A l’assaut des minaudantes !

Je minaude, tu minaudes, vous minaudez…

Le visage est un masque qui ne prend qu’une seule et unique expression. Les yeux sont écarquillés, les lèvres s’avancent dans une petite grimace qui se veut adorable et qui n’est qu’exaspérante. Moue, mine, petite voix qui agace l’oreille. Le visage peut changer, la moue reste la même. Blonde ou brune, grande ou petite, l’actrice est une minaudante.

Minaudante, c’est le nom qu’avec Eva, thèsarde adepte de foutaises et d’échanges inter-blogaux ; nous avons attribué à ces comédiennes d’une seule expression. C’est aussi le défaut de ces filles-là, qui ont marqué les esprits, heureusement ou malheureusement, avec un grand rôle où elles ont été soit disant révélées. Une fois que le rôle principal est décroché, nul besoin de faire davantage d’efforts, après tout : pourquoi se contenter de jouer alors qu’on a juste à être ? Et ces comédiennes, fortes des exemples qui les entourent, vont s’enfermer (ou être enfermées) dans un seul rôle : celle qui minaude.

Il est difficile de comprendre ce mécanisme qui semble typiquement français, et par lequel Depardieu ne fait que du Depardieu, Deneuve a le talent plus ou moins évident de caricaturer Deneuve, etc., etc.

La minaudante est donc le dernier bastion de la femme et de la comédienne française réduite à son minima dramaturgique et intellectuelle. Au 21e siècle, elle reste cette petite chose fragile et exaspérante que l’homme doit protéger et subir – et pourtant je suis loin d’être une féministe déchaînée.

Les mythes féminins au cinéma

Cauchemar, Füssli

Elle est l’héritière des mythes cinématographiques successifs : la femme soumise, la femme fragile et l’héroïne en danger, celle qui ouvre une bouche démesurée par la surprise, celle qui hurle sous les menaces du tueur et du monstre, celle qui s’évanouit de terreur. La femme modèle, idéale, femme au foyer parfois, en tout cas parfaite, les ongles peints, le brushing inaltérable.

Cette femme-là, personne ne l’a mieux incarné que Lauren Bacall dans le film de Vincente Minelli, La Femme modèle. Elle est la femme impeccable qui se change trois fois par jour, la femme radieuse et épanouie, mais qui hurle à la vue du sang ou qui s’évanouit lorsqu’elle voit son homme en danger. Ironie, caricature, Lauren Bacall y est merveilleuse parce que justement, c’est une comédienne, et non une actrice. Elle a le talent de se moquer des femmes, et en particulier d’elle-même. Elle fait des mines, qui ne sont que celles de son personnage, et qu’elle abandonnera dans un autre film où le personnage sera tout autre.

Mais d’autres prendront cette mine, cet air de « je souffle sur mon vernis à ongles pour le faire sécher » pour argent comptant, et en feront leur marque de fabrique. Elles auront dès lors toujours l’air d’attendre que leur vernis à ongles soit sec.

Minauder, à la française…

Parmi ces minaudantes, on retrouve pêle-mêle : Audrey Tautou, Mélanie Laurent, Judith Godrèche, Marion Cotillard. Désolée si je taille dans le vif. Je laisse à Eva les deux premières (c’est la semaine de l’échange, et je connais sa prédilection pour ces deux-là) qu’elle vous présente dans son dernier article.

Judith Godrèche est la minaudante par excellence. Je ne m’abaisserai pas à faire des plaisanteries sur son nom, mais je me risquerai tout de même à dire qu’elle le porte bien. Je n’ai jamais vu quelqu’un chez qui, excusez la charge, le mot désigne aussi bien la chose. Depuis Ridicule, où elle incarne une jeune femme scientifique et résolue à l’aube de la Révolution française, elle a gardé cet air exaspérant de « blonde » qu’on est obligé de prendre au second degré. L’exemple le plus frappant est L’Auberge espagnole où ses répliques sont d’une niaiserie achevée : « Xavier, vous me trouvez coincée ? » Sans blague ! Je compatis tout de même : c’est difficile de jouer les cruches, et de ne jouer que cela, et de faire si peu d’efforts que le réalisateur pense qu’on ne peut jouer que ça. Il faut une bonne dose d’auto-dérision, de dignité intérieure et d’abandon de soi pour se résoudre à de tels rôles. Du moins je l’espère pour elle !

Passons à Marion Cotillard. C’est une autre paire de manches. Excellente dans Un long dimanche de fiançailles (il faut dire que n’importe quel rôle féminin peut sembler profond à côté d’Audrey Tautou), tout le monde l’a trouvée grandiose dans La Môme, moi comprise. Elle a dû croire qu’avec un Oscar, on n’a plus rien à prouver à personne, et depuis, elle garde la même moue exaspérée, qu’on peut traduire « Je suis la femme par excellence et vous n’êtes que des insectes ».

Elle est aussi révélatrice d’une réalité incroyable propre aux minaudantes. Les minaudantes, qui, avec courage et audace sortiront de leur cadre deviendront de vraies actrices (Deneuve en est le plus bel exemple, après qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, c’est autre chose). Les autres, même dans un bon rôle, resteront minaudantes (Marion Cotillard dans The Dark knight rises et dans Inception). Sans audace, elles ne sortent pas du moule, et sont condamnées à une mort artistique – et physique – que l’on peut résumer par l’adage shakespearien : beaucoup de bruit pour rien.

L’allure et le ton

Les acteurs français ne sont pas non plus dénués de ces airs et de ces mines. J’en veux pour exemple Clovis Cornillac, qui joue toutes ses scènes (colère, bonne humeur, désespoir) avec l’air désabusé du type qui constate qu’il n’y a rien à la télé ce soir.

Les minaudantes – et leurs homologues masculins – diront tout de la même manière. Un exercice de style sans audace ni prise de risque qui ferait ressembler chacune de leurs répliques, quelle qu’elle soit, à un échange avec son voisin de table : « Passe-moi le sel ! » A ceci près que c’est de sel (et de tout corps) que manque leur jeu !

Et pourtant, il y a de l’espoir. Comme je l’ai dit, il suffit d’un peu d’audace pour sortir du cadre. Finalement, si l’on peut distinguer actrices et comédiennes, et si les minaudantes sont définitivement à ranger parmi les premières, d’autres catégories sont à l’oeuvre dans le cinéma français :

  1. Les monstres sacrés : comédiennes parvenues à maturité, anciennes minaudantes ou non, et dont le fait d’être suffit à justifier qu’elles apparaissent dans un film – mais elles, justement, en sont à un tel stade de leur carrière, qu’elles n’ont plus rien à prouver à quiconque. Deneuve, Ardant, Huppert, Adjani, et j’en passe.
  2. Les épanouissements progressifs. Ces comédiennes que l’on croit cantonnées à un même rôle, mais qui, ne vous y trompez pas, sont prêtes à tout pour surprendre. La plus belle démonstration d’audace. L’exemple le plus frappant est celui de Catherine Frot, que l’on croit au début cantonnée aux rôles de bille de clown, mais qui est juste magnifique dans les rôles dramatiques, qui sont les plus beaux de sa carrière : La Tourneuse de pages, Le Passager de l’été, L’Empreinte. Une vraie comédienne, issue des planches, et qui le prouve à chaque instant. On peut aussi compter parmi elles Sylvie Testud qui ne s’est jamais laissée enfermer dans quoi que ce soit…
  3. Les jeunes pousses prometteuses. Seront-elles minaudantes, passé un premier rôle convaincant, l’avenir le dira… du moment qu’elles sortent de l’étiquette bien rangée du « meilleur espoir ».

Cruel cet article ? Peut-être. Les jugements qui s’y expriment peuvent paraître sans appel. Je ne prend pas souvent parti contre. Je préfère toujours l’éloge au blâme. J’ose espérer que ces minaudantes qui me déplaisent aujourd’hui auront une maturité qui les montrera sous un autre jour, qui me les révélera. Je ne leur demande que ça. Et j’espère pour le cinéma français que les jeunes pousses d’aujourd’hui seront les monstres sacrés de demain. Sur ce, je laisse la parole à Eva pour continuer le massacre…

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7 Commentaires

Classé dans Films

7 réponses à “A l’assaut des minaudantes !

  1. Mention spéciale pour la superbe phrase : « Les acteurs français ne sont pas non plus dénués de ces airs et de ces mines. J’en veux pour exemple Clovis Cornillac, qui joue toutes ses scènes (colère, bonne humeur, désespoir) avec l’air désabusé du type qui constate qu’il n’y a rien à la télé ce soir. »….mais tu as raison ! Si on devait écrire sur les Minaudants…ce serait qui ? Lorant Deutsch ? Roman Duris ? Fabrice Luchini ? (pas taper…)

    • Les acteurs français excellent surtout dans « l’art de faire la gueule ». Si tu tapes sur Luchini, je vais me fâcher. Mais effectivement, Romain Duris et Clovis Cornillac sont de bons exemples. Tu as aussi les spécialistes du « Je suis moche mais j’ai du charme, toutes les femmes y succombent », dont Vincent Cassel est l’exemple clef.

  2. Oui Romain Duris est un bon miroir d’Audrey Tautou en effet…!

  3. Pingback: L’empire des minaudantes ou ces actrices qui ne jouent que d’une seule façon… La faute aux réalisateurs ? | Thèse Antithèse Foutaises

  4. Pingback: Portrait d’un groupe de femmes | cinephiledoc

  5. Nat

    Bonjour, je cherche désespérément un film ou téléfilm jeune publique dont l’héroïne s’appel Minaude. Si quelqu’un peut m’aider.
    Voici l’histoire;
    Une petite chatte des beaux quartier rentre cher elle. Un camion fait une embardée et perd un baril de produit chimique. Le contenu se repend et minaude se retrouve asperger d’un produit .Celui-ci là transforment en jolie jeune femme .Minaude cherche à rentrer cher elle mais ce fait chasser, ses propriétaires ne la reconnaissant plut. Il pleut Minaude n’aime pas la pluie, elle part se réfugier sous les toits .Elle fini par entrer par une lucarne et se réfugier dans l’appartement d’un gentil journaliste. Minaude mange du poisson en boite et dort dans une boite en carton. Elle parle et comprend les humains mais aussi les chats.

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