Portrait d’un groupe de femmes

Il y a peu, Eva et moi avons publié sur nos blogs respectifs des « articles conjoints » sur ces actrices qui brillent par le jeu monochrome. Nos articles étaient-ils justes ou méchants gratuitement, chacun est libre de son opinion. Cependant, l’argument que nous avons toutes les deux retenu – et qui nous a été suggéré par une amie d’Eva, c’est que la faute n’en incombe pas forcément aux actrices, mais plutôt à ceux qui les dirigent.

C’est donc à cette amie – que je ne connais pas personnellement – qu’est dédié cet article, dont le titre est librement inspiré d’un merveilleux film avec Romy Schneider. Voici un petit billet sur les réalisatrices. Il n’étudiera pas la technique cinématographique, ni les motivations psychologiques, encore moins les sujets de prédilection. Il se contentera d’évoquer, de manière totalement subjective, quelques-unes des plus belles personnalités cinématographiques féminines (et françaises – j’avoue mon ignorance en ce qui concerne les autres nationalités, et je suis ouverte à toute suggestion).

Avant toute chose

Edward Hopper

Edward Hopper

Curieusement, j’ai l’impression que les réalisatrices dirigent assez peu souvent un homme en particulier ou un groupe d’hommes. Les films de réalisatrices que j’ai pu voir étaient soit :

  • des films autour d’une femme
  • des films sur un groupe de femmes
  • des films sur un couple ou un groupe mixte

Du coup, si l’on peut aisément constater et évoquer les rapports entre un réalisateur homme et son ou ses actrices – chaque réalisateur ayant sa ou ses muses (Hitchcock et ses blondes, Chaplin, Bergman, Truffaut, Godard, Sautet…) au même titre que les écrivains, les peintres… – il est beaucoup plus difficile d’évoquer les relations entre une réalisatrice et un acteur. En tout cas, la chose ne me frappe pas. Est-ce un tabou ? Est-ce par pudeur ? Ai-je manqué des rencontres entre réalisatrice et acteur ? Je l’ignore.

Ce qui frappe également, c’est la propension des réalisatrices à être soit des anciennes comédiennes (l’envie de passer derrière la caméra), soit des personnes ayant baigné, parfois dès le plus jeune âge, dans l’univers du cinéma (fille de, soeur de, et autres liens de parenté). Dans la première catégorie, on retrouve notamment Agnès Jaoui, Zabou Breitman ou Diane Kurys. Dans la seconde, Tonie Marshall ou Danièle Thompson. L’une des seules exceptions notables est Agnès Varda, qui est à l’origine photographe, et, si l’on peut excuser cette formulation, réalisatrice « ex-nihilo ».

Petit florilège de films et d’univers féminins

Je ne vais pas davantage m’attarder sur cette introduction. Je commencerai par présenter quelques-uns des films réalisés par des femmes, qui m’ont touché ; puis je sortirai un peu de ce cadre pour évoquer, selon moi, les plus beaux portraits de femmes au cinéma.

Commençons par les fondamentaux. Je n’ai vu qu’un film de Varda. Un seul. Je n’ai jamais vu Cléo de 5 à 7. Et pourtant celui que j’ai vu m’a laissé un souvenir inoubliable : L’une chante et l’autre pas. C’était un film magnifique, sur deux femmes et leur parcours féminin et féministe entre 1962 et 1976. Parfois, il suffit de ne voir qu’une fois un film pour qu’il s’attarde en nous. On peut en oublier les images, les dialogues, la trame, mais on n’en oublie pas pour autant la saveur et l’intelligence. L’une chante et l’autre pas fait partie de ces films. Ces deux femmes-là, on les voit, on les aime, on les suit, et elles vous restent. Si jamais vous avez l’occasion de les découvrir, ne la ratez pas !

L’un des univers féminins que j’aime le plus, c’est celui de Diane Kurys. Pas seulement parce qu’elle a réalisé Diabolo menthe, un très joli film autobiographique sur son enfance (et celle de sa soeur) dans les années 60. Certes, Diabolo menthe est touchant, émouvant, drôle. Mais je préfère la Diane Kurys qui a réalisé il y a peu le biopic sur Sagan, et qui a magnifiquement dirigé, non seulement Sylvie Testud, mais aussi tout un petit groupe de comédiens brillants (Jeanne Balibar, Guillaume Gallienne, Pierre Palmade, Denis Podalydès) dans ce film. Ce n’est pas un biopic pour faire un biopic, et Kurys ne se contente pas de reconstituer, à grand renfort de maquillage ; c’est un superbe portrait de groupe.

J’ai aimé les films d’Anne Fontaine, Nathalie…, l’histoire d’une femme qui veut piéger son mari infidèle avec l’aide d’une prostituée, et La Fille de Monaco, où, pour le coup, cette réalisatrice dirige sans fausse note un Fabrice Luchini, avocat brillant, qui perd complètement pied devant une présentatrice météo locale – le cliché de la blonde dans toute sa splendeur.

J’ai trouvé superbe l’un des films de Zabou Breitman, Se souvenir des belles choses, un film sur la mémoire, et l’histoire d’amour entre une jeune fille qui la perd et un homme qui la retrouve. Jeanne Labrune, quant à elle, fait des films sur des situations, des quiproquos, des petites choses éphémères, l’anodin, le quotidien, les tics et les manies des gens. Ces films font partie de ce qu’on appelle les « films chorales », où les gens n’en finissent pas de se croiser, de se perdre et de se retrouver par hasard (voir Ça ira mieux demain).

De Danièle Thompson, j’ai aimé Décalage horaire, avec le couple improbable de Juliette Binoche et Jean Reno ; et Fauteuils d’orchestre, lui aussi film chorale, qui s’attardent sur les petits métiers qui observent de loin la scène d’un théâtre (gardienne, serveuse, etc.). De Tonie Marshall, Vénus beauté institut, mais pour Nathalie Baye, pas pour Audrey Tautou ni pour Mathilde Seigner ; et Au plus près du paradis, film étrange qui se remémore un autre film, Elle et lui, et où Deneuve déborde de l’écran.

Et bien-sûr, on ne peut pas évoquer les réalisatrices françaises sans parler d’Agnès Jaoui, même si je la préfère de beaucoup en comédienne, dans Un air de famille (dont elle est co-scénariste de toute façon) et On connaît la chanson (co-scénariste aussi).

Voilà pour les femmes réalisatrices.

Portraits de femmes

À présent, ça se corse : j’élargis un petit peu (je sors de France aussi). De beaux personnages de femmes, réalisés par des hommes, selon moi :

  • Romy Schneider dans La Banquière – le portrait d’une femme libre et effrontée dans les années 20, inspirée par le personnage de Marthe Hanau ;
  • les femmes dans le cinéma d’Almodovar. Almodovar filme les femmes à merveille. Surtout dans Talons aiguilles, Tout sur ma mère et Volver.
  • Anne Bancroft dans Le Lauréat, avec Dustin Hoffman. J’ai toujours eu un faible pour Mrs Robinson. Si vous pouvez voir la même Anne Bancroft dans À la recherche de Garbo, de Sidney Lumet, vous êtes quelqu’un de très chanceux !
  • Ça remonte loin, mais il y a aussi Danielle Darrieux dans Madame de, de Max Ophuls et Bette Davis dans Eve, de Mankiewicz. La grande classe.
  • Meryl Streep dans Sur la route de Madison, de et avec Clint Eastwood, et dans The Hours, accompagnée de Nicole Kidman – une incroyable Virginia Woolf – et de Julianne Moore.
  • Et pour un retour en France, Charlotte Rampling et Ludivine Sagnier (mais surtout Charlotte Rampling) dans Swimming Pool, de François Ozon.
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1 commentaire

Classé dans Films

Une réponse à “Portrait d’un groupe de femmes

  1. Et c’est là que je me rends compte que je n’ai vu que très peu de films réalisés par des femmes… Sauf peut-être « La guerre est déclarée » (et encore, c’est co-réalisé par un homme). Très beau film par ailleurs ! Pas de minauderie !^^

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