La malédiction de la conclusion

Le mot de la fin. L’art de retomber sur ses pattes. Finir quelque chose est presque aussi difficile que de le commencer. Lorsque l’on est élève, les professeurs insistent pour nous dire que la première impression est la plus importante. Ils nous engagent donc à soigner nos introductions : la première phrase, les définitions, l’analyse du sujet, le choix d’une problématique et la construction d’un propos, généralement en trois parties, elles-mêmes constituées de trois sous-parties, elles-mêmes idéalement constituées de trois sous-parties. Un vrai feuilleté !

Ils nous expliquent généralement que, lorsque notre problématique est claire – Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire en viennent aisément – on peut, dès la fin de notre introduction, s’atteler à notre conclusion, la pire choses, l’hérésie, étant de ne pas rassembler habilement tous les fils de notre raisonnement. Personnellement, je n’ai jamais pu faire une conclusion dans la foulée d’une introduction, la conclusion étant pour moi la réflexion parvenue à maturité, après le long processus du développement.

La conclusion, c’est l’apothéose. A chaque fois que je suis sur le point de conclure un sujet, toutes sortes de choses me viennent en tête : les morales des fables, la fin des contes, la chute des nouvelles – celles de Maupassant, d’Edgar Allan Poe, de Mérimée, de Stefan Zweig. La dernière phrase d’un roman : je me souviens de la Recherche, des romans de Drieu La Rochelle, évidemment de Gatsby le magnifique, et de tant d’autres. Et puis la chute des films, parlés (la fin de La Femme d’à côté, portée par la voix de Véronique Silver, celle de L’Homme qui aimait les femmes…) ou silencieux, avec juste le bruit d’un objet (Inception) ou l’éveil de la musique.

La conclusion permet de juger de l’habileté finale d’une démonstration, de son originalité, de l’aptitude de son auteur à raisonner, voire à surprendre. Elle est ce qu’on attend des commentaires, des dissertations, des mémoires, des dossiers, des bilans d’activité, de toutes ces acrobaties mentales dont les littéraires font leur pâture, et qui sont une torture pour les autres. Elle en devient symptomatique. On ne peut plus s’en passer. Il faut conclure. Je conclus, forcément. Tout plutôt que l’hérésie. Tout plutôt que de sentir mes mots retomber comme des cheveux sur la soupe.

Et lorsque le mot de la fin arrive… ouf, l’honneur est sauf !

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