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Entre éthique et étiquette…

Après des heures de suspense insoutenable, j’ai enfin découvert sur quoi mes camarades et futurs collègues avaient sué sang et eau, et tout en passant une bonne partie de la journée à tamponner, indexer et couvrir mangas et romans de la dernière commande avant janvier, je me suis demandée ce que moi-même j’aurais pu produire sur de tels sujets.

Je rappelle que le CAPES externe de documentation est composé à l’écrit de deux épreuves : une composition et une étude sur dossier, suivie d’une question d’épistémologie des sciences de l’information. Procédons par ordre :

La composition. Les candidats devaient s’appuyer sur ce texte : « Valeurs du bibliothécaire (addendum) : un décalogue ? » de Bertrand Calenge, publié sur son blog le 16 avril 2012, pour exposer, je cite « votre réflexion sur la définition d’une éthique du documentaliste ». Pour plus de facilité, et pour ceux qui ont la flemme de lire cet article en entier, je reprends les 10 commandements proposés par Bertrand Calenge :

  1. Tu voudras identifier les besoins de connaissance dans ta communauté
  2. Tu vérifieras l’authenticité des savoirs que tu proposes
  3. Tu garantiras la mémoire de ta communauté en son actualité
  4. Tu structureras et organiseras les savoirs
  5. Tu proposeras tous les savoirs sans en restreindre aucun de ta propre initiative
  6. Tu feras dialoguer ces savoirs par leur mise en relation critique
  7. Tu seras médiateur des connaissances en respectant l’individualité des besoins de chacun
  8. Tu favoriseras le partage des connaissances
  9. Tu engageras ta compétence et ta responsabilité dans les entreprises collectives poursuivant ces objectifs
  10. Tu veilleras à être toujours curieux des tensions qui agitent la société, et curieux des savoirs d’hier, des savoirs d’aujourd’hui, des projections de l’imaginaire

Déjà je dois dire que ce sujet me paraît très beau : il met en question la responsabilité du bibliothécaire, et par extension du documentaliste, comme passeur de culture. Les dix commandements me rappellent les droits du lecteur que mentionne Daniel Pennac dans Comme un roman. Selon moi, ce type de sujet présente deux difficultés : la première, c’est de tomber dans le piège d’un discours pontifiant et moralisateur du style « Fais pas ci fais pas ça ». La seconde, comme me le signalait ma copine cobaye de cette année, c’est qu’on a l’impression, face à ce genre de sujet, de devoir tout dire et du coup d’avoir du mal à dire quelque chose.

Déjà, je vais essayer de reformuler ces préceptes afin de mieux m’approprier ce sujet. Quatre d’entre eux concernent la politique documentaire : étude du contexte et du terrain (1), mise en place d’un calendrier (3), prise en compte des besoins et usages d’un public (7) et travail en équipe et en concertation (9). Cinq concernent la mise à disposition des ressources : vérification des sources (2), organisation (4), choix non arbitraire des ressources proposées (5), réflexion et complémentarité de ces ressources (6). Enfin, le dernier concerne la veille professionnelle et l’actualisation des connaissances (10).

Peut-être le candidat pouvait-il dans un premier temps reformuler et approfondir ces différents commandements, en évitant la paraphrase et en faisant un historique, s’il le peut, de cette question d’éthique du documentaliste, en distinguant également le bibliothécaire du documentaliste. Il peut ainsi, entre autres, s’appuyer sur les cinq lois de Ranganathan :

  1. Les livres sont faits pour être utilisés
  2. À chaque lecteur son livre
  3. À chaque livre son lecteur
  4. Épargnons le temps du lecteur
  5. Une bibliothèque est un organisme en développement

Il pouvait aussi s’appuyer sur les ouvrages de Yves-François Le Coadic, notamment Usages et usagers de l’information, qui décrit le changement de paradigme, d’une approche orientée professionnel à une approche orientée usager et qui prend aussi en compte le « non usage », c’est-à-dire les publics qu’il faut attirer, faire venir.

Ensuite, il fallait, selon moi, évoquer le rôle et les responsabilités du professeur documentaliste, depuis la circulaire de mission, qui reprend certains points évoqués par Bertrand Calenge, jusqu’au rapport Durpaire de 2004 sur les politiques documentaires en établissement scolaire. Il aurait également fallu aborder, pêle-mêle, les compétences professionnelles des enseignants (agir de manière éthique et responsable), les attentes face aux transformations de l’information (surinformation, infopollution, protection de l’identité numérique, auto-référencement) et des usages, et la place de l’éthique dans la gestion et la diffusion de l’information numérique (sélection, mutualisation, publication).

L’étude de dossier et la question. L’étude de dossier était sur la littérature de jeunesse. Je n’ai pas connaissance des documents qui le composaient, mais j’imagine qu’il fallait aborder la place de la littérature de jeunesse, son évolution dans les CDI et la société en général, l’importance de la prise en compte des attentes des élèves et les possibilités pédagogiques de cette littérature.

La question portait sur le dépôt légal. Bien sûr il fallait revenir sur l’histoire du dépôt légal (bibliothèque d’Alexandrie, François Ier), ses conditions (quels supports concernés, quelles institutions : les départements de la BNF, CNC, INA pour l’audiovisuel) et ses enjeux : conservation, protection du droit d’auteur (DADVSI, propriété intellectuelle), communication… On pouvait comparer (c’est une supposition) avec le dépôt de brevets pour les inventions et aborder les aspects curieux ou amusants de cette question : l’enfer de la bibliothèque nationale de France, rassemblant les textes censurés, le projet de Paul Otlet de créer au début du 20e siècle un « Mundaneum » rassemblant l’ensemble des connaissances humaines dans un seul lieu (surnommé depuis l’Internet de papier), les collections de la Cinémathèque – ça c’est ma marotte personnelle. J’oublie certainement beaucoup de choses, mais on pouvait également ouvrir sur la question du référencement des documents sur Internet (annuaires, moteurs de recherche, BNF, mais aussi référencement par les Internautes).

Voilà, si d’autres veulent s’y frotter et si j’ai oublié des choses capitales, n’hésitez pas !

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L’épreuve du feu

Pour un certain nombre de courageux – dont une amie à qui j’adresse tout mon soutien et mes bonnes ondes du moment (ce  qui pourrait se traduire par : « Vas-y cocotte, on y croit ») – les deux journées de demain et de mercredi seront consacrées au CAPES de documentation. Deux épreuves de cinq heures pour faire ses preuves.

C’est aussi l’occasion de rappeler que non, le seul concours que passent les professeurs documentalistes n’est pas une course chronométrée que remporte celui ou celle qui couvre un livre le plus rapidement. Lorsque j’ai parlé à une de mes connaissances de mon intention de passer le CAPES, elle m’avait répondu d’un ton méprisant que je n’allais quand même pas « passer ma vie à coller des étiquettes sur des livres ». Mais non, nous ne sommes pas que des manutentionnaires et il ne suffit d’appuyer sur un bouton pour que nous « crachions » des livres.

Lorsque l’on prépare le concours, ou plus exactement lorsque l’on assiste aux premiers cours de préparation, on ne se doute pas de la variété des missions qui sont attendues de nous : gestion d’un centre de documentation, et donc d’un budget, veille culturelle et mise en place de partenariats, organisation de séquences pédagogiques, promotion de la lecture,  veille professionnelle, mises à jour des connaissances en matière d’information et publication d’outils en ligne. En gros, on attend l’élaboration d’un projet cohérent permettant de relier toutes ces missions au contexte dans lequel on exerce.

Depuis deux ans, comme pour tous les autres CAPES, la préparation du concours se fait dans le cadre d’un Master des métiers de l’enseignement. L’écrit du CAPES de documentation est composé de deux épreuves :

  1. une composition à partir d’un texte et portant sur un sujet relevant des sciences de l’information et de la communication ;
  2. une étude d’un sujet de politique documentaire relative à un établissement scolaire du second degré suivie d’une question se rapportant à l’histoire, aux enjeux et à l’épistémologie de la documentation.

La première épreuve est une sorte de dissertation qui prend appui sur un court texte théorique. A partir de ce texte, on pose une question aux candidats, sur laquelle ils doivent argumenter. Cette composition requiert entre autres des connaissances approfondies bien-sûr en sciences de l’information, sur les penseurs et l’actualité de la diffusion et de la recherche d’informations (Internet, usages individuels et collectifs, réseaux sociaux), sur les différentes formes de pédagogies, et sur l’histoire et l’actualité du métier de documentaliste.

La seconde épreuve est en deux parties. La première partie est une étude sur dossier (composé d’une dizaine de documents). Il s’agit de réfléchir à une question concrète, dans un contexte particulier. Le candidat devra produire un plan de classement et une note de synthèse, qui devront témoigner de ses connaissances sur les dispositifs et l’actualité de l’éducation nationale et les missions du professeur documentaliste. Cependant, à l’intérieur de la note de synthèse, il ne devra pas prendre parti ou commenter les documents. C’est seulement durant la conclusion qu’il pourra approfondir la question et apporter son point de vue personnel sur le sujet. La difficulté tient donc en partie de cette différence de postures : neutralité dans le corps de la note de synthèse, réflexion personnelle dans la conclusion.

La deuxième partie de cette épreuve est une question sur l’histoire, l’évolution et les enjeux propres à un élément des sciences de l’information et de la documentation. Le candidat doit connaitre les grands théoriciens de la documentation, avoir certaines notions de philosophie, de sociologie, de pédagogie, de bibliothéconomie (normes et langages documentaires) et de littérature, savoir définir et comparer les éléments qui composent cette question. En 2011, la question portait sur les classifications décimales. En 2012, sur les dictionnaires et encyclopédies.

Si je reviens deux ans en arrière, voilà ce qui me servait pour préparer les différentes épreuves : les derniers textes et les rapports parus sur la profession ainsi que les plus anciens (rapports Durpaire, PACIFI, circulaire de missions), les textes parus sur le numérique et les pratiques culturelles (publications d’Olivier Donnat, rapport Fourgous). La fréquentation assidue de Savoirs CDI, d’Eduscol, du Café pédagogique. La lecture de quelques incontournables théoriques, de Yves-François le Coadic à Alexandre Serres, mon préféré restant Sciences de l’information et philosophie, de Marie-France Blanquet. Le suivi de quelques blogs (Pascal Duplessis, Olivier Ertzscheid, Olivier Le Deuff, Philippe Watrelot, etc.) de revues et de listes de diffusion professionnelles. Il fallait aussi avoir ne serait-ce qu’une vague idée des dernières évolutions du Web, des langages documentaires (normes, UNIMARC, métadonnées) et des outils de veille et de publication (blogs, forums, réseaux sociaux, portails netvibes, pearltrees…). J’en oublie certainement.

C’est en repensant à tout cela que je tiens à exprimer tous mes encouragements aux candidats de cette session et que j’ajoute juste ceci : « Courage, les amis, c’est bientôt fini ! »

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