Nights in white satin

Premières images : un port de l’Angleterre du 18e siècle. Une voix bien connue nous fait part de sa malédiction. Le réalisateur aime les ports, sombres, glauques, mal famés, et les personnages maudits par le destin. Il aime les visages d’une incroyable pâleur, et sur lesquels on guette la trace fuyante de leur humanité. Ce ne sont d’ailleurs pas les plus damnés qui sont les moins humains. Et si la damnation exacerbait justement tout ce qui reste d’humain en eux ?

A la fin du prologue de Dark Shadows, le spectateur a déjà retrouvé l’atmosphère dérangeante et dérangée des films de Tim Burton : une atmosphère de roman gothique, où l’obscurité semble d’un noir plus pur, et le sang d’un rouge irréel. Dans ses films, la mort n’est jamais une fin. L’histoire est tout sauf sinistre, c’est même tout le contraire. Tim Burton est sans doute la personne la plus optimiste qui existe, celle pour qui la mort est la plus belle des surprises. Comme si la vie ne pouvait être que banale et ennuyeuse. Comme si la mort était la seule aventure à imaginer, et c’est bien lui qui l’imagine le mieux.

Générique : un train traverse une forêt d’automne, bercé par la chanson des Moody blues. On a l’impression de retrouver les membres d’une grande famille : évidemment Johnny Depp et Helena Bonham-Carter ; mais aussi Michelle Pfeiffer et Eva Green. C’est bon, attachez vos ceintures, vous êtes lâchés dans un univers aussi familier que déjanté.

Si cet aspect déjanté prime sur la féerie habituelle de Tim Burton, certains diront « C’est tout ? », d’autres se laisseront porter. La principale source de comique, c’est le décalage temporel entre un vampire du 18e siècle et l’ambiance à la fois électrisée et hippie des années 70, le tout porté par une bande originale décoiffante. Et les scènes filent à toute allure.

L’une des scènes mémorables, c’est celle où Barnabas Collins (Johnny Depp) entre dans une taverne pour engager des pêcheurs afin de renflouer l’entreprise familiale. Il se retrouve en face d’un vieux loup de mer, que l’on reconnait davantage à la voix qu’à la casquette marine : Christopher Lee. La scène ne dure qu’un instant. Je me suis imaginée la situation : Christopher Lee vient rendre une petite visite de courtoisie sur le tournage, un peu dans le style « Coucou les enfants, c’est moi. » Et Tim Burton, de lui répondre : « Tiens, puisque tu es là, tu ne voudrais pas nous jouer une petite scène au dépoté ? T’en as pour cinq minutes, maximum. » Bien-sûr, ce n’est qu’une vue de l’esprit. Mais pourquoi pas ? En tout cas la scène ajoute encore au plaisir que l’on a de retrouver Tim Burton.

Depuis L’Etrange Noël de Mr Jack jusqu’à Dark Shadows, en passant par Batman, Big Fish, Sleepy Hollow, Charlie et la chocolaterie, Les Noces funèbres, Sweeney Todd, ou Alice aux pays des merveilles, il n’en finit pas de nous faire savourer un instant qui nous délivre de toutes nos pulsions et une friandise hallucinogène qui nous rend la mort délicieuse – plaisirs à prolonger à la Cinémathèque française jusqu’au mois d’août.

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