Gabin, Ventura, et compagnie…

Je l’avais annoncé, le voici : le premier compte-rendu de lecture cinéphile. Ce mois-ci, et pour commencer, j’ai choisi de vous parler d’un ouvrage paru en octobre 2012, Les Grandes gueules du cinéma français, de Philippe Lombard. Il est publié aux éditions Express Roularta, maison d’édition qui, je dois l’avouer, m’était jusqu’alors complètement inconnue.

Les Grandes gueules du cinéma français

Ce livre propose un panorama de 30 ans de cinéma français, à travers quatre figures mythiques – et viriles : Gabin, Ventura, Belmondo et Delon. Il ne s’agit absolument pas de quatre biographies ou filmographies juxtaposées. Si, à la rigueur, la première hypothèse peut paraître absurde – avec déjà tant de biographies, mémoires et autobiographies de ces acteurs, pourquoi compiler quatre parcours en un seul livre ? – la seconde aurait pu paraître séduisante. On aurait en effet très bien pu imaginer un choix de films des différents acteurs, avec une très riche iconographie. Il n’en est rien ici.

L’auteur nous offre en effet une rétrospective des parcours croisés de ces quatre monstres sacrés du cinéma français, le tout parrainé par Georges Lautner. Personnellement, la préface de Lautner m’a un peu déçue : trop courte, trop abrégée dans le témoignage, mais passons.

Au-delà des tournages communs, des rivalités possibles ou exagérées par la presse de l’époque, le livre nous donne à voir la relation extra-professionnelle, voire personnelle, de parrain non déclaré à filleul, de père putatif à fils, d’une génération à une autre. Les rencontres, les « coups de foudre » au masculin – qui rappellent un petit peu le genre de relations que pouvait avoir Brassens avec Brel, Ferré, etc. – les séparations, les brouilles, les réconciliations…

Le livre se lit moins par amour du style que pour le plaisir des anecdotes, les choses que l’on sait, que l’on devine plus ou moins, ou que l’on découvre… Des morceaux de vie drôles ou émouvants. Petite sélection :

Un repas entre Gabin, Bernard Blier et Ventura, raconté par ce dernier :

De quoi parlions-nous en mangeant ? Entre intellectuels, on a commencé par des recettes de cuisine et des bonnes adresses, et patati et patata. Et à la fin du repas, et Dieu sait si c’était un bon repas, Blier dit : « Je viens de découvrir une adresse fabuleuse ! » « Ah bon ? fait le Vieux. Et  c’est quoi ? » Blier n’en pouvait plus, mais il avait les larmes aux yeux en nous parlant du pot-au-feu d’un restaurant à la gare du Nord. Ensemble, on a commencé à « peindre » ce pot-au feu. Et d’un coup, ils se sont levés de table et Jean a dit : « On y va ! » Je leur ai dit : « Ça, c’est pas possible, les gars ! Demain on va mourir, on va éclater ! » À onze heures du soir, on prenait la voiture et on allait bouffer un pot-au-feu !

Soirée de gala du Clan des Siciliens :

À la soirée de gala, Lino remercie l’assistance au nom de son association et laisse la place à Verneuil, qui décide de jouer un tour à Jean Gabin, resté assis dans la salle, car il a horreur de prendre la parole en public. « Devant 2000 personnes, je lui ai dit : « Mon cher Jean (…) je suis très fier d’avoir fait un tout petit bout de chemin dans ma vie avec toi. » Je n’avais pas fini que 2000 personnes se sont levées, et que 500 d’entre elles se sont ruées sur Gabin. On l’a pris par la peau des fesses et je l’ai vu tout d’un coup porté à bout de bras tandis qu’il criait : « On veut m’buter ! On veut m’buter ! » Et sans que Delon, Ventura ou moi n’ayons eu le temps de bouger, il s’est trouvé catapulté sur scène en deux secondes.

L’auteur s’appuie sur un certain nombre de textes de témoins directs, dont je retiendrais deux que j’ai moi-même particulièrement aimé :

  • Conversations avec Claude Sautet, de Michel Boujut. De passionnants entretiens avec le réalisateur de Max et les ferrailleurs, César et Rosalie, Les choses de la vie, Un coeur en hiver et Nelly et Monsieur Arnaud. L’un des réalisateurs fétiches de Romy Schneider.
  • Lino Ventura : une leçon de vie, de Clelia Ventura. Un magnifique ouvrage, avec des facs similés, des photos, des documents, rassemblés par la fille de Ventura sur son père. Je promets bientôt un article sur les enfants d’acteurs et de réalisateurs qui écrivent sur leurs parents, mais celui-là compte parmi mes préférés.

On referme ce livre, Les Grandes gueules du cinéma français, avec une foule d’images dans la tête. Bien que mes préférences aillent à Ventura et Gabin, et que j’aie beaucoup d’images d’eux qui me viennent, je vais essayer de conclure en donnant pour les quatre le film que je retiens, et bien que ce ne soit pas l’esprit du livre, en les séparant :

  • Gabin. Je tricherais si je parlais de Deux hommes dans la ville, qui est vraiment un film magnifique avec Delon, poignant et bouleversant. Je préfère évoquer French Cancan, son premier film en couleur, qui évoque Montmartre et la naissance du Moulin Rouge, le monde de la rue et du spectacle, sous la direction de Renoir.
  • Ventura. C’est avec lui que c’est le plus difficile de n’en choisir qu’un. Dans la comédie, il y a les inévitables Tontons flingueurs, dans le drame historique, la tension permanente de L’Armée des ombres. Je choisis Garde à vue, où il incarne face à Michel Serrault, soupçonné de meurtre, un commissaire impeccable. Apparition spectrale de Romy Schneider qui joue la femme énigmatique et très peu solidaire de Serrault.
  • Belmondo. L’as des as : une intrigue à la Indiana Jones avant l’heure, avec des scènes à hurler de rire (évidemment, Gérard Oury en réalisateur) et une Marie-France Pisier impériale pour donner la réplique à Jo Cavalier.
  • Delon. Le Cercle rouge, de Jean-Pierre Melville. D’abord, pour l’exploit du casse, méticuleusement préparé. Ensuite pour le casting, avec des pointures aussi impressionnantes que Delon : Montand, Périer… Et Bourvil, dans son dernier rôle, et selon moi, le plus beau.
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