je vais essayer de ne mentionner que des films qui n’ont pas encore été évoqués tout le long de cet article.

  • Le Château ambulant de Hayao Miyazaki. Il reste ma première découverte du cinéma d’animation japonais et j’ai toujours admiré les incroyables structures de ce château, les paysages ruraux et urbains proposés par Miyazaki. À noter que c’est aussi une des choses que j’ai aimé dans son dernier film, Le Vent se lève, si triste et si contemplatif…
  • Sur la route de Madison, de Clint Eastwood, avec non seulement les paysages américains mais cette manière magnifique de filmer Meryl Streep, et de se filmer lui-même.
Roseman Bridge Source : Wikipédia Auteur : Lance Larsen

Roseman Bridge
Source : Wikipédia
Auteur : Lance Larsen

  • Le dernier film de Ken Loach, que j’ai beaucoup aimé, Jimmy’s Hall, et qui permet de découvrir quelques paysages de l’Irlande, au gré des conflits du héros avec les conservateurs et l’église catholique irlandaise.

Des séries comme des peintures

  • les téléfilms de la BBC ayant adapté Jane Austen, dont notamment l’adaptation d’Orgueil et préjugés avec Colin Firth (pas tout à fait série mais disponible en coffret).
  • la reconstitution de l’Amérique des années 50 dans Mad men, et de l’Angleterre des années 1910 dans Downton Abbey.
  • à nouveau, la série The Borgias, avec Jeremy Irons, déjà évoquée dans l’article précédent, et dont le générique est une merveille inspirée des tableaux de la Renaissance.
  • et je ne parle pas de Game of thrones, dont l’une des qualités, parmi tant d’autres, est celle des décors et des costumes…

Bonne dégustation visuelle et à bientôt !

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The city that never sleeps

Fin 2013, j’avais consacré un article à un ouvrage faisant la part belle aux paysages américains. Aujourd’hui, pleins feux sur New York, et évidemment, quoi de mieux qu’une bonne chanson pour introduire cela :

(j’ai choisi la vidéo la plus visuelle)

Dans La Ville au cinéma, ouvrage déjà mentionné, au moins deux articles traitent de New York au cinéma, dans le chapitre « Villes cinématographiques ». Voici quelques lignes de l’un d’eux, « New York, un Etat uni », sous la plume de Sophie Body-Gendrot :

New York, tel Janus, a deux visages. L’un, décrié par les non New-yorkais, est arrogant, surfait, brutal, épuisant. On dit facilement qu’à New York, on est burnt out, consumé par l’intensité de la vie quotidienne. L’autre visage est un kaléidoscope ouvert, infini, démultiplié mais familier (…).

Depuis un siècle, les films ont fabriqué la ville mythique de notre imaginaire. Film après film, Scorcese, Lumet, Minnelli, Allen, Wyler, Hitchcock en ont dressé les câblures, les murs, les tourelles, les rues et les ponts et en ont fait une ville si dense dans sa texture, si riche dans sa conception qu’ils lui ont conféré une étonnante présence, soit un sens du lieu à nul autre pareil. (p.509-510)

New York, plan monument

Que ce soit dans les films de science-fiction, les comédies romantiques, les films noirs, n’importe quel genre, n’importe quelle époque, New York est comme Paris, une merveilleuse carte postale aux plans monuments idéaux – pour cette notion de « plan monument », voir la vidéo du Fossoyeur de films sur les 10 pires clichés du cinéma, youtubeur dont je dois la découverte à Eva, de Thèse antithèse foutaises.

Wikipédia recense 618 films se déroulant à New York et 93 séries télévisées. N’importe qui peut donc y trouver son compte : du plus ancien film parlant, Le Chanteur de jazz, au plus récent tel que le Casse-tête chinois de Klapisch (suite un peu décevante de L’Auberge espagnole et des Poupées russes), du classique romantique Quand Harry rencontre Sally au film catastrophe Deep impact, de How I met your mother aux innombrables séries policières. En ce qui concerne les séries, ma préférence va à Friends, à ses vues de buildings et à son Central Perk.

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Guide de New York à l’usage du cinéphile

Parmi ces 618 films, et sans parler des séries, les auteurs de New York fait son cinéma, ouvrage paru en février 2014 aux éditions du Chêne, ont fait une sélection. Barbara Boespflug et Béatrice Billon ont-elles choisi les films les plus visuels, ceux dont les lieux de tournage sont devenus les plus évocateurs aux amoureux de New York ? Peut-être…

Toujours est-il qu’on ne peut pas leur reprocher d’avoir dû faire un choix, dans lequel figurent principalement des films récents (40 dernières années), à l’exclusion peut-être de King Kong, de Diamants sur canapé ou de Sept ans de réflexion.

new york fait son cinéma

Si l’on retrouve à l’intérieur quelques-uns des monuments et des points de vue de New York les plus célèbres – Empire State Building, Pont de Brooklyn, Statue de la liberté, zoo de Central Park – la grande majorité des lieux mentionnés sont des restaurants, des hôtels et, dans une moindre mesure, des magasins, le tout organisé par zones géographiques.

Ainsi joint au souvenir cinématographique y’a-t-il la possibilité d’un achat, plus ou moins onéreux, d’une consommation ou d’une réservation. On ne revit pas seulement la scène du film, on se l’approprie en y jouant à son tour.

Un film, un lieu

La présentation de ce guide est des plus simples : une double page par lieu. Un côté texte, un côté images, parfois suivi d’une double page supplémentaire d’images. Très visuel donc, très agréable.

Si l’ouvrage est consacré aux films ayant New York pour décor, le texte ne mentionne que très brièvement la scène du film, une à deux lignes, pour se concentrer sur le lieu en lui-même, parfois avec quelques anecdotes propres au film. Ce parti-pris peut sembler un peu dommage : le texte n’explicite pas toujours le choix du lieu ou les circonstances du tournage, sauf peut-être pour les monuments ou les lieux filmés en extérieur, mais au moins le guide garde toute sa fonction de guide.

Sources : Allociné

Sources : Allociné

Petit florilège :

L’un des cafés de Vous avez un message, comédie romantique avec Tom Hanks et Meg Ryan, le théâtre de Black Swan, la bijouterie Tiffany & Co de Diamants sur canapé, la bouche de métro de Sept ans de réflexion, un hôtel du Parrain, un café du Diable s’habille en Prada, la statue de la liberté aperçue à la fin de Titanic.

Un exemple : le Katz’s  delicatessen de Quand Harry rencontre Sally. Après avoir mentionné le réalisateur, les acteurs principaux (Meg Ryan et Billy Crystal) et la date de sortie du film, les auteurs rappellent brièvement la scène se déroulant dans ce lieu – elles en donneront un résumé plus exhaustif après cette description :

Fondé en 1888, Katz’s est l’un des plus anciens est l’un des plus anciens et mythiques delicatessens de Manhattan. Sa popularité est née lorsque, au début du XXe siècle, le quartier du Lower East Side était celui des familles juives d’Europe de l’Est nouvellement immigrées. Katz’s s’imposa vite comme le restaurant du coin idéal pour se retrouver. La Seconde Guerre mondiale envoya les trois fils du propriétaire servir leur pays et scella la devise affichée depuis dans l’établissement : « Send a salami to your boy in the Army ». (…) Véritable institution, son sandwich au pastrami « on rye », servi entre deux tranches de pain de seigle, est réputé comme le meilleur de NYC. (p.124)

En dessous du texte de présentation, on retrouve ce qui fait l’un des atouts majeurs de ce livre.

Interactivité

Dans un précédent article, j’avais déjà mentionné un ouvrage qui couplait une offre numérique et une offre papier. En effet, l’auteur du Silence est d’or – Le Cinéma comique américain, Enrico Giacovelli, proposait en parallèle de son livre une chaîne YouTube.

Dans New York fait son cinéma, Barbara Boespflug et Béatrice Billon proposent au lecteur, en partenariat avec Allociné, de retrouver les bandes annonces des films cités en flashant sur un smartphone les codes insérés à chaque bas de page de l’ouvrage.

Au visuel des photographies est donc directement associé le visuel du film. C’est par de tels procédés, toujours plus inventifs, que le livre gagne à s’extérioriser de son format papier.

Les auteurs proposent également un site Internet, consacré à Paris (puisqu’un ouvrage sur Paris a fait l’objet d’une précédente publication), mais aussi autour du monde. En ce qui concerne Paris, je vous recommande également l’application Cinemacity qui offre des circuits cinématographiques dans la ville.

Pour prolonger la lecture…

Bien-sûr, New York fait son cinéma donne un choix de films ayant la ville pour décor. Ce qui m’a cependant un peu déçue, c’est que, comme je l’ai déjà dit, hormis Sept ans de réflexion et Diamants sur canapé, peu de films font la part belle à l’âge d’or hollywoodien, et je finirai sur trois exemples de films que j’attendais, et que je n’ai pas trouvé parmi cette petite sélection – qui reste tout de même tout à fait recevable :

  • La scène d’ouverture de La Mort aux trousses d’Hitchcock, mais pas seulement : également la scène aux Nations Unies et surtout la scène où Roger Thornhill, alias Cary Grant, se fait enlever à l’hôtel Plaza. Cet hôtel est mentionné, certes, mais pour évoquer la dernière version de Gatsby le magnifique, mais sans un mot pour ce chef d’oeuvre hitchcockien. Pourtant, il aurait été amusant de rappeler que Cary Grant était un habitué du Plaza. Quant à la scène se déroulant aux Nations Unies, les tournages des films de fiction y étant interdits, voici ce qu’en dit Hitchcock dans ses entretiens avec Truffaut :

 Tout ce qui se passe dans les locaux des Nations Unies a été reconstitué en studio très fidèlement (…) Tout de même, nous sommes allés devant le bâtiment des Nations unies et, pendant que les gardiens surveillaient notre matériel, nous avons filmé un plan avec une caméra dissimulée : Cary Grant pénétrant dans l’immeuble. (p.213)

  • Comment épouser un millionnaire : le film réunit dans un décor exclusivement new-yorkais Marilyn Monroe, Lauren Bacall et Betty Grable. Trois mannequins déçues des hommes se retrouvent dans un appartement luxueux pour essayer d’appâter les hommes d’affaires et s’en faire épouser.
Monroe, Grable, Bacall. Sources : Wikipédia

Monroe, Grable, Bacall.
Sources : Wikipédia

  • Enfin, parmi les films de cette période directement liés à un décor new-yorkais, il y a Elle et Lui, avec Deborah Kerr et Cary Grant, encore. Les deux personnages se rencontrent et tombent amoureux lors d’une croisière, mais sont tous deux engagés de leur côté. Ils décident de se séparer pendant six mois pour éprouver leur amour et de se donner rendez-vous, les six mois écoulés, au sommet de l’Empire State Building. Idéal pour les amateurs de comédies romantiques et les âmes sensibles…
Sources : Allociné

Sources : Allociné

Je précise que j’ai choisi à chaque fois une scène du film où un petit morceau de New York est visible, pour vous aider mieux à rêver de la ville qui ne dort jamais…

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Itinéraire cinématographique aux Etats-Unis

Amateurs de grands espaces et de paysages, peut-être avez-vous rêvé de parcourir le Dakota en compagnie de Kevin Costner dans Danse avec les loupsSi vous avez eu l’occasion de le voir, peut-être avez-vous aimé vagabonder en compagnie de Natty Gann, l’équivalent féminin de Croc blanc, de Chicago à Seattle. Peut-être, plus récemment, avez-vous savouré la chevauchée de Django et du Docteur King Schultz dans Django unchained de Quentin Tarantino.

Les exemples de films dépaysants se déroulant aux Etats-Unis sont nombreux – et pour les Américains, la simple mention de la Tour Eiffel peut elle aussi être dépaysante. Paysages et monuments sont pour nous des points de repères auxquels on associe les villes et les pays. La Statue de la Liberté et l’Empire State Building ? New York. Le Golden Gate ? San Francisco. La Maison blanche et le Capitole ? Washington. Walk of fame ? Los Angeles.

ville au cinéma

Si vous aimez les villes et si, par-dessus tout, vous aimez les retrouver au cinéma, je vous recommande l’ouvrage édité en 2005 par les Cahiers du cinéma, La Ville au cinéma, dirigé par Thierry Jousse et Thierry Paquot.

amérique évanouie

Si vous avez une préférence pour les petites villes, la campagne et les grands espaces des Etats-Unis, L’Amérique évanouie, de Sébastien Clerget, paru en novembre 2013 aux éditions Rouge Profond (collection Décors) s’adresse à vous.

Escapade littéraire et cinéphile

J’ai dévoré ce livre le temps d’un aller-retour en RER et métro, et durant ce trajet, j’avais le sentiment de ne plus être tout à fait à Denfert-Rochereau ou à Odéon, mais quelque part entre le Maine, l’Oregon et la Californie. D’ailleurs, l’ouvrage est habilement sous-titré « De Stephen King à John Carpenter, du Maine à la Californie ».

Oui, en effet, ce livre des plus agréables à lire, n’évoque pas seulement le cinéma. Il consacre quelques pages à la littérature américaine, et notamment à l’un des écrivains américains les plus adaptés au cinéma : Stephen King – j’aurai l’occasion d’y revenir.

On aborde ce livre exactement comme ce qu’il se veut : une promenade, un journal de voyage, où se glissent les photos, non pas personnelles, mais plutôt personnifiées, de certains décors naturels inoubliables. Et durant ce voyage en aller-retour, même lorsqu’il nous parle de films que nous n’aurions pas vu, le fait d’imaginer reste captivant.

L’Amérique évanouie permet également de découvrir ou de redécouvrir les Etats-Unis. Pour ceux qui comme moi, savent à la rigueur situer les monuments des villes, et les états les plus connus (les tous petits qui s’agglutinent à l’est, je ne m’en souviens jamais), c’est l’occasion de réviser un peu de géographie :

Maine - Vermont - Massachusetts - Dakota du sud - Colorado - Wyoming - Oregon - Washington - Californie

Maine – Vermont – Massachusetts – Dakota du sud – Colorado – Wyoming – Montana – Washington – Oregon- Californie

En guise d’introduction, l’auteur aborde deux cinéastes  : le « paysagiste » John Ford, fidèle aux grands espaces de Monument Valley qui servaient de décors à ses westerns, et « l’architecte » Alfred Hitchcock, qui s’amuse aussi bien à filmer les grandes villes, les monuments, que les petites villes et les routes désertiques.

Si l’auteur de l’ouvrage ne dédaigne aucun de ces aspects – San Francisco représente les grandes villes, le Golden Gate et le Mont Rushmore, les monuments – son intérêt se porte surtout sur les petites villes et les grands espaces, comme en témoignent ces quelques lignes :

Parcourir les États-Unis et ses paysages, c’est traverser un pays peuplé de fantômes, ceux des Amérindiens notamment, quasi invisibles et pourtant encore omniprésents. On ne compte pas les lieux auxquels sont rattachées des légendes indiennes, aujourd’hui devenues plus proches du folklore que du lien étroit entretenu jadis par des peuples avec leur environnement. Cependant, les États-Unis ne sont pas seulement parsemés de légendes, mais aussi par les ruines et les épaves, répondant enfin aux voeux formulés par Nathaniel Hawthorne : « Le romantisme et la poésie comme le lierre, les mauvaises herbes et les plantes, ont besoin de ruines pour pouvoir s’acclimater. » (p.12)

Au pays de Hawthorne, Kerouac et Stephen King

Nathaniel Hawthorne donne à l’auteur l’occasion d’une halte à Salem dans le Massachusetts et Jack Kerouac lui offre une ouverture aux grands espaces, à commencer par le Colorado, au détour d’une citation de Sur la route :

À présent, je voyais Denver se profiler devant moi comme une Terre Promise, tout là-bas, sous les étoiles, passés les prairies de l’Iowa et les plaines du Nebraska, et je devinais la vision plus grandiose encore de San Francisco, joyau dans la nuit.

Mais c’est bien-sûr Stephen King qui reste l’écrivain phare de cet ouvrage, puisque Sébastien Clerget s’intéresse autant aux paysages où a vécu l’écrivain, qu’à ceux qui ont servi de décors à ces livres ou aux adaptations qui en ont été faites.

Au moment où il écrit son livre, il évoque l’oeuvre la plus récemment parue de Stephen King, 23/11/63, et les lieux où il s’arrête, qui ont servi d’inspiration à King et lui ont permis  d’entremêler sa vie à son oeuvre, de mêler aux villes fictives, les villes réelles. Nouveaux allers-retours géographiques, littéraires et biographiques, qui n’en finissent pas de captiver le lecteur, qu’il soit un expert ou non de l’auteur de Shining :

Les lieux mêmes dans lesquels Stephen King vit ou a vécu sont propices à laisser l’imagination vagabonder jusqu’à rejoindre les histoires fantastiques écrites par l’homme du Maine. De la petite maison située au bord de la route perdue dans la campagne de Durham, où un jeune homme passionné de fantastique a écrit ses premiers textes, au manoir gothique de Bangor, où l’auteur de best-seller a imaginé ses plus grands récits, on peut apercevoir en filigrane certains des lieux dans lesquels ses histoires s’enracinent… (p.36)

Quoi de plus naturel, après avoir lu ces quelques lignes, que d’être tout à fait préparé à visiter les lieux qui ont servi de décors aux adaptations des oeuvres de King, à commencer par le Shining de Kubrick ? Le lecteur va alors suivre la voiture de Jack Torance – Nicholson depuis une petite route sinueuse du Montana, jusqu’au fameux hôtel Overlook – l’hôtel Timberline dans l’Oregon, construit en 1937 – dans lequel Jack sombrera progressivement dans la folie.

Timberline Lodge

Timberline Lodge

Et si Sébastien Clerget nous entrainait ensuite dans les lieux qui ont inspiré à Stephen King la petite ville du Dôme, Chester’s Mill, ainsi que ceux de la série qui s’en inspire, Under the dome, on ne serait pas étonné, et on le suivrait bien volontiers.

Science-fiction, fantastique et suspense

Durant cette promenade américaine, en effet, les lieux que l’auteur excelle à décrire, ce sont ceux du cinéma fantastique américain, depuis l’univers exubérant et macabre de Tim Burton – Beetlejuice et Sleepy Hollow (même si ce dernier n’est abordé que très rapidement) – jusqu’aux classiques de l’horreur réalisés par John Carpenter, entre autres.

On retrouve également Devils Tower, la mystérieuse montagne du Wyoming que les personnages de Rencontres du troisième type tentent absolument d’atteindre pour répondre à l’appel lancé par les extraterrestres.

Mais, après les lieux immuables du cinéma fantastique et ceux liés à l’oeuvre de Stephen King, ce sont ceux qui ont inspiré Hitchcock, qui ont la part belle dans ce livre : les décors du Vermont de Mais qui a tué Harry ?, évidemment le Mont Rushmore de La Mort aux trousses, et surtout la Californie, avec le Golden Gate de Vertigo, ainsi que deux petites villes, la Bodega Bay des Oiseaux et la Santa Rosa de L’Ombre d’un doute, qui clôt poétiquement ce voyage hitchcockien :

Selon où l’on se trouve aux États-Unis, à Santa Rosa ou à Petaluma, à Bodega Bay ou à Lisbon Falls, on peut encore sentir la proximité des années 1940-1950, et en même temps avoir l’impression d’une époque lointaine et définitivement révolue. Comme si elle appartenait au monde des rêves (et du rêve américain), comme si son existence pouvait être mise en doute.

Accompagner et poursuivre le voyage

Tout au long de ce périple, l’auteur de L’Amérique évanouie est présent, non seulement à travers les anecdotes qu’il raconte, mais aussi grâce aux photographies qu’il nous propose des différents lieux qu’il a parcourus. Ce guide précieux s’invite même dans les notes de bas de page, où vous trouverez à l’occasion une bonne adresse où déguster une tarte ou un café à la cannelle – à moins que ce ne soit dans le coeur même du texte, clin d’oeil sympathique et invitation au voyage.

En dépit des choix de films, le lecteur peut à tout moment penser à d’autres décors. Se souvenir de la maison de Vandamme dans La Mort aux trousses :

Vandamm House

inspirée de la Maison à la cascade (Fallingwater), imaginée par l’architecte Frank Lloyd Wright :

Fallingwater, Pennsylvanie. Source : Wikipédia. Auteur : Sxenko.

Fallingwater, Pennsylvanie.
Source : Wikipédia.
Auteur : Sxenko.

Revoir la maison de Psychose :

Maison Bates Psychose

Maison Bates Psychose

et le tableau de Hopper qui l’a inspirée (voir à ce sujet l’excellent article du ciné-club de Caen) :

Maison près de la voie ferrée - Hopper

Maison près de la voie ferrée – Hopper

Ou encore, s’évadant hors des atmosphères hitchcockiennes, rêver à la romance de Meryl Streep et Clint Eastwood dans Sur la route de Madison, occasion d’une halte dans l’Iowa, sur un pont couvert :

Roseman Bridge Source : Wikipédia Auteur : Lance Larsen

Roseman Bridge
Source : Wikipédia
Auteur : Lance Larsen

Enfin, cette lecture peut être le prétexte d’autres lectures, déjà mentionnée ou à découvrir :

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