Hors-série 1-2014 : sciences et cinéma

Bonjour à tous.

Comme annoncé dans le précédent article, voici le premier des hors-série de l’été de Cinephiledoc. Cet été, les hors-série seront consacrés aux relations du cinéma avec les autres disciplines artistiques et culturelles.

HORS-SÉRIE

Dans chacun des articles, je proposerai deux références principales : un livre et un site internet, ainsi que d’autres références secondaires et pouvant avoir déjà été abordées dans d’autres articles. Enfin, à chaque fin d’article, je donnerai trois suggestions de films sur le sujet.

Sciences et cinéma

Avoir une formation littéraire n’empêche pas nécessairement d’être fasciné par la représentation des sciences dans les arts, au contraire, et ce, quelles que soient les sciences impliquées : la cartographie – une représentation des mondes réels ou imaginaires – les mathématiques, la physique, l’informatique.

BlakeMortimerPiege

C’est peut-être d’ailleurs parce qu’ils donnent une représentation visuelle de la science que le littéraire chevronné va se tourner vers des modes d’expression tels que la bande-dessinée – ah, les inventions de Tournesol et les théories incroyables de Blake et Mortimer – les séries télévisées (suivre les aléas de l’adaptation à l’intelligence sociale de Sheldon Cooper dans The Big bang theory), et surtout les films.

Voir des scientifiques à l’écran faire des découvertes majeures ou griffonner à la craie des équations qui nous restent bien-sûr très obscures – tout comme certainement aux comédiens qui les incarnent – donnent l’impression, et peut-être seulement l’impression, de toucher du doigt les mystères de la science.

Et quoi de mieux qu’un ouvrage édité par Universcience pour les éclaircir ?

Sciences et univers imaginaires

La référence que je vous propose aujourd’hui est Sciences et science-fiction, ouvrage collectif publié en octobre 2010 aux éditions de la Martinière et Universcience. Il s’agissait du catalogue de l’exposition présentée à la Cité des sciences « Science et fiction, aventures croisées ».

sciences et science fiction

Bien que centré sur le genre de la science-fiction, ce livre propose un voyage thématique au coeur de différents espaces scientifiques, littéraires et cinématographiques. Comme l’indique Bruno Racine dans l’une des préfaces :

Nourrie d’imaginaire scientifique au sens large, la science-fiction part à la rencontre des « futuribles » – des futurs possibles – pour mieux nous renvoyer à notre humanité. (…)

La science-fiction envahit aussi le grand écran dès les début du cinéma, et renforce par là sa présence dans les collections nationales grâce aux spectaculaires affiches de films. Les grands classiques comme Metropolis de Fritz Lang, Le Jour où la Terre s’arrêta de Robert Wise ou La Machine à explorer le temps de George Pal sont là pour attester que les images qu’elle engendre ne cessent d’exercer leur pouvoir d’attraction.

Quels sont les petits plus de cet ouvrage ?

  • d’abord sa structure. Comme je l’ai dit, il propose différentes thématiques que le lecteur ne va pas forcément aborder de manière linéaire. Il peut prendre le livre par un bout, le laisser de côté, et le rouvrir à un tout autre chapitre. Trois parties principales : « L’espace-temps », « L’homme » et « Les machines ». Au sein de ces trois parties, on retrouve entre autres le voyage dans le temps, les dystopies, les extraterrestres, les vaisseaux spatiaux ou encore les robots.
  • ensuite son iconographie, extrêmement riche : gravures anciennes, couvertures de livres, affiches et images de films, et respectant également l’organisation thématique de l’ouvrage (des planches entières sont consacrées aux villes, aux robots ou aux vaisseaux spatiaux). Un vrai régal visuel !
  • son incroyable érudition. L’ouvrage est rédigé par des spécialistes qui sont soit des scientifiques, chercheurs entre autres au CEA* ou au CNRS, soit des auteurs ayant travaillé sur la science-fiction ou ayant eux-mêmes publié des livres de SF. Tous les sujets sont traités sous un angle non seulement scientifique, mais également philosophique et plongent au coeur de l’histoire de la pensée humaine, comme en témoigne notamment le chapitre consacré aux mondes imaginaires, « De l’utopie à l’uchronie : petite cartographie des mondes meilleurs ».
  • enfin, le petit plus de l’ouvrage que j’ai apprécié, c’est en annexe, une chronologie mêlant découvertes scientifiques, publications d’ouvrages et sorties de films.

Les petits points faibles, parce qu’il faut bien pinailler…

  • la science-fiction étant avant toute chose un genre littéraire, l’ouvrage se concentre principalement sur les références de la science-fiction (Wells, Asimov, Philip K Dick), n’accordant au cinéma qu’une valeur trop souvent illustrative – l’iconographie abonde d’affiches de films, d’images de Metropolis, Matrix, Star Wars ou Avatar. Vous me direz que c’est bien normal, puisque les films sont souvent les adaptations d’ouvrages de SF… mais tout de même, j’ai trop rarement savouré dans ce très bel ouvrage des analyses de cette sorte :

Dans Metropolis, la figure du robot s’inscrit en fait dans une tradition littéraire. Le « Machinenmensch » de Fritz Lang tire son apparence et sa fonction de l’Hadaly de l’Ève future de Villiers de L’Isle-Adam. Cette armure étincelante qui peut prendre forme humaine est une projection anthropomorphe du procédé de la photographie argentique. Quant à la fausse Maria, elle hérite du caractère monstrueux et du destin funeste de la créature de Frankenstein de Mary Shelley. Les robots au cinéma sont une famille aux profils et tempéraments fort différents mais qui empruntent et recombinent les éléments des mêmes archétypes : il y a le monstre qui échappe au contrôle de son créateur et en révèle l’ « hubris » (démesure), le serviteur dévoué qui suscite son amour ou son asservissement et la marionnette pleine d’aspiration à l’humanité.

metropolis_192712

  • enfin, l’autre petit bémol tient au titre lui-même de l’ouvrage : sciences et science-fiction, et non pas sciences et fiction ou sciences et cinéma… mais cela reste secondaires par rapport aux qualités indéniables de ce livre.

D’ailleurs, si vous souhaitez compléter la lecture de Sciences et science-fiction par d’autres textes consacrés à la science-fiction, vous pouvez aller consulter les autres articles de Cinephiledoc sur ce sujet :

Et si les relations entre science-fiction et sciences vous intéressent, je vous recommande les conférences de Roland Lehoucq, chercheur au CEA, dont voici un petit exemple :

Et la science au cinéma, dans tout ça ?

Si, davantage encore que la science-fiction, c’est la science proprement dite qui vous intéresse, et sa manière d’apparaître au cinéma, je vous recommande deux sites internet.

Le premier est Sciences au cinéma : Quand le cinéma parle de sciences. Il propose de très nombreux articles sur des films, des séries télévisées ou des thématiques (voir justement la rubrique « Thématique » avec notamment les articles consacrés à « La vie des scientifiques sur (grand) écran »).

J’ai découvert ce blog juste après avoir vu le film Un homme d’exception, avec Russell Crowe, sur la vie du mathématicien John Nash et sur son travail sur la théorie des jeux. L’auteur du blog a également publié des articles sur les relations entre Harry Potter et la génétique, et plus récemment, sur la série Real humans.

Le deuxième site est Maths et tiques, qui consacre une page aux maths dans le cinéma. On y retrouve bien-sûr Un homme d’exception, mais aussi le film Pi ou encore Will Hunting.

Source : Allociné

Source : Allociné

Pour finir avec cette petite sélection de sites internet, voici justement quelques articles et vidéos qui se sont penchés sur la représentation d’internet au cinéma – autrement dit, souvent, sur comment des forcenés à lunettes parviennent à changer le monde en tapant frénétiquement sur un clavier d’ordinateur des codes qui demeurent obscurs aux êtres humains lambda – le code ayant remplacé l’équation à la craie dans ce qui rend la science glamour et mystérieuse au cinéma…

Evidemment pour chacune des sciences – mathématiques, physique, informatique, Wikipédia y va de ses petites catégories : Mathématiques au cinéma, Cinéma et espace, Informatique et cinéma.

Voilà pour cette petite sitographie, bien plus riche que prévue initialement… j’essaierai de faire de même dans les hors-séries à venir.

3 films à voir sur les sciences au cinéma

Pour finir, comme promis, une sélection de films évoquant les sciences au cinéma (avec un petit plus à la fin – je triche avec le chiffre 3). J’ai choisi trois films qui n’ont pas été du tout abordé dans cet article.

  • d’abord un souvenir d’enfance, le film Les Palmes de Monsieur Schutz de Claude Pinoteau, retraçant l’arrivée à Paris de Marie Curie, sa rencontre avec Pierre Curie et leurs découvertes du Polonium et du Radium.
  • ensuite, une comédie romantique (et oui : vous imaginez comme c’est glamour, mignon et sexy les maths ? en particulier les nombres premiers ?). Leçons de séduction, un film de Barbra Streisand AVEC Barbra Streisand et Jeff Bridges. Ou comment une prof de littérature célibataire met le grappin sur un prof de maths brillant mais coincé.
  • enfin, parlons un peu d’informatique, de codes et de réseaux sociaux, pour revoir le fabuleux The Social Network qui suit les traces de Mark Zuckerberg dans la création de Facebook.

Enfin, (et cette fois-ci un vrai enfin, parce que, oui, j’ai triché), la série qui représente selon moi le mieux la science, ou plutôt le fonctionnement de l’intellect, c’est, à consommer sans modération, Sherlock, série britannique produite par la BBC et replaçant les aventures de Sherlock Holmes dans le Londres actuel.

Bonnes lectures, bons films, bonnes cogitations et à très bientôt pour le 2e hors-série !

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6 Commentaires

Classé dans Bibliothèque cinéphile

6 réponses à “Hors-série 1-2014 : sciences et cinéma

  1. Bravo, tu gagnes un point « objectivité » pour avoir réussi à écrire un article sur un tel sujet sans sombrer dans le désespoir et la haine tenace et aveugle. 😉
    Pourquoi aurais-tu du sombrer là-dedans, au fait? Oh, tout simplement parce que la représentation de la science en général et de l’informatique en particulier dans les films hollywoodiens est trop souvent à pleurer. J’apprécie donc de voir des références comme celles que tu donnes…

    • Même le film romantique 😉 ?
      Après il faut voir que les exemples que j’ai cités, certes me fascinent, mais restent des points de frustration pour moi : un scientifique qui s’extasie sur l’harmonie parfaite de son équation ? un génie qui fait une découverte ? un informaticien en pleine programmation ? Bien souvent j’admirerai la chose de manière purement artistique sans en comprendre ni le contenu, ni les explications…
      D’ailleurs si un jour tu essayes de m’expliquer un fait ou une théorie scientifiques, arme-toi de courage et surtout de patience, car tu constateras que, malgré toute ma bonne volonté, j’aurai du mal à te suivre… même pour les notions les plus simples 🙂

      • Héhé, expliquer un sujet d’un domaine particulier à une personne d’un autre domaine est de toute manière un exercice difficile. Quels que soient les domaines dont sont issues lesdites personnes, d’ailleurs, et y compris s’ils sont proches.
        PS : bah oui, même le film romantique…

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