Google, c’est rien qu’une dissertation – ou comment rendre le n’internet compréhensible aux littéraires

Comme promis depuis une semaine, voici (enfin) la contribution de Sky, de Rainbow Berlin, sur Cinephiledoc. En effet, suite à sa proposition d’évoquer les splendeurs du cinéma allemand, je lui ai demandé d’apporter ses lumières à la question cruciale « Comment réussir sur Internet quand on est motivé mais naïf ? »

Avec son franc-parler naturel, elle a donc décidé de donner quelques ficelles, non pas aux profs-docs studieux qui ont bien suivi leurs cours sur les moteurs de recherche, la veille et autres joyeusetés numériques, mais plutôt aux littéraires pur jus ! Pour les premiers, voici une plaisante piqûre de rappel ; pour les seconds, une petite mise à l’étrier. Dans tous les cas, attachez vos ceintures, ça va secouer un brin !

« Tu m’écris un truc sur la visibilité sur internet en échange ? » Voilà ce que m’a dit Juliette, un dimanche soir, quand je lui ai demandé si elle était intéressée pour publier un article mon blog Rainbow Berlin à propos du cinéma allemand. Ce à quoi j’ai répondu : « C’est-à-dire ? » « T’as carte blanche »

Carte blanche. Gnié ? Alors, entre deux articles sur les élections allemandes (qui sont très drôles cette année, c’est la folie…) j’ai un peu réfléchi à cette histoire de visibilité.

Toi, toi et toi, là, au fond, vous avez aussi un blog, non ? Et à l’instar de Juliette sur cinephiledoc, ou de moi-même sur Rainbow Berlin, vous écrivez des trucs orignaux et de qualitésuper drôles, genre coolissimes à mort, parfois même carrément intelligent, et du coup, vous voulez qu’on vous lise. Nan mais parce qu’écrire pour soi seulement, ben, euh, c’est pas top moumoute. C’est l’intérêt du n’internet après tout : obtenir une audience de fooolie !

Et avouez-le : les résultats n’ont pas été à la mesure de vos espérances. Pas d’Eldorado du lecteur, pas d’amour, pas de gloire, pas de beauté. Est-ce que Google vous aurait trahis ? Hé bah non ! C’est juste que vous êtes nuls. Et voici comment l’être (un peu) moins.

Travaillez votre référencement

Source : Fenêtre sur

Source : Fenêtre sur

Vu que je m’adresse à des littéraires, je vais faire simple : Google, c’est une grande bibliothèque remplie d’étudiants studieux. L’étudiant studieux, appelé « bot » ou « spider », parcourt sans arrêt la bibliothèque (le web) pour alimenter et mettre à jour ses connaissances (soit sa base de données). Il collecte :

  • L’adresse de chaque page trouvée : soit le titre de l’œuvre et son auteur.

  • Le contenu de cette page : soit les citations

  • La liste de liens de cette page : soit les références sur lesquelles s’appuient le travail universitaire consulté

Un étudiant consciencieux prendra le temps de consulter les références données par les œuvres consultées pour enrichir sa culture et étayer ses connaissances, à l’instar du bot qui, une fois sa lecture terminée, saute à la page liée et continue son travail de recherche.

L’idée pour l’étudiant est de pouvoir, le jour de l’examen, et au regard de la problématique donnée par le sujet (soit la requête sur le moteur de recherche), s’appuyer sur les travaux et les œuvres maîtresses les plus pertinentes (soit les résultats sur les moteurs de recherche).

Donc si vous voulez que votre contenu soit visible sur Gros Google, il faut que les gens fassent référence à votre contenu : il faut qu’ils mettent des liens, de préférence dans leurs articles, vers votre site web.

Plus un étudiant studieux va voir une référence à vos œuvres dans ses recherches, plus il va se dire qu’elles sont importantes et il faut qu’il les connaisse, les consulte, les lise, les analyse. La même pour le bot : plus il voit votre lien, plus il va le suivre et tomber sur votre site et le crawler c’est-à-dire lire son contenu – et Google va se dire que, si tant de gens vous « link » (oui, le online marketeur, il parle franglais parce que c’est la classe etpicétou) alors vous devez être une pierre angulaire du grand woueb et vous devez apparaître devant les autres sur son moteur de recherche. Votre site répond à la problématique de l’internaute, tout comme des œuvres répondent à la problématique d’une dissertation.

Cela s’appelle une stratégie de backlink. Il existe d’ailleurs un petit outil très simple qui vous permet de voir quels et combien de liens pointent vers votre site – en gros, kicéki parle de vous.

La puissance de feu des mots-clefs – attention aux âmes sensibles !

Retour, donc, à notre étudiant.

Imaginons maintenant que nous avons là un élève un peu fainéant (hum, comment ça, c’est pas difficile à imaginer ?) qui lui, aimerait juste trouver deux trois œuvres pour avoir juste la moyenne, parce que oh, hein, faut pas déconner, ce soir, on s’la colle et Gégé a ramené de la vodka, et pis y’a Maud à pécho, elle est trop bonasse, enfin, c’est Gilles qui l’a dit.

Bref.

Cet étudiant fainéant va aller au plus court en allant directement au rayon de la bibliothèque qui traite de son sujet. Pour l’exemple, on prendra la littérature allemande parce que ça fait nana érudite de prétende savoir ce qu’est la littérature allemande. A l’appui de la classification de Dewey, l’étudiant va donc se rendre au rayon 830 et chercher son bonheur.

Et bien Google fonctionne (presque) pareil grâce aux Index. L’algorithme de Google dresse – à l’avance – une liste de toutes les pages qui contiennent le mot « littérature » et « allemande » de façon à pouvoir répondre immédiatement aux recherches sur ces mots : c’est un index. Et cet index, c’est le rayon 830 de la bibliothèque.

Google fait cet exercice pour tout type de combinaison de mots, dans quasiment toutes les langues du monde. Dewey peut aller se rhabiller !

Il est donc important de construire vos articles avec les mots-clefs thématiques liés à votre sujet pour que Google puisse vous intégrer à son index, et de préférence dans le bon index, hein. Parce que recevoir des visites sur son site avec des mots-clefs « Homme nu en érection » ou « Pute à baiser » fait questionner le type de contenu qu’on a publié (Juliette, tu pourras me remercier des quelques visiteurs (parce que ce sera forcément des hommes, hein) qui viendront chercher du porno sur Cinephiledoc, c’est cadeau).

Le backlink, lui, faisant preuve de votre expertise sur le sujet et vous permettant de damner le pion à vos concurrents.

J’ai beau être une experte de l’online marketing (sisi, je suis une experte d’abord), moi aussi j’ai des visites sur des mots-clefs bizarres. Pourquoi ? A cause de mon article « Pute, baiser et autres motsallemands qui nous font ricaner ». Ah bah ça, fallait s'y attendre, hein ! 

J’ai beau être une experte de l’online marketing (sisi, je suis une experte d’abord), moi aussi j’ai des visites sur des mots-clefs bizarres. Pourquoi ? A cause de mon article « Pute, baiser et autres mots allemands qui nous font ricaner ». Ah bah ça, fallait s’y attendre, hein !

Mais attention ! Tous les mots-clefs ne se valent pas ! Certains attirent plus de trafic que d’autres : en gros, ça revient à dire que certains sont des sujets plus facilement traités et donc vous aurez plus de mal à apporter un éclairage nouveau dessus, vos concurrents étant en place depuis longtemps. L’intérêt des mots-clés est de se positionner sur des termes ou des expressions pas trop concurrentiels : vous aurez ainsi plus de chances d’obtenir un bon référencement sur des requêtes très précises.

Pour continuer l’analogie avec la bibliothèque, si vous écrivez un livre sur « Toute la littérature allemande de 500 avant J.C. à 2013», votre livre (c’est à dire site) va être consulté, certes, mais :

  • Vous allez en chier à l’écrire (oui, quand même, c’est un peu long)

  • Les étudiants vont être noyés dans le flot d’informations et leur engagement, calculé par Google, sera pauvre (je vais expliquer ça plus bas). S’il faut que notre étudiant fainéant se farcisse 4 000 pages avant de trouver les deux à trois infos qu’il cherche, il va aller chercher l’info ailleurs au bout de 2 secondes. Et donc ne pas lire, ni référencer votre contenu.

  • Les bots vont avoir du mal à comprendre l’information car elle ne sera pas segmentée en partie claires et unifiée.

  • Du coup, Google ne va pas être capable de vous ranger dans un index précis (quel rayon, 840 ou 930 ?)

Finalement, et même si votre bouquin est intéressant et qu’on vous référence dans d’autres publications, Google vous trouvera chiant, ennuyant, confus, et peu pertinent par rapport aux recherches des utilisateurs. Il vous laissera tomber aux oubliettes, là d’où Chuck Norris, Miley Cyrus et des conseils très pratiques liés à votre santé n’auraient jamais dû sortir.

Il aurait était plus pertinent d’écrire plusieurs livres en découpant le sujet en unités thématiques faisant sens, pour que l’étudiant fainéant, mais aussi l’etudiant studieux (le bot quoi) trouvent l’info rapidement sans se farcir tous les auteurs relous de la littérature allemande et puissent l’intégrer à l’index qui lui est dévolu : le 840 et non le 930.

Google propose un outil très pratique nommé adwords (si vous avez des amis/connaissance qui travaillent dans le n’internet, probablement qu’ils l’ont beaucoup maudit ces derniers temps…), qui permet de générer des mots-clés sur un sujet donné, et de voir les tendances de recherche pour ces mots-clés, ainsi que leur degrés de concurrence. Cet outil est configurable par langue, par région et donne un aperçu (presque) complet des mots-clefs synonymes que vous pouvez utiliser pour vous sortir de la masse de la concurrence.

Le contenu est roi (la forme aussi un peu)

La plupart d’entre vous ici sont profs, non ? Et vous savez, comme tout prof, qu’une bonne dissertation rencontre plusieurs écueils.

Le premier, c’est la gangrène de l’enseignement : le plagiat. On connait tous l’histoire d’un prof qui a piégé ses élèves et les a pris en flagrant délit de recopiage du woueb. Pour Google, c’est tout pareil : le contenu copié (duplicate content pour les initiés, ouais, toujours ce problème de franglais, c’est une tare, dans ce métier) est pénalisé et vous risquez de perdre vos places durement acquises. Votre contenu doit donc être unique ! Mais aussi n’être ni trop court, ni trop long. En terme internetstique, 1500 mots est une longueur raisonnable et beaucoup appréciée des bots.

Second écueil : la forme. Et oui, forme et contenu sont indissociables. Lorsqu’un étudiant écrit une dissertation, il y a un minimum à respecter : le texte doit faire une longueur suffisante, le contenu doit être utile/pertinent au regard de la problématique et ce ne doit pas être du recopiage. Si vous récupérez du contenu depuis un autre article, l’œuvre d’un écrivain (soit d’un autre site), de manière légitime, vous prenez bien soin de nommer l’auteur, de mettre sa citation entre guillemet, de réécrire en entier le titre de l’article et de le souligner (soit mettre un lien vers le site original). Et bien entendu, éviter trop de fautes de gras mère et d’or tôt graphe dans votre dis sert ta sion.

Et bien c’est tout pareil pour votre site ! Il ne faut, en plus, pas abuser des mots-clés, la juste mesure se trouvant entre ce dont les bots ont besoin pour indexer votre contenu et la compréhension qu’aura l’internaute de votre contenu. En cas de doute, toujours faire pencher la balance du côté expérience utilisateur, car un contenu de qualité amène toujours du backlink de qualité spontané. Aussi garder à l’esprit les internautes, pressés et impatients (comme le sont les profs qui corrigent les copies sur un coin de table de la salle des profs en écoutant d’une oreille les ragots de Mme C. tout en essayant de corriger suffisamment vite pour aller chercher leur petite dernière au judo) lisent vos textes en diagonale et n’hésitent pas à sauter des paragraphes. Il faut donc ETRE CLAIR et structurer votre article !

Troisième écueil : les metrics (je vous le dis, indécrottables, ces marketeurs de l’internet, ils ne savent même plus parler frenssè correctement, une honte !), donc, les metrics, disais-je, des internautes visitant votre page sont pris en compte par Google pour juger de la qualité de votre texte : taux de rebond, temps de lecture, nombre de pages vues par visites etc. Soit l’intérêt que le lecteur (professeur) porte à votre site (dissertation). Si les metrics sont mauvaises, si les étudiants abandonnent votre livre sur « Toute la littérature allemande de 500 avant J.C. à 2013» dès la première page pour consulter le deuxième résultat du moteur de recherche, alors Google va envoyer votre contenu prendre la poussière sur les rayons de la réserve, là où atterrissent les livres qui ne servent plus à rien. Si les utilisateurs apprécient mieux votre concurrent, alors votre concurrent se doit d’être devant vous.

Si vous arrivez à passionner suffisamment le vieux Mr. W. pour qu’il oublie Mme C. ragotant sur Mme V. ou de passer prendre sa petite dernière au judo, alors vous avez tout bon et Google va le remarquer. Et va vous booster devant vos concurrents.

Alors si avec tout ça vous n’obtenez ni l’amour, ni la gloire, ni la beauté, vous aurez au moins quelques lecteurs en plus. Bon, allez, les devoirs pour cette semaine : faire monter votre site sur la première page de Google. Un bon point à celui qui arrive à se placer en premier dans les résultats de recherche sur le mot-clef : « la littérature allemande de 500 avant J.C. à 2013 ».

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3 Commentaires

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3 réponses à “Google, c’est rien qu’une dissertation – ou comment rendre le n’internet compréhensible aux littéraires

  1. Superbes explications. Même si, étant donné mon éloignement du monde scolaire et ma proximité avec le monde technique, j’ai parfois eu plus de mal à comprendre les analogies que le propos « analogié »! 😉

    PS : le dernier lien, celui vers « les livres qui ne servent à rien », est erroné (parenthèse en trop).

  2. Pingback: Cinephiledoc… deux ans déjà ! | cinephiledoc

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