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Jeux de mains, jeux de cinéma

Après un été à parler d’Europe au cinéma et de #docenvacances, voici à nouveau un compte-rendu de lecture cinéphile.

Le livre (ou plutôt les livres) dont je vais vous parler ce mois-ci, m’ont permis d’attendre patiemment le retour de Blow Up après sa pause estivale.

À nouveau encensons Blow Up

J’en ai déjà abondamment parlé, et ceux qui me suivent sur Twitter savent que tous les mardis soir, je guette les dernières vidéos de Blow Up. Chaque semaine j’attends avec impatience le Top 5 ou les Bio express.

Donc, pour ceux qui ne connaissent pas, c’est quoi Blow Up ?

(et pour ceux qui connaissent, vous allez comprendre dans quelques paragraphes pourquoi j’en parle à nouveau)

Blow Up, ce sont 2 à 4 vidéos par semaine, de différents formats et dont très vite le cinéphile, amateur ou confirmé, ne pourra plus se passer.

  • d’abord, il y a le Top 5, de Luc Lagier, mon format préféré, et qui fétichise complètement le cinéma. Ce format, c’est l’équivalent « Où est Charlie ? » du cinéma. Quand vous aimez le cinéma et que vous en découvrez le thème chaque mardi soir, vous commencez par spéculer. Prenons un exemple, ça sera plus clair…

Lorsque la vidéo apparaît dans la liste des chaînes auxquelles je suis abonnée, évidemment je vois en premier l’image : Le Cercle des poètes disparus. Un professeur au cinéma, c’est évidemment le professeur Keating, Robin Williams, qui lit du Shakespeare, Ô capitaine mon capitaine, Carpe Diem et Robert Frost.

Cette image, c’est juste le point de départ. Une mise en bouche. À partir de là, Luc Lagier, avant même que je lance la vidéo, déclenche dans ma tête toute une foule d’associations d’idées. Je vois Petite feuille dans Les Quatre cent coups, je vois les enseignantes de Diabolo Menthe, Bernard Giraudeau en professeur d’allemand dans La Boum, et, même si ce n’est pas un professeur, Sean Connery dans À la rencontre de Forrester.

Du coup, quand je lance la vidéo, je confronte ma petite liste personnelle, à la liste souvent bien plus conséquente de Luc Lagier. Et je vois si sur le Top 5 nous nous rejoignons. Parfois oui, parfois non, mais c’est toujours une belle découverte. Par exemple, encore une fois, sur les professeurs au cinéma, j’aurais choisi pour le numéro 1 Jean-François Stévenin dans L’Argent de poche, et son discours final.

Passons aux autres formats (j’évoque ici ceux qui me plaisent particulièrement)…

  • après le Top 5, il y en a deux que je mets sur le même plan, avec toujours Luc Lagier en voix off. Si je les regroupe, c’est évidemment parce qu’ils se ressemblent. Ce sont les « C’est quoi ? » et les « Bio express ». Les deux s’intéressent à des personnalités du cinéma, et profitent de l’actualité cinématographique pour leur tailler le portrait. L’un des derniers en date, le portrait de Nicole Kidman pour le Festival de Cannes 2017 :

  • autre format : les « Redécouvertes » et le « Zapping », comment avoir envie de voir ou de revoir un film en quelques minutes.
  • il y a ensuite les vidéos de Thierry Jousse, consacrées plus spécifiquement aux bandes-originales de films. Je les regarde tout autant que les autres, mais je n’ai pas toujours suffisamment d’érudition et de culture musicale pour les apprécier à leur juste valeur.

Mes deux autres formats de prédilection, moins réguliers, sont :

  • « Face à l’histoire », qui revient sur la carrière d’un réalisateur ou d’un acteur et sur son rapport aux films historiques. Ils peuvent aussi s’appuyer sur un personnage historique ou des événements pour voir ce que le cinéma en a fait.

  • Enfin, le format qui me fait jubiler, c’est « Les Introuvables » de l’impayable Trufo, qui cherche des films introuvables et qui entraîne le spectateur dans des sphères cinématographiques inconnues ! Je l’ai découvert avec le « Vous connaissez Have you heard ? d’Alfred Hitchcock ? », que je ne désespère pas, en tant que profdoc, d’intégrer à une séance sur la désinformation (peut-être en EMC ou en Arts visuels) et que j’avais déjà proposé dans une séance sur la rumeur…

Avec ce format, on ne sait jamais où Trufo va nous emmener, c’est déjanté, loufoque, une pépite de cinéphilie chaque semaine, un régal pour les yeux et les oreilles !

Et donc le livre dont je vais vous parler maintenant m’a fait penser à Blow Up, tout comme Blow Up aujourd’hui revenu de sa pause estivale me fait penser à ce livre…

Le Corps au cinéma

Car Blow Up, en particulier dans le Top 5 de Luc Lagier, s’est intéressé et nous a fait nous passionner pour des objets, des couleurs, des métiers, des animaux, mais aussi des éléments du corps humain. Il fait de nous chaque semaine des fétichistes, comme Hitchcock dans Fenêtre sur cour faisait de nous des voyeurs (ce que nous étions déjà sans l’assumer pleinement, assis devant l’écran à scruter les histoires des autres).

Si je fais la liste des éléments mentionnés, voilà ce que ça donne : les chauves au cinéma, les larmes au cinéma, la bouche au cinéma, les yeux au cinéma, les pieds au cinéma, les cheveux au cinéma et… les mains au cinéma.

L’image qui donne l’aperçu de cette vidéo, c’est la même que sur la couverture de mon livre, qui porte exactement le même titre : Les Mains au cinéma, de Sandrine Marques, publié en juin 2017 aux éditions Aedon – La Septième obsession, dans la collection Détails (titre des plus prometteurs).

Cette image, c’est celle de Charles Laughton dans La Nuit du chasseur.

Disons-le tout de suite, j’ai beaucoup apprécié ce livre, qui a suscité chez moi beaucoup d’envies cinématographiques, en particulier pour des films que je n’avais jamais vu.

J’ai beaucoup aimé l’introduction, avec les influences sur le cinéma de la peinture et de la sculpture, et avec l’évocation de travaux manuels, et des 24 portraits d’Alain Cavalier.

Dans un chapitre dont j’emprunte le titre pour cet article, « Jeux de mains, jeux de vilains », j’ai retrouvé deux films d’Hitchcock, Psychose et Marnie.

J’ai adoré l’évocation de M le maudit et d’Edward aux mains d’argent. J’ai moins apprécié l’évocation de Spiderman et de la main qui jouit, mais parce que j’étais agacée de cette propension (ou de cette faiblesse) qu’ont certains auteurs de voir des allusions sexuelles partout, qu’elles y soient ou non. Et si j’avais été emballée par un ouvrage, dont j’ai fait la critique, qui évoquait le sexe dans le cinéma d’Hitchcock, je n’ai pas vraiment été convaincue par l’idée de l’auteur sur cette main de l’homme araignée qui éjacule du fil… mais ce n’est que mon avis.

Par contre deux chapitres m’ont particulièrement frappée, et m’ont vraiment donné envie de voir les films dont l’auteur me parlaient.

Le premier, c’est Les Mains d’Orlac, de Robert Wiene, qui raconte comment un pianiste amputé des deux mains, se fait greffer les mains d’un assassins et comment ces dernières le rendent progressivement fou. J’ai trouvé l’histoire géniale, et l’auteure a réussi à me captiver avec ce film muet de 1924 !

Le second film m’a intrigué, parce que j’étais persuadée d’avoir déjà entendu ça quelque part : L’Inconnu de Tod Browning. Un criminel recherché par la police se réfugie dans un cirque et tombe amoureuse d’une femme qui ne supporte pas que les hommes la prennent dans leur bras. Du coup il décide de se faire couper les deux bras.

Où avais-je déjà entendu ça ? Cette histoire tournait et tournait encore dans ma tête. Et d’un seul coup j’ai retrouvé la référence, chez un autre fétichiste !

C’est dans La Femme d’à côté que François Truffaut place cette histoire dans la bouche de Gérard Depardieu, qui la raconte à Madame Jouve :

Et du coup en refermant le livre, je me suis dit, un peu rapidement, que son grand absent, c’était bien François Truffaut.

Puis j’ai réfléchi, Truffaut, ce qu’il aime (et ce que ses personnages aiment), ce sont les jambes des femmes, et à la rigueur ce qu’on voit comme mains, ce sont celles des hommes qui les caressent…

Je me suis dit que, comme Blow Up, Sandrine Marques organisait ses associations d’idées et jouaient avec ses films fétiches. D’ailleurs, en revoyant la vidéo « Les mains au cinéma », j’ai vu des films qui n’étaient pas dans le livre. Tout comme dans le livre sont mentionnés des films qui échappent à la sélection de Blow Up.

C’est ce que j’ai gardé de la lecture et du visionnage : ce moment de plaisir et de partage où les auteurs font cette petite liste mentale sur laquelle on coche les présents et on rajoute, en bas, nos absents.

Enfin, ce que j’ai gardé, c’est le nom de cette collection, Détails, et je me suis dit que c’était à nouveau quelque chose à guetter, la sortie de nouveaux détails, aux éditions Aedon – La Septième obsession. J’espère que cette promesse sera tenue !

Voilà pour ce livre, que je vous recommande, si vous aimez le cinéma et les détails, si vous êtes obsessionnels et secrètement (ou non) fétichistes et si vous aimez faire des listes.

L’eau à la bouche

Un petit mot pour finir sur le second livre dont j’avais promis de parler, mais l’article commence à être long. Il s’agit du nouvel opus  du GastronoGeek : 37 recettes inspirées de séries cultes.

J’avais déjà mentionné son premier ouvrage, et j’ai été ravie de retrouver Thibaud Villanova pour ce nouveau livre de recettes entièrement consacré aux séries télévisées, de Twin Peaks à Stranger Things.

Je profite de ces quelques mots pour vous signaler la chaîne YouTube du Gastronogeek :

Et sur ces mises en bouche et bonnes recettes, je vous dis à bientôt sur Cinéphiledoc !

Bonne dégustation !

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Hors-série 3-2015 : cinéma américain

Après le cinéma hispanique et le cinéma asiatique, voici le 3ème hors-série de l’été de Cinephiledoc, consacré au cinéma américain.

HORS-SÉRIE

C’est un cinéma dont je parle déjà abondamment sur ce blog, puisque les livres que je choisis ou les films que je mentionne sont, à tort ou à raison, en grande majorité issus de l’industrie cinématographique américaine. J’ai donc eu l’occasion sur Cinephiledoc d’aborder un certain nombre de réalisateurs, et d’évoquer cet univers dans différents articles, dont je ferai un bref rappel ci-dessous :

 Cinéma américain

Mon premier contact avec le cinéma américain a été, comme pour beaucoup d’enfants, avec le cinéma de Walt Disney, qui continue à occuper une grande place dans ma DVDthèque, rayon animation, aux côtés de Miyazaki. Mais le premier film américain qui m’a évoqué l’Amérique reste celui d’un transfuge de Disney, Don Bluth, avec son Fievel et le nouveau monde (An American Tail) :

Une autre histoire que j’adorais étant petite, c’était celle de Natty Gann, l’histoire – sorte de Croc-blanc au féminin – d’une petite fille, dans les États-Unis de 1920-1930 qui s’enfuie de Chicago à la recherche de son père, parti travailler à Seattle :

Et évidemment je ne peux pas ne pas mentionner Charlot, dont la pâleur, l’allure fantomatique et la mélancolie m’émouvaient autant qu’elles m’effrayaient et dont Le Cirque reste, à ce jour, mon préféré :

Une somme sur le cinéma américain

Évidemment, sur le cinéma américain, les références ne manquent pas. Étudiante, j’avais lu un très bon livre qui peut servir d’introduction à ceux qui voudraient découvrir ce sujet pour un prix tout à fait modique : Histoire du cinéma américain, de Brigitte Gauthier, publié par Hachette éducation dans la collection Fondamentaux.

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Pour ceux qui veulent y mettre davantage – je ne me suis pas encore décidée à sauter le pas – les livres qui font référence sont ceux de Bertrand Tavernier : 50 ans de cinéma américain et Amis américains.

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Pour ma part, c’est le titre d’un livre sur le sujet qui m’a intriguée, et qui m’a poussée à le choisir, lui, aux dépens des autres.

Voyage mystique au cœur du cinéma

Ce livre, c’est À la porte du paradis, de Michael Henry Wilson, sous-titré « Cent ans de cinéma américain, Cinquante-huit cinéastes » et paru en 2014 aux éditions Armand Colin.

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En un peu plus de 600 pages, l’auteur, cinéaste, scénariste et historien du cinéma, nous propose un parcours illustré en noir et blanc. En ouvrant le livre, on se dit que ce parcours ne sera pas très différent des dictionnaires et rétrospectives du cinéma que l’on feuillette habituellement, avec sa construction chronologique et son découpage où chaque chapitre est consacré à un réalisateur en particulier.

Puis, passée la préface de Martin Scorsese, qui évoque, en citant Truffaut et Fahrenheit 451, le fait que derrière chaque œuvre, il y a un homme, on découvre, avec l’introduction de Michael Henry Wilson, que son titre, « à la porte du paradis », prend tout son sens.

Ce qu’il va reconstituer, dans sa traversée de ces 100 ans de cinéma américain, depuis Griffith jusqu’à David Lynch, en passant par Capra, Kubrick ou Coppola, c’est la vision du monde que portent en eux ces 58 réalisateurs, parfois pleine d’optimisme, mais beaucoup plus souvent submergée par la mélancolie et le désenchantement.

En effet, ce que représentent ces metteurs en scène dans leurs films, c’est le paradis perdu, la lutte des personnages pour trouver un sens à leur vie, la manière dont ils se débattent dans un enfer extérieur – la ville, les autres, la perte de l’innocence, de la foi, de leur humanité propre (et leur éventuelle reconquête) – ou intérieur.

Voilà le propos de l’auteur, et il l’illustre, non pas en analysant de manière exhaustive chaque cinéaste américain et chaque film de son œuvre, mais en portant son regard sur un ou deux films (quelquefois plus) qui témoignent de l’homme derrière l’œuvre, dans sa filmographie.

Les étapes de son parcours sont ainsi des plus personnelles – dans sa conclusion, il évoque le fait d’avoir dû laisser de côté des géants tels que Chaplin, John Huston, Billy Wilder ou encore Orson Welles – et chacune de ces étapes regroupe une dizaine, parfois un peu moins, de réalisateurs : les magiciens, les aventuriers, les maestros et virtuoses, les contrebandiers, les désillusionnés, les iconoclastes, et les arpenteurs de l’imaginaire.

Qu’ils aient assisté à la naissance du cinéma, qu’ils se soient servis des films qu’on leur imposait de faire pour s’exprimer, ou qu’ils aient témoigné des tumultes intérieurs de l’âme humaine, Michael Henry Wilson donne de chaque cinéaste le portrait mystique d’un être humain au contact de son art et du monde.

L’ensemble de cette gigantesque architecture, protéiforme, monstrueuse, est finalement, pour le lecteur qui s’y plonge avec curiosité et angoisse, d’une beauté à couper le souffle.

Je vous recommande tout particulièrement le portrait de Buster Keaton, pantin et démiurge, celui d’Howard Hawks, avec son diptyque La Rivière rouge / La Captive aux yeux clairs, l’évocation du tournage du Sylvia Scarlett de George Cukor, celles de l’œuvre de Joseph Mankiewicz, de Sydney Pollack ou de Coppola, celle de Bob Fosse et de son film All that jazz !, celle de Terrence Malick et de son Nouveau monde, ou encore l’exploration croisée de Full metal jacket et de Eyes wide shut, de Kubrick. Je ponctue moi-même ce compte-rendu de lecture de quelques-uns de ces films.

Tous des voyeurs !

Brièvement je reviendrai sur l’analyse croisée que l’auteur fait des deux films d’Hitchcock, Fenêtre sur cour et Vertigo. Ayant consacré au moins 3 articles au cinéma d’Hitchcock sur ce blog, et ne ratant jamais une occasion pour le mentionner, j’ai particulièrement apprécié l’analyse de Michael Henry Wilson, en partie parce qu’elle s’intéressait à mon film préféré, à savoir le premier cité.

Il y étudie les deux personnages incarnés par James Stewart, le premier, voyeur par divertissement, pour échapper à l’ennui et à l’immobilisme forcé d’une jambe dans le plâtre, le second, voyeur par désespoir, à la recherche obsédante et nécrophile d’un fantôme.

Il fait de Jeff, héros immobile de Fenêtre sur cour, un naïf orgueilleux qui fonde toute sa puissance sur sa relative invisibilité, et de Scottie, un Pygmalion s’ingéniant à recréer sa femme idéale, et un éternel Orphée, abandonnant sa Perséphone à la malédiction inévitable et vertigineuse d’une chute aux enfers. Deux pantins aux mains d’un réalisateur voyeur par excellence qui s’amuse de son propre spectateur, terrifié et heureux de l’être, et voyeur par gourmandise.

Voilà pour ce compte-rendu de lecture, passons maintenant à notre petite sélection de sites…

Sites, articles et classements

  • Sites et articles

Bien qu’il n’ait pas été mis à jour récemment, j’ai trouvé un site sur le cinéma hollywoodien des années 30, 40 et 50, proposant des biographies de stars et des galeries de photos : http://cinemaclassic.free.fr/

Fidèle à lui-même, le Ciné-club de Caen propose des articles sur le sujet, l’un consacré au cinéma américain, l’autre donnant une liste chronologique de réalisateurs et de films américains, le tout disponible à cette adresse : http://www.cineclubdecaen.com/analyse/cinemaamericain.htm

En dehors de ces deux références, je n’ai pas trouvé (ou n’ai pas suffisamment cherché) de sites consacrés exclusivement à ce sujet.

  • Sur Wikipédia

Wikipédia propose un article sur le cinéma américain : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain

ainsi qu’un portail thématique : https://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Cin%C3%A9ma_am%C3%A9ricain

  • Classements en tous genres

J’ai eu plus de chances avec les classements, puisqu’il y a les classements publiés par l’American Film Institute :

  1. AFI’s 100 Years…100 Movies, un classement des 100 meilleurs films américains de l’histoire du cinéma datant de 2007 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…100_Movies
  2. AFI’s 100 Years… 100 Heroes and Villains, un classement des héros et méchants datant de 2003 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…_100_Heroes_and_Villains
  3. AFI’s 100 ans… 100 acteurs de légendes, de 1999 : https://fr.wikipedia.org/wiki/AFI%27s_100_Years…100_Stars

un classement publié par le site Sens critique : http://www.senscritique.com/top/resultats/Les_meilleurs_films_americains_USA/432717

et enfin, un classement récemment publié par la BBC : http://www.konbini.com/fr/entertainment-2/top-100-meilleurs-films-americains-bbc/

  • Vidéos

Pour finir sur quelques vidéos, je ne me lasse pas de celles publiées par Blow Up sur YouTube, et qui font des petites biographies ou filmographies d’acteurs ou de réalisateurs sous deux formats : les Bio express et les C’est quoi ? Un exemple de chaque ci-dessous :

Une Bio express de Francis Ford Coppola

Un C’est quoi… Orson Welles ?

J’y ajoute pour finir cette petite vidéo du Fossoyeur de films, consacré aux seconds couteaux américains :

Pour terminer, voici comme prévu la sélection de 3 films américains à voir ou à revoir…

Trois chemins vers l’ouest

Cette fois-ci, je n’ai pas trouvé – et / ou pas cherché – de films sur l’Amérique proposés par un œil extérieur. Mes trois choix m’ont directement été inspiré par l’ouvrage de Michael Henry Wilson, par les films qu’il y mentionnaient ou par ceux qu’il me donnait envie de revoir…

  • En lisant son chapitre sur Ernst Lubitsch, j’ai eu envie de revoir Ninotchka, avec Greta Garbo, mais aussi et surtout Le Ciel peut attendre, avec Gene Tierney, l’un des premiers films que j’avais vu dans certains de ces petits cinémas parisiens du quartier latin, l’Action Christine, l’Action école, ou le Grand Action, et qui proposent régulièrement des rétrospectives, pour les cinéphiles… Ce film raconte l’histoire d’un incorrigible séducteur qui arrive en enfer, persuadé d’y avoir sa place, et raconte au diable sa vie tumultueuse.
  • En lisant son chapitre consacré à Joseph Mankiewicz, j’ai eu envie de revoir La Comtesse aux pieds nus, mais surtout Eve, qui m’a fait découvrir Bette Davis, qui reste l’une de mes comédiennes préférées, même si je ne suis pas encore venue à bout de son incroyable filmographie :
  • Enfin, j’ai eu du mal à me décider pour ce troisième film, j’ai hésité entre Sunset Boulevard de Billy Wilder, des films avec Katharine Hepburn et Spencer Tracy, avec Bogart et Bacall, un Sidney Lumet méconnu, émouvant et désopilant, que je rêve de revoir, Garbo Talks (À la recherche de Garbo), Le Lauréat de Mike Nichols qui a révélé Dustin Hoffmann… Je me suis finalement décidée pour un autre souvenir de séance au quartier latin, une comédie de Howard Hawks avec Katharine Hepburn et Cary Grant, L’Impossible Monsieur Bébé :

Voilà pour ce 3e hors-série… à très vite pour le dernier de cet été !

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Cycle Truffaut. Chapitre 2 : la parole et l’écriture

Comme annoncé précédemment, cet article sera consacré à Truffaut en tant qu’auteur, Truffaut écrivain, Truffaut épistolier, Truffaut interlocuteur et Truffaut graphomane…

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Pourquoi, à juste titre, Truffaut peut-il être considéré comme un homme « hyper-documenté » ? Parce que l’écriture nourrit sa vie et son oeuvre, que ce soit par la lecture ou par l’activité même d’écriture.

La lecture et l’écriture filmées

Partons d’une simple constatation maintes fois abordée dans les ouvrages qui lui sont consacrées : la lecture et l’écriture sont omniprésentes dans ses films. On voit les personnages lire et écrire, on voit l’écriture de Truffaut, si particulière, sans majuscules, se délier dans certaines scènes, et les livres, lettres, lignes, bref, toutes les traces écrites imaginables sont au coeur de son cinéma.

Meilleurs moments :

  • les scènes de lecture et d’écriture des Quatre cents coups. Antoine Doinel lit Balzac, rend hommage à Balzac. Il écrit des alexandrins, puni dans son coin à l’école, ce qui lui vaut les lignes « Que je dégradasse les murs de la classe… » Il écrit des lettres, recopie des mots d’excuses…
  • les lettres échangées dans Jules et Jim et dans les Deux Anglaises et le Continent, et que les personnages lisent à voix haute sur un écran neutre.
  • les lettres échangées entre Antoine Doinel et Fabienne Tabard dans Baisers volés.
  • l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dans L’Enfant sauvage.
  • le livre, objet interdit et omniprésent dans Fahrenheit 451, et la lecture, comme activité secrète mais récitée à voix haute.
  • la lecture et l’écriture au quotidien de la vie d’écolier dans L’Argent de poche.
  • le livre qu’écrit Bertrand Morane dans L’Homme qui aimait les femmes.
  • enfin, un dernier exemple (mais pas le seul), l’écriture de Truffaut/Ferrand dans La Nuit américaine, écriture mise en scène par les acteurs : « Même si ce que vous dites est vrai, moi je ne pourrais pas oublier. Je suis décidée, je vais vivre seule, je sais que la vie est dégoûtante. »

Voilà pour quelques scènes où sont mises en scène, de manière presque toujours simultanée, la lecture et l’écriture. Revenons maintenant à l’activité d’écriture, non pas en dehors des films, ce qui n’est jamais le cas, mais plutôt, là encore, conjointement à eux.

Truffaut épistolier

L’écriture étant l’une des formes d’expression qu’il affectionne le plus, la plupart de ses personnages et des personnalités qu’il admire la pratiquant, il est naturel que la lettre ait pour Truffaut un attrait particulier.

Nous l’avons vu, c’est généralement la lettre que Catherine, Jules et Jim, Antoine Doinel, utilisent pour communiquer, et pas seulement dans des films « d’époque » où elle est le seul moyen de communication, mais dans ses autres films, où elle vient concurrencer le téléphone.

correspondance truffaut

La Correspondance de François Truffaut, publiée en 1988, rassemblent des textes ayant été échangés entre 1945 – il a treize ans – et 1984. Dans cette correspondance « professionnelle », adressée d’abord en majorité à Robert Lachenay, son ami d’enfance qui partage avec lui sa passion de la littérature et du cinéma, on retrouve très vite des figures connues du cinéma, ses acteurs, ses scénaristes, ainsi que des réalisateurs qu’il admire et des proches collaborateurs.

On y retrouve l’échange de lettres qu’il eut avec Helen Scott, qui participa à l’enregistrement et à la traduction des entretiens Hitchcock / Truffaut. On y retrouve également la fameuse lettre adressée à Godard après la projection de La Nuit américaine, lettre de rupture artistique et amicale définitive entre les deux cinéastes.

entretiens hitch truffaut

On y trouve des lettres adressées à Hitchcock, dont la première, évoquant déjà l’idée des entretiens, rappelle leur première rencontre :

Il y a quelques années j’étais journaliste de cinéma, lorsqu’à la fin 1954 je suis allé avec mon ami Claude Chabrol, vous interviewer au studio Saint-Maurice où vous dirigiez la postsynchronisation de To Catch a thief. Vous nous aviez demandé d’aller vous attendre au bar du studio, et c’est alors que, sous l’émotion d’avoir vu quinze fois de suite une « boucle » montrant dans un canot Brigitte Auber et Cary Grant, nous sommes tombés, Chabrol et moi, dans le bassin gelé de la cour du studio. (…)

Par la suite, à chacun de vos passages à Paris, j’ai eu le plaisir de vous rencontrer (…) et l’année suivant vous m’avez même dit : « Je pense à vous chaque fois que je vois des glaçons dans un verre de whisky. »

La liste des correspondants est longue et riche : Aznavour, acteur de Tirez sur le pianiste, Nathalie Baye, qui apparaît dans trois de ses films, Clouzot, Costa-Gavras, Delerue, son compositeur attitré, Godard et Hitchcock, déjà mentionnés, Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque française, Alain Souchon, qui a composé la chanson de L’Amour en fuite, ou encore Jean-Louis Trintignant.

La lecture de ces lettres fait revivre le cinéma entre 1945 et 1984, et donne un exemple toujours impressionnant de l’amour que l’on peut lui porter.

Truffaut interlocuteur

La Correspondance de Truffaut nous donne une idée des préparatifs des entretiens avec Hitchcock. J’ai déjà eu l’occasion, dans plusieurs articles, qu’ils soient consacrés à la forme même de l’entretien, ou à Hitchcock, d’évoquer cette bible du cinéphile qu’est le Hitchbook.

hitchbook

Cet ouvrage donne à la fois une leçon de cinéma et met en lumière la façon, non seulement, de travailler d’Hitchcock, en faisant connaître l’homme et le cinéaste, sans jamais tomber dans l’indiscrétion, mais également la façon dont deux réalisateurs peuvent, brillamment, échanger sur leur métier.

Et selon moi, la préface à ces entretiens, rédigée par Truffaut, reste l’un des plus beaux hommages jamais écrits :

L’homme était mort, mais non le cinéaste, car ses films, réalisés avec un soin extraordinaire, une passion exclusive, une émotivité extrême masquée par une maîtrise technique rare, n’en finiraient pas de circuler, diffusés à travers le monde, rivalisant avec les productions nouvelles, défiant l’usure du temps, vérifiant l’image de Jean Cocteau parlant de Proust : « Son oeuvre continuait de vivre comme les montres au poignet des soldats morts. »

La phrase, écrite pour Hitchcock, clôturant la préface de l’édition définitive des entretiens, est valable pour Truffaut.

Cet exercice de l’entretien, Truffaut s’y est d’ailleurs soumis tout au long de sa carrière – avec peut-être moins de virtuosité que lui-même en a mis à interroger Hitchcock, du côté de ses différents interlocuteurs.

Ces entretiens, publiés dans la presse entre 1959 et 1984, ont été rassemblés par Anne Gillain dans un recueil publié en 1988 chez Flammarion, Le Cinéma selon François Truffaut.

Le cinéma selon Truffaut

On y retrouve, non seulement des échanges à l’occasion de la sortie de ses films – en cela le recueil respecte scrupuleusement la chronologie filmographique de Truffaut – mais aussi des réflexions sur le cinéma, sur les réalisateurs qu’il admire, ainsi que des souvenirs et des impressions d’enfance.

Enfin, on retrouve dans les entretiens diffusés sur France culture entre 1976 et 1982, avec Claude-Jean Philippe, « Mémoires d’un cinéaste », cette parole qui évoque ses « premières émotions cinématographiques » (l’un de mes entretiens préférés), le cinéma français à la Libération, l’époque des Cahiers du cinéma, ainsi que certains de ses films.

entretiens truffaut radio

On y constate que la parole de Truffaut, sans cesse dans l’échange, et, qu’il questionne ou qu’il réponde, témoigne toujours de ce bonheur d’évoquer le cinéma.

Truffaut critique

Ce n’est donc pas pour rien que les principaux recueils de critiques dont il est l’auteur s’intitulent Les films de ma vie et Le Plaisir des yeux.

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Dans le premier, on retrouve des articles qu’il a lui-même sélectionnés, sur des réalisateurs qu’il admire, Chaplin, Hitchcock, Welles, Cocteau, Guitry, à l’occasion de la sortie ou de la redécouverte de certains de leurs films.

Dans le second, que j’ai souvent parcouru, lu et relu, on retrouve bien-sûr les articles qui forment, en quelque sorte, l’acte de naissance de la Nouvelle vague – « Une certaine tendance du cinéma français »- des hommages aux réalisateurs admirés, mais également aux comédiens et comédiennes qui ont tourné avec lui : Adjani, Ardant, Deneuve, Dorléac, Marie Dubois ou encore Jean-Pierre Léaud.

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Mais le texte que je préfère entre tous, c’est celui choisi pour être l’épilogue de ce recueil, et qui a pour titre : « Voilà pourquoi je suis le plus heureux des hommes ».

Je suis l’homme le plus heureux du monde, voilà pourquoi : je marche dans une rue et je vois une femme, pas grande mais bien proportionnée, très brune, très nette dans son habillement avec une jupe sombre à larges plis qui bougent au rythme de sa démarche plutôt rapide (…) son visage n’est pas souriant, cette femme marche dans la rue sans chercher à plaire, comme si elle était inconsciente de ce qu’elle représente : une bonne image charnelle de la femme, une image physique, mieux qu’une image sexy, une image sexuelle. Un promeneur qui la croise sur le trottoir ne s’y est pas trompé : je le vois se retourner sur elle, faire demi-tour et lui emboîter le pas. Je regarde la scène. (…)

Je ne peux citer l’intégralité de cet article : face à une scène de drague ordinaire, quotidienne, Truffaut spectateur imagine d’emblée un matériel cinématographique dans lequel la femme, abordée par l’homme, réagit et force l’homme, en l’invectivant, à se regarder dans une glace. Suite à ce récit – on retrouve la scène telle qu’elle a été imaginée par Truffaut dans La Peau douce – ce dernier conclut :

Voilà pourquoi je suis le plus heureux des hommes ; je réalise mes rêves et je suis payé pour ça, je suis metteur en scène.

Faire un film , c’est améliorer la vie, l’arranger à sa façon, c’est prolonger les jeux de l’enfance, construire un objet qui est à la fois un jouet inédit et un vase dans lequel on disposera, comme s’il s’agissait d’un bouquet de fleurs, les idées que l’on ressent actuellement ou de façon permanente. Notre meilleur film est peut-être celui dans lequel nous parvenons à exprimer, volontairement ou non, à la fois nos idées sur la vie et nos idées sur le cinéma.

Là encore s’exprime l’amour du métier, l’amour du cinéma, qui se révèle de manière pleine et définitive dans ce qui évoque directement les films de Truffaut : scénarios, journal de tournage et projets.

truffaut par truffaut

À noter que certains de ces textes, lettres, critiques, articles, sont rassemblés dans un magnifique ouvrage par Dominique Rabourdin, Truffaut par Truffaut, paru une première fois en 1985 aux éditions du Chêne et réédité en 2004.

Truffaut auteur et réalisateur de films

J’aborderai rapidement cette dernière partie, en indiquant seulement quelques références :

  • Les Aventures d’Antoine Doinel, réunissant les scénarios et les notes de travail des Quatre cents coups, Antoine et Colette, Baisers volés, Domicile conjugal et L’Amour en fuite ;
  • L’ouvrage qui regroupe le scénario de La Nuit américaine et le journal de tournage de Fahrenheit 451, publié aux éditions des Cahiers du cinéma, dans la collection « Petite bibliothèque » ;
  • Le cinéroman L’Homme qui aimait les femmes ;
  • Enfin, même si je suis convaincue d’avoir oublié des choses, le dernier scénario co-écrit avec Jean Gruault, Belle époque, et mis en roman par ce dernier, ouvrage qui suit personnages réels et personnages fictifs entre 1900 et 1914.

Il y a sans doute des oublis dans ce tour d’horizon de la production écrite de Truffaut. Je ne prétends pas être exhaustive, mais simplement donner un aperçu de ce qui m’a touchée, enthousiasmée, et transformée, dans la lecture de ces textes. J’espère avoir donné quelques envies de (re)lectures et de (re)découvertes cinématographiques.

Et à découvrir ou redécouvrir, voici à nouveau une sélection de trois films.

Lettres, lectures, littérature et cinéma

  •  Jules et Jim (1962). Jeanne Moreau, lumineuse Catherine, qui aime Jules, puis Jim, puis Jules, puis Jim, au début du vingtième siècle. Il est difficile d’y choisir une scène, une phrase, un moment entre tous, tout y est tour à tour léger et émouvant : Jeanne Moreau courant sur un pont, Jeanne Moreau chantant « Le Tourbillon de la vie »… On a en le regardant un sentiment de quiétude tranquillement inquiète, ponctué par la lecture de fragments entiers du roman éponyme d’Henri-Pierre Roché.
  • Les deux Anglaises et le Continent (1971). Claude (Jean-Pierre Léaud) hésite entre deux soeurs Anglaises, Anne, avec laquelle il noue une amitié sentimentale, et Muriel, pour laquelle il éprouve une véritable passion. Ce que j’aime dans ce film, c’est le sentiment réel, qui a été formulé, il me semble, par Truffaut lui-même, d’assister à la rencontre du narrateur de la Recherche avec les soeurs Brontë.

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  • L’Histoire d’Adèle H. (1975). Truffaut met en scène la fille cadette de Victor Hugo, Adèle, fuyant l’ombre immense de son père et le fantôme de sa soeur Léopoldine, progressivement aliénée dans son amour non réciproque pour un jeune lieutenant anglais. Adjani y est bouleversante et terrifiante.

Voilà pour cette seconde sélection. Bonne (re)découverte !

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Les réalisateurs ont la parole

L’entretien est l’une des formes privilégiées qu’adoptent les revues spécialisées et les ouvrages sur le cinéma. Rendus célèbres notamment par les Cahiers du cinéma, dont les critiques – futurs cinéastes – sont allés régulièrement interroger leurs pères spirituels (André Bazin, Hitchcock…), puis leurs pairs, ils sont devenus l’une des références en matière de cinéma sous la forme du Hitchbook.

La bible du cinéphile

Qu’est-ce que le Hitchbook ? J’ai déjà eu l’occasion d’en parler. Le Hitchbook, ce sont les entretiens menés par François Truffaut avec Alfred Hitchcock, et publiés pour la première fois en 1966. En 1983, l’ouvrage a fait l’objet d’une réédition qui ajoute au texte une préface et un dernier chapitre consacré aux derniers films d’Hitchcock.

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Durant ces entretiens, les deux cinéastes vont aborder tous les aspects de la vie et de l’oeuvre d’Hitchcock – enfance, genèse de chaque projet, secrets de fabrication des scènes majeures de la mythologie hitchcockienne (la scène de la douche de Psychose, différentes scènes de la Mort aux trousses, etc.) – mais surtout, ils vont donner au lecteur une « leçon de cinéma ». Le Hitchbook est la bible du cinéphile, une référence, l’un des seuls, voire le seul, textes à garder, à lire et à relire sur le cinéma.

Pour une présentation de cet ouvrage par celui qui en est à l’origine, voir cette vidéo de l’INA, vidéo que je n’ai malheureusement pas réussi à intégrer dans le corps de l’article.

Les entretiens Hitchcock / Truffaut sont un modèle souvent copié, rarement égalé pour donner la vision d’une oeuvre de cinéaste, le panorama d’une époque ou d’un univers (pays, continent) cinématographique, ou du cinéma en général. Depuis 1966, les entretiens ont été menés par des cinéastes, critiques, ou cinéphiles auprès des cinéastes les plus célèbres.

Quelques exemples :

  •  Truffaut s’est lui-même livré à l’exercice des entretiens entre 1959 et 1984, rassemblés dans Le Cinéma selon François Truffaut, par Anne Gillain, publiés en 1988 aux éditions Flammarion.
  • Egalement avec Truffaut, les entretiens radiophoniques menés par Claude-Jean Philippe sous le titre Mémoires d’un cinéaste, et que la boutique de l’INA propose sous forme de deux CD.
  • Les entretiens d’Orson Welles avec Peter Bogdanovich publiés en 1997 aux éditions du Seuil (collection Points virgule) sous le titre Moi, Orson Welles.
  • Les Entretiens avec Woody Allen, d’Eric Lax, publiés en 2008 aux éditions Plon, qui rassemblent les interviews menées par l’auteur avec Woody Allen entre 1971 et 2008.
  • Tim Burton : entretiens avec Mark Salisbury, publié en 2009 aux éditions Sonatine. Pénétrez dans l’univers du maître du fantastique.
  • Conversations avec Claude Sautet, de Michel Boujut, parues en 2001 aux éditions Actes Sud, et malheureusement épuisées.

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La liste pourrait être encore longue…

Généralement, ce type d’entretiens, qu’il s’agisse d’une longue et unique rencontre leur donnant naissance ou que les deux protagonistes se retrouvent à intervalles réguliers, fait la rétrospective d’une oeuvre, d’un parcours cinématographique.

Cependant, l’ouvrage qui m’intéresse aujourd’hui choisit un autre angle d’attaque.

Un instant T du cinéma

Par manque de temps, je n’ai pas pu lire et publier avant cet article. Le livre que j’ai retenu pour ce mois-ci est donc paru en avril 2014 – mais il est également vrai que, comme je l’ai déjà signalé, il y a en ce moment relativement peu de publications sur le cinéma, même dans le rayon fictions, si l’on exclut tout ce qui paraît actuellement sur Grace Kelly.

D’ailleurs, si j’ai choisi de n’aborder aucune de ces biographies, ce n’est pas parce que j’ai arbitrairement décidé de « black-lister » Grace Kelly de ce blog – j’ai déjà eu l’occasion de lui consacrer un article – mais parce que je ne voulais pas choisir entre toutes ces publications qui me semblaient surfer sur la vague du glamour / people / sensation / mélo.

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Bref, ayant, comme à mon habitude, digressé d’un sujet à l’autre, je présente enfin le livre retenu. Une renaissance américaine : entretiens avec 30 cinéastes, de Michel Ciment, est paru aux éditions Nouveau monde, dans la collection Cinéma.

Comme l’indique son sous-titre, il rassemble des entretiens réalisés avec 30 cinéastes américains, ayant commencé leur carrière de réalisateurs entre les années 1970 et 1980, après l’âge du muet et l’âge d’or d’Hollywood. Leur cinéma est le témoignage d’un changement radical dans la société américaine.

Réalisés en une fois pour chaque réalisateur, lors de la sortie d’un de ses films (petit budget ou grosse production), ces entretiens sont à la fois le témoignage d’un instant pris sur le vif (à un certain moment d’une oeuvre) et l’occasion, finalement, d’une rétrospective du cinéma américain .

Les réalisateurs interrogés sont alors souvent en début de carrière, ou n’ont pas encore réalisé les œuvres pour lesquelles le grand public les connaît le mieux, et ces entretiens témoignent donc de tout ce qu’il y a d’embryonnaire dans une oeuvre.

30 instants du cinéma américain

Dans ce recueil de Michel Ciment, on retrouve donc, par ordre alphabétique, 30 cinéastes américains : entre autres, Woody Allen (1994 : Coups de feu sur Broadway), Tim Burton (1991 : Edward aux mains d’argent), Coppola, Clint Eastwood, Stanley Kubrick (1987 : Full metal jacket), George  Lucas avant le triomphe de Star Wars (1977 : American Graffiti), Sydney Pollack, Martin Scorsese, Quentin Tarantino avant Pulp fiction (1992 : Reservoirs dogs) ou encore Robert Zemeckis.

Chaque entretien est précédé d’une photo en noir et blanc du réalisateur et d’un court texte d’introduction, retraçant sa carrière et le contexte dans lequel cet entretien a été réalisé.

Les entretiens sont livrés dans une forme un peu brute, les portraits en noir et blanc étant les seuls illustrations de l’ouvrage. Cette forme aride peut décourager le lecteur, c’est l’inconvénient majeur de cet ouvrage.

Son avantage en revanche, c’est la forme même des entretiens multiples, des textes que l’on peut lire dans le désordre et en ouvrant le livre au hasard, qu’on ait envie de « lire la voix » de Tim Burton, de George Lucas ou de Tarantino – curieusement, le grand absent restant Spielberg…

Un autre de ses avantages, c’est la découverte à chaque fois d’un regard singulier sur le cinéma. Chacun offre au lecteur cet amour pour son art dans tout ce qu’il a d’unique pour lui : Woody Allen et sa passion des ambiances de jazz, George Lucas et ses références de science-fiction, Tim Burton, ses souvenirs du cinéma d’horreur et sa manière si singulière de peindre des petites villes américaines proches de celle de son enfance.

Le tout est riche, dense, foisonnant, et donne envie de se replonger dans l’univers de chacun d’eux, pour en retrouver les images, les décors, les créatures et les sons.

A compléter avec :

  • Amis américains. Entretiens avec les grands auteurs d’Hollywood, de Bertrand Tavernier,  paru en 2008 aux éditions Actes sud ;
  • Mythes et idéologie du cinéma américain, ouvrage consacrés principalement aux films de science-fiction et catastrophes, que j’ai eu l’occasion d’évoquer dans un article – article ayant fait polémique :
  • L’Amérique évanouie, circuit dans les décors naturels américains des films d’horreur et de suspense, entre autres. Article à retrouver ici.

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The city that never sleeps

Fin 2013, j’avais consacré un article à un ouvrage faisant la part belle aux paysages américains. Aujourd’hui, pleins feux sur New York, et évidemment, quoi de mieux qu’une bonne chanson pour introduire cela :

(j’ai choisi la vidéo la plus visuelle)

Dans La Ville au cinéma, ouvrage déjà mentionné, au moins deux articles traitent de New York au cinéma, dans le chapitre « Villes cinématographiques ». Voici quelques lignes de l’un d’eux, « New York, un Etat uni », sous la plume de Sophie Body-Gendrot :

New York, tel Janus, a deux visages. L’un, décrié par les non New-yorkais, est arrogant, surfait, brutal, épuisant. On dit facilement qu’à New York, on est burnt out, consumé par l’intensité de la vie quotidienne. L’autre visage est un kaléidoscope ouvert, infini, démultiplié mais familier (…).

Depuis un siècle, les films ont fabriqué la ville mythique de notre imaginaire. Film après film, Scorcese, Lumet, Minnelli, Allen, Wyler, Hitchcock en ont dressé les câblures, les murs, les tourelles, les rues et les ponts et en ont fait une ville si dense dans sa texture, si riche dans sa conception qu’ils lui ont conféré une étonnante présence, soit un sens du lieu à nul autre pareil. (p.509-510)

New York, plan monument

Que ce soit dans les films de science-fiction, les comédies romantiques, les films noirs, n’importe quel genre, n’importe quelle époque, New York est comme Paris, une merveilleuse carte postale aux plans monuments idéaux – pour cette notion de « plan monument », voir la vidéo du Fossoyeur de films sur les 10 pires clichés du cinéma, youtubeur dont je dois la découverte à Eva, de Thèse antithèse foutaises.

Wikipédia recense 618 films se déroulant à New York et 93 séries télévisées. N’importe qui peut donc y trouver son compte : du plus ancien film parlant, Le Chanteur de jazz, au plus récent tel que le Casse-tête chinois de Klapisch (suite un peu décevante de L’Auberge espagnole et des Poupées russes), du classique romantique Quand Harry rencontre Sally au film catastrophe Deep impact, de How I met your mother aux innombrables séries policières. En ce qui concerne les séries, ma préférence va à Friends, à ses vues de buildings et à son Central Perk.

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Guide de New York à l’usage du cinéphile

Parmi ces 618 films, et sans parler des séries, les auteurs de New York fait son cinéma, ouvrage paru en février 2014 aux éditions du Chêne, ont fait une sélection. Barbara Boespflug et Béatrice Billon ont-elles choisi les films les plus visuels, ceux dont les lieux de tournage sont devenus les plus évocateurs aux amoureux de New York ? Peut-être…

Toujours est-il qu’on ne peut pas leur reprocher d’avoir dû faire un choix, dans lequel figurent principalement des films récents (40 dernières années), à l’exclusion peut-être de King Kong, de Diamants sur canapé ou de Sept ans de réflexion.

new york fait son cinéma

Si l’on retrouve à l’intérieur quelques-uns des monuments et des points de vue de New York les plus célèbres – Empire State Building, Pont de Brooklyn, Statue de la liberté, zoo de Central Park – la grande majorité des lieux mentionnés sont des restaurants, des hôtels et, dans une moindre mesure, des magasins, le tout organisé par zones géographiques.

Ainsi joint au souvenir cinématographique y’a-t-il la possibilité d’un achat, plus ou moins onéreux, d’une consommation ou d’une réservation. On ne revit pas seulement la scène du film, on se l’approprie en y jouant à son tour.

Un film, un lieu

La présentation de ce guide est des plus simples : une double page par lieu. Un côté texte, un côté images, parfois suivi d’une double page supplémentaire d’images. Très visuel donc, très agréable.

Si l’ouvrage est consacré aux films ayant New York pour décor, le texte ne mentionne que très brièvement la scène du film, une à deux lignes, pour se concentrer sur le lieu en lui-même, parfois avec quelques anecdotes propres au film. Ce parti-pris peut sembler un peu dommage : le texte n’explicite pas toujours le choix du lieu ou les circonstances du tournage, sauf peut-être pour les monuments ou les lieux filmés en extérieur, mais au moins le guide garde toute sa fonction de guide.

Sources : Allociné

Sources : Allociné

Petit florilège :

L’un des cafés de Vous avez un message, comédie romantique avec Tom Hanks et Meg Ryan, le théâtre de Black Swan, la bijouterie Tiffany & Co de Diamants sur canapé, la bouche de métro de Sept ans de réflexion, un hôtel du Parrain, un café du Diable s’habille en Prada, la statue de la liberté aperçue à la fin de Titanic.

Un exemple : le Katz’s  delicatessen de Quand Harry rencontre Sally. Après avoir mentionné le réalisateur, les acteurs principaux (Meg Ryan et Billy Crystal) et la date de sortie du film, les auteurs rappellent brièvement la scène se déroulant dans ce lieu – elles en donneront un résumé plus exhaustif après cette description :

Fondé en 1888, Katz’s est l’un des plus anciens est l’un des plus anciens et mythiques delicatessens de Manhattan. Sa popularité est née lorsque, au début du XXe siècle, le quartier du Lower East Side était celui des familles juives d’Europe de l’Est nouvellement immigrées. Katz’s s’imposa vite comme le restaurant du coin idéal pour se retrouver. La Seconde Guerre mondiale envoya les trois fils du propriétaire servir leur pays et scella la devise affichée depuis dans l’établissement : « Send a salami to your boy in the Army ». (…) Véritable institution, son sandwich au pastrami « on rye », servi entre deux tranches de pain de seigle, est réputé comme le meilleur de NYC. (p.124)

En dessous du texte de présentation, on retrouve ce qui fait l’un des atouts majeurs de ce livre.

Interactivité

Dans un précédent article, j’avais déjà mentionné un ouvrage qui couplait une offre numérique et une offre papier. En effet, l’auteur du Silence est d’or – Le Cinéma comique américain, Enrico Giacovelli, proposait en parallèle de son livre une chaîne YouTube.

Dans New York fait son cinéma, Barbara Boespflug et Béatrice Billon proposent au lecteur, en partenariat avec Allociné, de retrouver les bandes annonces des films cités en flashant sur un smartphone les codes insérés à chaque bas de page de l’ouvrage.

Au visuel des photographies est donc directement associé le visuel du film. C’est par de tels procédés, toujours plus inventifs, que le livre gagne à s’extérioriser de son format papier.

Les auteurs proposent également un site Internet, consacré à Paris (puisqu’un ouvrage sur Paris a fait l’objet d’une précédente publication), mais aussi autour du monde. En ce qui concerne Paris, je vous recommande également l’application Cinemacity qui offre des circuits cinématographiques dans la ville.

Pour prolonger la lecture…

Bien-sûr, New York fait son cinéma donne un choix de films ayant la ville pour décor. Ce qui m’a cependant un peu déçue, c’est que, comme je l’ai déjà dit, hormis Sept ans de réflexion et Diamants sur canapé, peu de films font la part belle à l’âge d’or hollywoodien, et je finirai sur trois exemples de films que j’attendais, et que je n’ai pas trouvé parmi cette petite sélection – qui reste tout de même tout à fait recevable :

  • La scène d’ouverture de La Mort aux trousses d’Hitchcock, mais pas seulement : également la scène aux Nations Unies et surtout la scène où Roger Thornhill, alias Cary Grant, se fait enlever à l’hôtel Plaza. Cet hôtel est mentionné, certes, mais pour évoquer la dernière version de Gatsby le magnifique, mais sans un mot pour ce chef d’oeuvre hitchcockien. Pourtant, il aurait été amusant de rappeler que Cary Grant était un habitué du Plaza. Quant à la scène se déroulant aux Nations Unies, les tournages des films de fiction y étant interdits, voici ce qu’en dit Hitchcock dans ses entretiens avec Truffaut :

 Tout ce qui se passe dans les locaux des Nations Unies a été reconstitué en studio très fidèlement (…) Tout de même, nous sommes allés devant le bâtiment des Nations unies et, pendant que les gardiens surveillaient notre matériel, nous avons filmé un plan avec une caméra dissimulée : Cary Grant pénétrant dans l’immeuble. (p.213)

  • Comment épouser un millionnaire : le film réunit dans un décor exclusivement new-yorkais Marilyn Monroe, Lauren Bacall et Betty Grable. Trois mannequins déçues des hommes se retrouvent dans un appartement luxueux pour essayer d’appâter les hommes d’affaires et s’en faire épouser.
Monroe, Grable, Bacall. Sources : Wikipédia

Monroe, Grable, Bacall.
Sources : Wikipédia

  • Enfin, parmi les films de cette période directement liés à un décor new-yorkais, il y a Elle et Lui, avec Deborah Kerr et Cary Grant, encore. Les deux personnages se rencontrent et tombent amoureux lors d’une croisière, mais sont tous deux engagés de leur côté. Ils décident de se séparer pendant six mois pour éprouver leur amour et de se donner rendez-vous, les six mois écoulés, au sommet de l’Empire State Building. Idéal pour les amateurs de comédies romantiques et les âmes sensibles…
Sources : Allociné

Sources : Allociné

Je précise que j’ai choisi à chaque fois une scène du film où un petit morceau de New York est visible, pour vous aider mieux à rêver de la ville qui ne dort jamais…

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À l’inconnue de la lettre

Ce mois de décembre est une véritable hécatombe de personnalités politiques et cinématographiques. Ce blog n’est pas assez politique pour évoquer avec assez de discernement et de justesse Nelson Mandela – même si j’admire l’homme et son oeuvre. Je ne suis pas une inconditionnelle de Fast and Furious pour parler de Paul Walker.

J’avoue à ma grande honte n’avoir jamais vu Lawrence d’Arabie – de ce fait, je connais davantage Peter O’Toole pour sa prestation dans la série Les Tudors que pour son rôle dans ce film. Le magnétisme de ses yeux bleus, révélé dans Lawrence d’Arabie, s’arrête malheureusement pour moi à une affiche.

Source : L'odyssée du cinéma

Source : L’odyssée du cinéma

En revanche, il est un visage que je revois, en mouvement, sur un écran et vibrant d’émotions, c’est celui de Joan Fontaine. Joan Fontaine est décédée il y a trois jours, le 15 décembre 2013. Evidemment, sa disparition est peut-être passée quelque peu inaperçue au milieu de toutes les autres – je ne sais pas quel écho elle a eu aux Etats-Unis. J’ai pu lire quelques articles de presse et de blogs publiés juste après, les uns saluant l’héroïne hitchcockienne (Le Figaro), d’autres affirmant « la Rebecca d’Hitchcock n’est plus ».

C’est inexact. Pas le fait de dire qu’elle n’est plus, bien évidemment – je ne fais pas partie des personnes qui croient Elvis toujours vivant. Mais dire de Joan Fontaine qu’elle est / était la « Rebecca d’Hitchcock » est on ne peut plus faux. Car si elle joue bien dans le film Rebecca, elle n’incarne pas ce personnage – le fantôme plus qu’envahissant d’une femme dont le mari s’est remarié – mais la narratrice anonyme du film.

Certes, je n’ai pas en mémoire toute la filmographie de Joan Fontaine, mais bien-sûr, ce sont ses apparitions chez Hitchcock qui m’ont le plus marquée, ainsi que son rôle dans le film de Max Ophüls, Lettre d’une inconnue et sa participation au film de George Cukor, Femmes. Petit aperçu de ces quelques films…

Rebecca : la narratrice en petite feuille tremblante

Rebecca, c’est d’abord un roman fantastique (aussi bien en tant que genre que de manière appréciative) de Daphné du Maurier, inspiré de Jane EyreDaphné du Maurier a d’ailleurs également écrit une formidable biographie de Branwell Brontë, le frère quelque peu oublié des célèbres « soeurs Brontë ».

Rebecca, c’est donc l’histoire d’une jeune femme maladroite et mal dans sa peau qui épouse un veuf fortuné et taciturne, Max de Winter. Ce veuf a perdu son éblouissante et envahissante première femme, Rebecca, dans des circonstances particulières, et le fantôme de cette femme continue d’hanter Manderley, demeure somptueuse, où le moindre mouchoir, la moindre en-tête d’enveloppe est un rappel de Rebecca. Pour entretenir le culte de la morte, on peut compter sur Mrs Danvers, gouvernante de Manderley, vieille fille vivant toujours dans l’adoration et la dévotion à son ancienne maîtresse.

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Autant dire que la pauvre petite narratrice qui ne sait ni s’habiller, ni recevoir, et qui a toujours l’air effrayé, va avoir un certain mal à s’imposer comme la nouvelle « Mrs de Winter ».

Le roman est magnifiquement écrit, il s’ouvre sur ces quelques lignes – je cite en anglais :

Last night I dreamt I went to Manderley again. It seemed to me I stood by the iron gate leading to the drive, and for a while I could not enter, for the way was barred to me.

Le film, lui, s’ouvre exactement sur les mêmes mots. En voici les premières minutes :

Joan Fontaine est extraordinaire de fraîcheur, de candeur et d’effroi dans ce film. Dans leurs entretiens, Hitchcock et Truffaut reviennent sur son personnage :

FT : (…) vous dîtes que c’est un film qui manque d’humour mais quand on vous connaît bien, on a l’impression que vous avez dû beaucoup vous amuser en écrivant le scénario, car finalement c’est l’histoire d’une fille qui accumule les gaffes. En revoyant le film l’autre jour, je vous imaginais avec votre scénariste : « Voilà la scène du repas, est-ce que l’on va lui faire tomber sa fourchette par terre ou bien est-ce qu’elle va renverser son verre ou plutôt casser une assiette… » On sent que vous deviez procéder de la sorte.

AH : C’est vrai, ça se passait de cette façon, c’était amusant à faire…

FT : La fille est caractérisée un peu comme le jeune garçon dans Sabotage, quand elle casse une statuette, elle en cache les morceaux dans un tiroir, en perdant de vue qu’elle est la maîtresse de maison.

Même s’il n’est pas tout à fait considéré par Hitchcock comme l’un de ses films à part entière, c’est l’un de mes films préférés de ce réalisateur, pour plusieurs raisons : d’abord pour une ambiance très sombre, fantastique, avec cette histoire de fantôme qui reste réaliste ; ensuite pour ces petites touches d’humour qui font que tour à tour, on plaint et on se moque de cette toute petite chose tremblante qui ne parvient pas à « avoir les épaules » d’une maîtresse de maison ; enfin parce que la méchante du film, Mrs Danvers, incarnée par Judith Anderson, est savoureuse.

Et Joan Fontaine est lumineuse dans ce film, le versant parfait de cette sombre et terrifiante Mrs Danvers.

Soupçons : mon mari veut-il me tuer ?

soupçons

Lorsque leurs entretiens les conduisent à évoquer Soupçons, Hitchcock donne enfin son impression personnelle sur Joan Fontaine en tant qu’actrice :

AH : (…) Au début de Rebecca, je trouvais qu’elle était peu consciente d’elle-même comme actrice, mais je voyais en elle les possibilités d’un jeu contrôlé et je l’estimais capable de figurer le personnage d’une façon tranquille et timide. Au début elle faisait un peu trop la timide, mais je sentais qu’on y arriverait – et on y est arrivé.

FT : Elle a une certaine fragilité physique que n’avaient ni Ingrid Bergman, ni Grace Kelly…

Dans Soupçons, elle incarne une femme qui en vient à soupçonner son mari, un playboy charmeur et oisif joué par Cary Grant, de vouloir l’assassiner, et le spectateur est sans arrêt tiraillé entre ses soupçons à elle, ses propres soupçons renforcés par ce qu’il voit sur l’écran, et troublé par le doute : est-il réellement coupable ?

Femme parmi les femmes

L’année précédent sa première collaboration avec Hitchcock, en 1939, Joan Fontaine a participé au film Femmes, de George Cukor, également réalisateur d’un certain nombre de films avec Katharine Hepburn – l’une de ses actrices fétiches – et de My Fair Lady, avec Audrey Hepburn.

femmes

Femmes est un film, comme son nom l’indique, au casting exclusivement féminin, et on y retrouve parmi les plus grandes stars de l’époque, dont Joan Crawford et Paulette Goddard. Si les hommes sont absents du casting, ils sont omniprésents dans les conversations : mariage, épouses, maîtresses, adultère, rivalités, amitiés, et crêpages de chignon, le tout filmé avec une ironie cinglante par un cinéaste qui n’est dénué ni d’exigence ni de misogynie, loin de là.

Lettre d’une inconnue : l’amoureuse inconditionnelle

Mais l’un des plus beaux rôles de Joan Fontaine, c’est celui qu’elle incarne dans la Lettre d’une inconnue, de Max Ophüls, adaptation de la nouvelle éponyme de Stefan Zweig. Anonyme dans l’oeuvre littéraire, comme dans Rebecca, la narratrice est dotée d’une identité à part entière dans le film de Max Ophüls.

Source : Allociné

Source : Allociné

Dans cette nouvelle, sous forme épistolaire, une femme avoue son amour à l’homme en silence et de loin depuis son adolescence, et tout ce qu’elle a sacrifié pour se consacrer à cet amour.

Les nouvelles de Stefan Zweig sont des bijoux qui explorent la complexité du coeur humain, la Lettre d’une inconnue comptant parmi les plus belles, avec La Confusion des sentiments, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, Amok, Le Voyage dans le passé ou encore Le Joueur d’échecs. Ces nouvelles ne sont qu’un des rares témoignages du génie de cet écrivain, qui excellait également dans l’écriture de biographies.

Personne ne pouvait sans doute mieux filmer la Lettre d’une inconnue que Max Ophüls, qui évoque aussi bien l’amour oisif et capricieux – La Ronde, Le Plaisir – que l’amour passionné et exclusif dans Madame de… à moins que ce ne soit les deux à la fois, frappant au hasard – hasard mesquin et douloureux – et simultanément, dans un monde aujourd’hui disparu – l’Europe du début du vingtième siècle, les crinolines, les valses, les corsets, les fleurs, la musique et les lettres d’amour.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19473245&cfilm=2681.html

C’est dans ce rôle d’une femme éperdue d’amour pour un homme qui ne la connaîtra et ne la reconnaîtra jamais que Joan Fontaine irradie. C’est aussi dans ce film qu’elle explore toutes les facettes de la femme amoureuse, depuis l’adolescente naïve jusqu’à la mère blessée, en passant par l’amante, la mondaine, et la correspondante passionnée, qui scelle le destin de l’homme qu’elle a aimé de loin.

Star parmi les stars, femme parmi les femmes, Joan Fontaine les a toutes incarnées.

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Itinéraire cinématographique aux Etats-Unis

Amateurs de grands espaces et de paysages, peut-être avez-vous rêvé de parcourir le Dakota en compagnie de Kevin Costner dans Danse avec les loupsSi vous avez eu l’occasion de le voir, peut-être avez-vous aimé vagabonder en compagnie de Natty Gann, l’équivalent féminin de Croc blanc, de Chicago à Seattle. Peut-être, plus récemment, avez-vous savouré la chevauchée de Django et du Docteur King Schultz dans Django unchained de Quentin Tarantino.

Les exemples de films dépaysants se déroulant aux Etats-Unis sont nombreux – et pour les Américains, la simple mention de la Tour Eiffel peut elle aussi être dépaysante. Paysages et monuments sont pour nous des points de repères auxquels on associe les villes et les pays. La Statue de la Liberté et l’Empire State Building ? New York. Le Golden Gate ? San Francisco. La Maison blanche et le Capitole ? Washington. Walk of fame ? Los Angeles.

ville au cinéma

Si vous aimez les villes et si, par-dessus tout, vous aimez les retrouver au cinéma, je vous recommande l’ouvrage édité en 2005 par les Cahiers du cinéma, La Ville au cinéma, dirigé par Thierry Jousse et Thierry Paquot.

amérique évanouie

Si vous avez une préférence pour les petites villes, la campagne et les grands espaces des Etats-Unis, L’Amérique évanouie, de Sébastien Clerget, paru en novembre 2013 aux éditions Rouge Profond (collection Décors) s’adresse à vous.

Escapade littéraire et cinéphile

J’ai dévoré ce livre le temps d’un aller-retour en RER et métro, et durant ce trajet, j’avais le sentiment de ne plus être tout à fait à Denfert-Rochereau ou à Odéon, mais quelque part entre le Maine, l’Oregon et la Californie. D’ailleurs, l’ouvrage est habilement sous-titré « De Stephen King à John Carpenter, du Maine à la Californie ».

Oui, en effet, ce livre des plus agréables à lire, n’évoque pas seulement le cinéma. Il consacre quelques pages à la littérature américaine, et notamment à l’un des écrivains américains les plus adaptés au cinéma : Stephen King – j’aurai l’occasion d’y revenir.

On aborde ce livre exactement comme ce qu’il se veut : une promenade, un journal de voyage, où se glissent les photos, non pas personnelles, mais plutôt personnifiées, de certains décors naturels inoubliables. Et durant ce voyage en aller-retour, même lorsqu’il nous parle de films que nous n’aurions pas vu, le fait d’imaginer reste captivant.

L’Amérique évanouie permet également de découvrir ou de redécouvrir les Etats-Unis. Pour ceux qui comme moi, savent à la rigueur situer les monuments des villes, et les états les plus connus (les tous petits qui s’agglutinent à l’est, je ne m’en souviens jamais), c’est l’occasion de réviser un peu de géographie :

Maine - Vermont - Massachusetts - Dakota du sud - Colorado - Wyoming - Oregon - Washington - Californie

Maine – Vermont – Massachusetts – Dakota du sud – Colorado – Wyoming – Montana – Washington – Oregon- Californie

En guise d’introduction, l’auteur aborde deux cinéastes  : le « paysagiste » John Ford, fidèle aux grands espaces de Monument Valley qui servaient de décors à ses westerns, et « l’architecte » Alfred Hitchcock, qui s’amuse aussi bien à filmer les grandes villes, les monuments, que les petites villes et les routes désertiques.

Si l’auteur de l’ouvrage ne dédaigne aucun de ces aspects – San Francisco représente les grandes villes, le Golden Gate et le Mont Rushmore, les monuments – son intérêt se porte surtout sur les petites villes et les grands espaces, comme en témoignent ces quelques lignes :

Parcourir les États-Unis et ses paysages, c’est traverser un pays peuplé de fantômes, ceux des Amérindiens notamment, quasi invisibles et pourtant encore omniprésents. On ne compte pas les lieux auxquels sont rattachées des légendes indiennes, aujourd’hui devenues plus proches du folklore que du lien étroit entretenu jadis par des peuples avec leur environnement. Cependant, les États-Unis ne sont pas seulement parsemés de légendes, mais aussi par les ruines et les épaves, répondant enfin aux voeux formulés par Nathaniel Hawthorne : « Le romantisme et la poésie comme le lierre, les mauvaises herbes et les plantes, ont besoin de ruines pour pouvoir s’acclimater. » (p.12)

Au pays de Hawthorne, Kerouac et Stephen King

Nathaniel Hawthorne donne à l’auteur l’occasion d’une halte à Salem dans le Massachusetts et Jack Kerouac lui offre une ouverture aux grands espaces, à commencer par le Colorado, au détour d’une citation de Sur la route :

À présent, je voyais Denver se profiler devant moi comme une Terre Promise, tout là-bas, sous les étoiles, passés les prairies de l’Iowa et les plaines du Nebraska, et je devinais la vision plus grandiose encore de San Francisco, joyau dans la nuit.

Mais c’est bien-sûr Stephen King qui reste l’écrivain phare de cet ouvrage, puisque Sébastien Clerget s’intéresse autant aux paysages où a vécu l’écrivain, qu’à ceux qui ont servi de décors à ces livres ou aux adaptations qui en ont été faites.

Au moment où il écrit son livre, il évoque l’oeuvre la plus récemment parue de Stephen King, 23/11/63, et les lieux où il s’arrête, qui ont servi d’inspiration à King et lui ont permis  d’entremêler sa vie à son oeuvre, de mêler aux villes fictives, les villes réelles. Nouveaux allers-retours géographiques, littéraires et biographiques, qui n’en finissent pas de captiver le lecteur, qu’il soit un expert ou non de l’auteur de Shining :

Les lieux mêmes dans lesquels Stephen King vit ou a vécu sont propices à laisser l’imagination vagabonder jusqu’à rejoindre les histoires fantastiques écrites par l’homme du Maine. De la petite maison située au bord de la route perdue dans la campagne de Durham, où un jeune homme passionné de fantastique a écrit ses premiers textes, au manoir gothique de Bangor, où l’auteur de best-seller a imaginé ses plus grands récits, on peut apercevoir en filigrane certains des lieux dans lesquels ses histoires s’enracinent… (p.36)

Quoi de plus naturel, après avoir lu ces quelques lignes, que d’être tout à fait préparé à visiter les lieux qui ont servi de décors aux adaptations des oeuvres de King, à commencer par le Shining de Kubrick ? Le lecteur va alors suivre la voiture de Jack Torance – Nicholson depuis une petite route sinueuse du Montana, jusqu’au fameux hôtel Overlook – l’hôtel Timberline dans l’Oregon, construit en 1937 – dans lequel Jack sombrera progressivement dans la folie.

Timberline Lodge

Timberline Lodge

Et si Sébastien Clerget nous entrainait ensuite dans les lieux qui ont inspiré à Stephen King la petite ville du Dôme, Chester’s Mill, ainsi que ceux de la série qui s’en inspire, Under the dome, on ne serait pas étonné, et on le suivrait bien volontiers.

Science-fiction, fantastique et suspense

Durant cette promenade américaine, en effet, les lieux que l’auteur excelle à décrire, ce sont ceux du cinéma fantastique américain, depuis l’univers exubérant et macabre de Tim Burton – Beetlejuice et Sleepy Hollow (même si ce dernier n’est abordé que très rapidement) – jusqu’aux classiques de l’horreur réalisés par John Carpenter, entre autres.

On retrouve également Devils Tower, la mystérieuse montagne du Wyoming que les personnages de Rencontres du troisième type tentent absolument d’atteindre pour répondre à l’appel lancé par les extraterrestres.

Mais, après les lieux immuables du cinéma fantastique et ceux liés à l’oeuvre de Stephen King, ce sont ceux qui ont inspiré Hitchcock, qui ont la part belle dans ce livre : les décors du Vermont de Mais qui a tué Harry ?, évidemment le Mont Rushmore de La Mort aux trousses, et surtout la Californie, avec le Golden Gate de Vertigo, ainsi que deux petites villes, la Bodega Bay des Oiseaux et la Santa Rosa de L’Ombre d’un doute, qui clôt poétiquement ce voyage hitchcockien :

Selon où l’on se trouve aux États-Unis, à Santa Rosa ou à Petaluma, à Bodega Bay ou à Lisbon Falls, on peut encore sentir la proximité des années 1940-1950, et en même temps avoir l’impression d’une époque lointaine et définitivement révolue. Comme si elle appartenait au monde des rêves (et du rêve américain), comme si son existence pouvait être mise en doute.

Accompagner et poursuivre le voyage

Tout au long de ce périple, l’auteur de L’Amérique évanouie est présent, non seulement à travers les anecdotes qu’il raconte, mais aussi grâce aux photographies qu’il nous propose des différents lieux qu’il a parcourus. Ce guide précieux s’invite même dans les notes de bas de page, où vous trouverez à l’occasion une bonne adresse où déguster une tarte ou un café à la cannelle – à moins que ce ne soit dans le coeur même du texte, clin d’oeil sympathique et invitation au voyage.

En dépit des choix de films, le lecteur peut à tout moment penser à d’autres décors. Se souvenir de la maison de Vandamme dans La Mort aux trousses :

Vandamm House

inspirée de la Maison à la cascade (Fallingwater), imaginée par l’architecte Frank Lloyd Wright :

Fallingwater, Pennsylvanie. Source : Wikipédia. Auteur : Sxenko.

Fallingwater, Pennsylvanie.
Source : Wikipédia.
Auteur : Sxenko.

Revoir la maison de Psychose :

Maison Bates Psychose

Maison Bates Psychose

et le tableau de Hopper qui l’a inspirée (voir à ce sujet l’excellent article du ciné-club de Caen) :

Maison près de la voie ferrée - Hopper

Maison près de la voie ferrée – Hopper

Ou encore, s’évadant hors des atmosphères hitchcockiennes, rêver à la romance de Meryl Streep et Clint Eastwood dans Sur la route de Madison, occasion d’une halte dans l’Iowa, sur un pont couvert :

Roseman Bridge Source : Wikipédia Auteur : Lance Larsen

Roseman Bridge
Source : Wikipédia
Auteur : Lance Larsen

Enfin, cette lecture peut être le prétexte d’autres lectures, déjà mentionnée ou à découvrir :

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Passion cinéphile

Deux phénomènes ont contribué à sacraliser le cinéma au vingtième siècle, en France :

  • sa « muséification » à travers la Cinémathèque (archivage, conservation, exposition de tout ce qui entoure le film et sa fabrication – décors, costumes, affiches, photographies, scénarios, et le film lui-même, ses copies et ses extraits) et sa représentation (projection) ;
  • sa réflexivité, tout ce qui s’apparente chez lui à une étude de soi, à travers la critique, par voie de presse ou d’ouvrages documentaires.

Cinémathèque et cinéphilie

Les ouvrages qui s’intéressent à ces sujets s’apparentent à un travail d’archéologue. Qui est tenté par l’étude d’un état d’esprit et d’un enthousiasme qui prend naissance aux racines même d’un art, sera immédiatement conquis par eux. Deux sont particulièrement passionnants :

histoire de la cinémathèque française

  • Histoire de la Cinémathèque française, par Laurent Mannoni, s’intéresse au premier phénomène que j’ai mentionné plus haut. C’est un ouvrage consacré à l’institution de Henri Langlois, créée en 1936, portée par son génial créateur, dragon gardien d’un patrimoine gigantesque, d’un immense Xanadu où il règnera en maître quasi incontesté jusqu’à sa mort en 1977, à l’exception de l’épisode marquant de février 1968, dit « Affaire Langlois ». L’histoire ne s’arrête pas en 1977, cependant. Elle suit les évolutions de l’association, ses différentes directions, ses déménagements successifs, jusqu’à son installation à l’actuel 51 rue de Bercy.
  • La Cinéphilie, d’Antoine de Baecque, s’intéresse quant à elle au second aspect, les différentes formes de réflexivité sur le cinéma, depuis la simple passion du spectateur jusqu’à l’engagement critique du cinéphile, voire son passage à la réalisation de films, et ce dans un contexte qui va de 1944 à 1968.

La Cinéphilie d’Antoine de Baecque est parue pour la première fois en 2003 aux éditions Fayard. Elle a été rééditée cette année, aux éditions Hachette, collection Pluriel.

La cinéphilie

L’ouvrage d’Antoine de Baecque se mérite. On ne l’avale pas comme un menu de fast-food, on le savoure comme un repas gastronomique. Après tout, c’est bien à l’étude d’une gourmandise, d’une gloutonnerie, d’une boulimie culturelle qu’il se consacre. C’est l’étude d’une passion, d’un sentiment irrationnel au prisme de ses manifestations réelles (la critique). C’est l’exploration d’un courant de pensée comparable aux Lumières et au Romantisme en leurs temps. Voilà ce que nous indique l’avertissement :

Peut-on raconter la cinéphilie ? Elle demeure chose mystérieuse, rituelle, secrète : journal intime ou dialogue d’intimité à intimité. L’historien peut-il s’emparer d’une telle passion pour en proposer le récit ?

Querelle des Anciens et des Modernes

Une querelle des Anciens et des Modernes, il y en a une par siècle : celle du 17e, opposant les classiques qui s’appuient sur les auteurs antiques et les modernes qui veulent explorer de nouvelles formes ; celle du 18e autour du théâtre ; celle du 19e qui oppose les Romantiques aux classiques ; enfin celle du 20e, qui oppose la tradition française d’un « cinéma de qualité » et les tenants d’un cinéma nouveau.

C’est cette opposition que va raconter Antoine de Baecque. C’est cette histoire qu’il va nous reconstituer. Que l’on connaisse ou non, que l’on maîtrise ou pas, que l’on soit partisan des uns ou des autres, on ne pourra qu’être happé par le témoignage de ce bouillonnement intellectuel autour d’un seul art, d’une seule passion : le cinéma.

Entre 1944 et 1968, après la Libération (et après une guerre où le cinéma était presque exclusivement français), fort de l’émergence des ciné-clubs et de l’influence de la Cinémathèque, le cinéphile découvre tout un pan de cet univers qui lui échappait, Hollywood, le cinéma soviétique, puis progressivement, un nouveau cinéma mondial.

Deux grandes revues voient le jour : les Cahiers du cinéma et Positif. Au sein de leur rédaction s’activent les plus grands passionnés, soucieux de révéler aux spectateurs tel ou tel cinéaste de prédilection, de condamner les uns et de révéler le génie des autres :

Renoir ou Welles écrivent un film (…) comme Flaubert ou Proust pouvaient le faire d’un roman, en plaçant des virgules et des respirations là où ils le veulent, en convoquant la mémoire ou l’action quand ils le désirent dans la profondeur de champ. Ils inventent un style, et à travers celui-ci, ils sont créateurs, non plus seulement par le sujet qu’ils traitent. (p.105)

Défense du cinéma

L’un après l’autre, les chapitres de ce livre décrivent les grandes figures tutélaires de cette histoire : André Bazin en père spirituel, Georges Sadoul en adorateur du cinéma soviétique, François Truffaut, son livre d’entretiens avec Hitchcock et son article – coup de poing « Une certaine tendance du cinéma français », Roger Tailleur qui, fasciné par Bogart, préfère une politique des acteurs à la politique des auteurs, entre autres :

Bogart devient alors chez Tailleur l’archétype de la présence tragique : « Il est plus souvent du côté des coups reçus que des coups donnés, des perdants que des gagnants. Victime de passages à tabac sanglants et tuméfiants, réchappé de dix années de morts violentes, trempé au plomb et brûlé à la chaise (…) c’est la souffrance qui se lit dans son regard. C’est du moins ce que j’y ai lu tant qu’a duré ma passion bogartienne. Cette passion, cependant, n’est pas christique. Elle est tragique, simplement. Et ce tragique porte, tout entier, mon héros vers son idéal. » (p.230)

D’autres étudient les « grandes crises » et les événements de la critique de l’époque : pro et anti-Hitchcock, pro et anti-Fuller, évolutions et ruptures au sein des Cahiers du cinéma, engagements politiques, mais surtout ce qui rassemble, dans un chapitre captivant : l’amour des femmes, des actrices comme élément déclencheur de la cinéphilie, et le passage d’une nudité suggérée à une nudité assumée (Chapitre « Amour des femmes, amour du cinéma : l’érotomanie cinéphile, maladie infantile des salles obscures ».)

Faire connaître et défendre le cinéma, voilà l’entreprise de ce groupe de critiques, avec ses crises, jusqu’au paroxysme de l’affaire Rivette (l’interdiction de La Religieuse en 1966) et de l’affaire Langlois, véritable mai 68 du cinéma.

Au-delà des oppositions et des conflits, ce qui émeut dans ce livre, dans cette Cinéphilie, c’est le sentiment d’assister, rétrospectivement, à un foisonnement, à un printemps intellectuel semblable à celui des encyclopédistes au siècle des Lumières. Ces hommes qui, malgré des sensibilités et des trajectoires différentes ont finalement fait partager une passion commune : celle d’un art et d’un savoir. Et ce sont encore eux qui ont le mieux répondu à l’exigence de cet Henri Langlois, gardien de ses trésors et collectionneur frénétique : « Une cinémathèque ne doit pas être un cimetière », en la poussant à son acmé : le cinéma ne doit pas être un cimetière.

Notons qu’Antoine de Baecque est également le co-auteur d’une excellente biographie de François Truffaut, et d’un ouvrage sur Tim Burton, entre autres.

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Le fantasme brut : Hitchcock et ses blondes

Régulièrement, des textes sur Hitchcock sont publiés : recueils d’articles et d’entretiens, dictionnaires, analyses diverses et variées de son oeuvre sous différents angles : psychanalytiques, filmographiques, biographiques et même culinaires… J’ai eu l’occasion d’en évoquer dans deux articles, l’un sur une parution récente, l’autre consacrés aux « indispensables » sur Hitchcock.

L’ouvrage qui m’intéresse ici est un texte assez court, et indéfinissable. Il ne se consacre ni à la biographie d’Hitchcock, ni à sa filmographie de manière directe. Il ne fournit pas une analyse approfondie d’un aspect de l’oeuvre. Le terme qui lui convient le mieux, c’est l’évocation.

Les blondes hitchcock

En effet, ce livre de quatre-vingt pages, Les Blondes flashantes d’Alfred Hitchcock, est moins l’étude scrupuleuse d’un sujet que le partage d’un fantasme à l’état pur de l’auteur, Serge Koster, avec le spectateur, qu’il semble imaginer quasi exclusivement comme masculin. Les hommes fantasment sur Grace Kelly et Eva-Marie Saint ; les femmes sur Cary Grant et James Stewart. Seulement il semble concéder que les héroïnes d’Hitchcock ont la même particularité qu’une comédienne comme Romy Schneider : les femmes les admirent sans les jalouser, les hommes les vénèrent sans vulgarité (ou presque).

Le livre, paru en mai 2013 aux éditions Léo Scheer, nous chante les blondes hitchcockiennes. Cette évocation est poétique, toute en digressions. La seule trame, c’est la succession de ces blondes : Grace Kelly, Kim Novak, Eva-Marie Saint, Tippi Hedren. Le contenu, en dépit des chapitres et des sous-chapitres, n’a de structure que celle du rêve éveillé, au parfum provocant légèrement iconoclaste et gentiment sexuel.

Dès la couverture, en-dessous du titre, le ton est donné : une élégante Grace Kelly entr’ouvre un rideau qui évoque davantage une vulve que les coulisses d’un théâtre… A la suite de cette invitation que ne voudra pas reconnaître une âme innocente, la parole est laissée à Hitchcock, avec l’une des citations les plus célèbres des entretiens Hitchcock / Truffaut :

« Quand j’aborde les questions de sexe à l’écran, je n’oublie pas que, là encore, le suspense commande tout. Si le sexe est trop criard et trop évident, il n’y a plus de suspense. Qu’est-ce qui me dicte le choix d’actrices blondes et sophistiquées ? Nous cherchons des femmes du monde, de vraies dames qui deviendront des putains dans la chambre à coucher. »

Dans les quatre-vingt pages suivantes, l’auteur brodera ses variations sur ce thème, alliant souvenir idéalisée du film, plaisir du voyeurisme ressassé, détails biographiques d’Hitchcock, références littéraires et cinématographiques, citant allégrement Proust, Joyce, Freud, Hugo, etc. Un voyage dans l’imaginaire par le trou de la serrure. Pour témoin, ces quelques mots sur Grace Kelly :

« Sous le fard et l’éclat du visage qui illumine la nuit pâle et ombreuse, la blonde flashante, lasse du rôle de madonne, avide des pâmoisons de Madeleine, dépouille le mannequin de la mondanité pour la salope qu’elle aspire à être – nous chuchote Hitch. Si je passe la vitesse supérieure, j’attends de la star qu’elle lance son ordurier défi que durcit l’ankylose : qu’il l’encule s’il l’ose ! »

On a vu plus gracieux… on verra plus élégant, en tout cas plus feutré, dans ce livre.

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La partie sur Kim Novak est l’une des plus belles du livre. Elle est à l’image du film, de Sueurs froides (Vertigo), toute en détours, en désordres et en vertiges :

« Dans la légende antique, Pygmalion, roi de Chypre, sculpteur amoureux de sa statue, obtient d’Aphrodite qu’elle anime Galatée : don de vie, vie de bonheur à deux. Dans Vertigo, tous les éléments sont inversés : une vivante est remodelée sur le patron d’une morte, les forces du malheur sont mises en branle par un maniaque nécrophile, la statue court inexorablement à sa perte. »

Grace Kelly la flamboyante aux trois films – comme le dit l’auteur un prélude (Le Crime était presque parfait) et la conclusion (La Main au collet) encadrant le chef d’oeuvre (Fenêtre sur cour). Kim Novak la charnelle et Eva-Marie Saint l’éthérée, comédiennes d’un seul film chacune,  Sueurs froides et La Mort aux trousses.

L’ouvrage se referme sur les deux films qui ont apporté « splendeur et misères » à Tippi Hedren, la comédienne des Oiseaux et de Marnie, créature et souffre-douleur d’Hitchcock, malmenée physiquement dans les Oiseaux et brutalisée psychologiquement dans Marnie. Serge Koster revient sur les critiques injustes qui lui ont été faites et sur la façon dont le Pygmalion, déçu sexuellement de sa créature, a mis d’autant plus d’énergie à la détruire.

Hitchcock nous est présenté comme un adorateur d’idôles, qu’il magnifie ou qu’il malmène à son gré, au gré de ses caprices, de son génie ou de ses déconvenues. Qu’il considère le spectateur comme un voyeur n’est que le point de départ : il fait de lui le voyeur ultime et universel, qui n’en finit pas d’observer, de savourer des personnages qui ont le sexe et le fantasme au bord des yeux.

Devant ce livre, les prudes et les hypocrites passeront leur chemin. Les autres se reconnaîtront et se perdront dans cette évocation délirante sous forme de dépucelage, et dans lequel, à l’image du film de Truffaut, Les Deux anglaises et le Continent, il y a toujours du sang sur l’or…

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Dans les coulisses d’Hollywood, côté stars

Vous l’avez peut-être deviné, voici un nouveau petit voyage en deux parties, après les deux articles consacrés à Hitchcock au début de l’année. Grâce à mes deux lectures du moment, je vous invite à plonger dans l’intimité tantôt scabreuse, tantôt miteuse de la Mecque du cinéma.

Linda Wada

Linda Wada

Spectateurs et voyeurisme

Qu’il affiche un goût prononcé pour le cinéma d’auteur ou pour les films catastrophes, qu’il collectionne les affiches ou les autographes, qu’il vénère SA star avec un fanatisme pas trop envahissant ou qu’il soit complètement dérangé, le cinéphile est d’abord et avant tout un voyeur, qui observe d’autres voyeurs – réalisateurs, scénaristes, producteurs – eux-mêmes mettant en scène et se rinçant l’œil devant les névroses et les angoisses des comédiens et de leurs personnages.

De Fenêtre sur cour (1954) à Dans la maison (2012), il s’agit simplement d’imaginer, ou d’exagérer la vie d’un être qui n’est pas tout à fait ce qu’il laissait supposer. Représentant de commerce à l’épouse absente ou assassin méticuleux ? Famille de « la classe moyenne » ou créature aux multiples fins et aux multiples possibilités d’interprétation pour l’écrivain en herbe qui les observe ?

Les réalisateurs filment des voyeurs, pour notre plus grand bonheur à nous, qui ne pouvons pas nous empêcher de regarder ce qui se passe à une fenêtre éclairée ou derrière une porte laissée ouverte, comme l’explique parfaitement Hitchcock :

Je vous parie que neuf personnes sur dix, si elles voient de l’autre côté de la cour une femme qui se déshabille avant d’aller se coucher, ou simplement un homme qui fait du rangement dans sa chambre, ne pourront s’empêcher de regarder. Elles pourraient détourner le regard en disant « Cela ne me concerne pas », elles pourraient fermer leurs volets, eh bien ! elles ne le feront pas, elles s’attarderont pour regarder. (p.179, Hitchbook)

Les voyeurs et la machine à scandale

C’est donc tout naturellement qu’on lit, qu’on regarde, qu’on scrute, qu’on écoute. Les ragots, la rumeur, les potins, tout ce qui va du murmure jusqu’au vacarme du scandale enfin révélé nous comble généralement de joie, en tout cas nous permet de passer un agréable moment.

C’est la fameuse littérature de salon de coiffure : on pioche un magazine au hasard, vieux de six mois minimum, et on tombe sur une « affaire », ou sur un « drame », qui a bien dû être passionnant pour susciter tant d’intérêt à sa publication, mais qui n’est plus guère désormais que le moyen de calmer son angoisse pendant que le coiffeur nous massacre ou en attendant un détartrage…

Mais parfois cette presse de caniveau peut connaître une nouvelle heure de gloire, et peut susciter chez certains, une vocation d’archéologue, entre les épluchures de légumes et les croûtes de pizzas. Elle peut même se faire une place dans la mémoire du cinéma, en ayant dévoilé la fin tragique, le passé tumultueux ou le squelette dans le placard (formules éculées au possible) de telle ou telle étoile.

Dans les rues de la ville fantôme.

Restituer cette mémoire et cette atmosphère moitié clinquante, moitié empoisonnée de l’âge d’or hollywoodien, voilà l’esprit du livre de Kenneth Anger, Hollywood Babylone, publié en 1975, et pour la première fois en français aux éditions Tristam, en mars 2013.

hollywood babylone

C’est un livre de format souple, assez court – 300 pages, mais généreusement illustré – à la quatrième de couverture rose fluo, et à la première de couverture tape-à-l’œil, puisque dans toute sa longueur s’y étale Jayne Mansfield, sa plantureuse poitrine et sa blondeur.

Jamais un livre n’a autant proclamé et dénoncé, avec humour et parfois mélancolie, ce qu’il va mettre en scène : les flash des photographes, les scandales des people, le règne du faste et du faux.

L’ouvrage s’ouvre sur le poème d’un certain Don Blanding, poète américain de la première moitié du vingtième siècle :

Hollywood, Hollywood… / Fabuleuse Hollywood… / Babylone de Celluloïd, / Glorieuse, splendide… / Cité fiévreuse, / Frivole et consciencieuse…

Poétiquement, on a fait mieux. Voici un poème avec trop de –euse, et que l’on quitte volontiers pour retrouver l’évocation, bien meilleure, du Hollywood et de son âge d’or, sous le regard de Griffith et de son film Intolérance, réalisé avec faste en 1915 :

Une montagne d’échafaudages enchevêtrés, des jardins suspendus, des remparts pour courses de chars et de gigantesques éléphants, un mirage artificiel de la Mésopotamie, déposé sur les tranquilles maisons de style mission espagnole massées au milieu des orangeraies, qui composaient le Hollywood de 1915, en prélude aux temps à venir.

Les temps à venir, ce sont ceux des scandales du muet. J’ai déjà eu l’occasion de mentionner celui de Roscoe « Fatty » Arbuckle, arrêté pour le viol et le meurtre d’une jeune femme à peine actrice, puis acquitté, mais dont la carrière avait été brisée (la voilà, la fin).

On y retrouve les stars sombrant dans l’alcoolisme ou shootées à la cocaïne et à l’héroïne, les affaires sexuelles de Chaplin, de Errol Flynn, accusé de pédophilie, les stars adeptes du sadomasochisme, les bisexuelles, la prostitution, la folie, les meurtres et les procès, le tout accompagné de doutes, de rumeurs et de suicides. On effleure le maccarthysme et on aperçoit de loin les Dix d’Hollywood.

On y entrevoit le fonctionnement de la « presse de caniveau » et de ses principales hyènes : le magnat William Randolph Hearst, les sorcières des potins Louella Parsons et Hedda Hopper.

L’ouvrage se referme sur une séquence coupée de la comédie musicale Moulin rouge (version de 1934), sur une chanson dont les premiers mots sont :

J’erre le long de l’allée du chagrin / Le Boulevard des Rêves Brisés

Errances et décadences…

Lorsqu’on lit ce livre, qui alterne avec virtuosité ce ton léger, plaisant et plein d’humour propres aux anecdotes croustillantes, et le ton désabusé du regard jeté sur une époque révolue, on pense à des films comme Citizen Kane ou Sunset Boulevard, qui ne sont que démesure et décadence. Ce n’est pas pour rien que l’on a surnommé les années 20, âge glorieux d’Hollywood et de ses scandales, les « roaring twenties » (les années 20 rugissantes) et « the lost génération » (la génération perdue, nom donné à la littérature américaine de cette période, incarnée magnifiquement par Francis Scott Fitzgerald et son fabuleux Gatsby).

Derrière les fastes des décors et des maquillages, derrière les sourires et le jeu des comédiens, c’était l’illusion d’une vie privée qui ne l’était pas, et fatalement, qui était condamnée à être révélée au grand jour, à briser les carrières et les vies.

Voilà le Hollywood côté stars… à très vite pour le Hollywood des anonymes, ou presque !

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